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Autriche
: une democratie socio-liberale indirecte
La démocratie autrichienne et son système fédéraliste avec neuf Etats
sont des expériences politiques qu'il convient de suivre de près car
elles pourraient servir de modèle pour certains pays africains épris
d'éthique, de transparence, de respect du choix des électeurs et donc de
la vérité des urnes. Sur les 6 millions d'électeurs, plus de 71,4% des
Autrichiens ont accompli leur devoir électoral deux ans avant la fin
normale d'une législature de quatre ans. Les dernières élections
législatives ont eu lieu le 1er octobre 2006. Le gouvernement de
coalition avait pris fonction au début janvier 2007.
1. L'Europe divise l'Autriche
En effet, plus de 6 millions d'Autrichiens ont élu le 28 septembre 2008
les 183 membres de leur Conseil national (chambre basse du parlement)
dans le cadre d'une élection législative anticipée. En juillet 2008, la
grande coalition entre le parti social-démocrate d'Autriche (SPÖ-Sozialdemokratische
Partei Österreichs) et le parti populaire autrichien (ÖVP-Österreichische
Volkspartei) a éclaté. Le chef du parti SPÖ et Chancelier d'alors,
Alfred Gusenbauer (SPÖ) a été remercié par son propre parti et remplacé
par le nouveau chef du parti SPÖ, Werner Fayman, ministre du transport,
de l'innovation et de la technologie dans le gouvernement sortant . Le
parti ÖVP de Wilhelm Molterer, Vice-Chancelier et Ministre des finances
dans le gouvernement sortant, a déclaré le 7 juin 2008 que son parti
quittait la coalition gouvernementale. Lui et son parti passent donc
généralement auprès de la population comme les initiateurs de la fin de
la coalition.
Il importe néanmoins de rappeler que le Chancelier fédéral Alfred
Gusenbauer avait semble-t-il omis d'associer en juin 2008 le
Vice-Chancelier et son parti ÖVP à la décision du SPÖ de soumettre au
référendum les futurs dossiers européens, notamment l'entrée de la
Turquie dans l'Union européenne, les modifications à apporter au Traité
de Lisbonne, etc. Le fait que le SPÖ ait décidé de soumettre toutes les
décisions futures du SPÖ sur l'Europe au référendum populaire
rapprocherait ce parti des positions eurosceptiques des partis d'extrême
droite (FPÖ et BZÖ), suivant en cela la position d'une grande majorité
des Autrichiens. Ainsi, la formation du nouveau gouvernement risque de
se jouer sur une alliance autour des pro-européens ou les eurosceptiques
et la capacité des partis auxiliaires à harmoniser leur position avec
celle de l'un ou l'autre des deux partis susceptibles d'être chargés de
former un nouveau gouvernement. Cela pose le problème de l'adaptation de
l'Autriche à un espace interdépendant qu'est l'Union européenne .
Les tensions entre les deux partis de la coalition ont commencé dès le
début 2008 avec une enquête parlementaire lancée par le SPÖ qui mettait
en cause le ÖVP au motif que ce parti aurait abusé de ses prérogatives
de contrôle au ministère de l'intérieur au profit des intérêts du parti
ÖVP . A cette atmosphère de suspicion s'est rajoutée la nouvelle crise
sur l'Europe. En effet, une campagne assez virulente dans un journal
local en juillet 2008 (Kronen Zeitung), initiée par des membres du SPÖ
tendant à mettre en cause les bénéfices réels de la présence de
l'Autriche dans l'Union européenne, a conduit, entre autres, au clash de
la grande coalition. Ceci est d'autant plus surprenant que le SPÖ et le
ÖVP avait auparavant un consensus quasi parfait sur le dossier européen.
Cela n'a pas empêché le 9 juillet 2008 le conseil national autrichien de
voter à l'unanimité sa propre dissolution, ce qui a ouvert la voie aux
élections législatives du 28 septembre 2008. La vraie question politique
est de savoir si le SPÖ est devenu eurosceptique ou s'il s'agissait
simplement d'une tactique électorale pour s'aligner sur les positions
d'une grande majorité d'Autrichiens, ce qui lui a permis d'arriver en
tête de ces élections législatives.
2. Immobilisme de la coalition gouvernementale sanctionné
L'union européenne est donc bien l'une des causes premières de la
déstabilisation de la coalition SPÖ/ÖVP. Pourtant en filigrane, les
raisons de cette rupture sont nombreuses et portent sur les choix de
sociétés. On pourra citer : la perte de pouvoir d'achat, la viscosité
décisionnelle liée à la cohabitation des deux grands partis, les refus
de concessions de part et d'autres, l'impossible réforme fiscale
notamment la diminution de la taxe sur la valeur ajoutée, la montée du
chômage (4,8% en 2006, estimation autour de 4,4% en 2007 et 3,7% en
2008) et de l'inflation (entre 3,2% et 4,1% en 2008 ) alors que la
croissance économique de 3,2% en 2006 et estimée à 3,3% en 2007 risque
de tomber à 2,2% en 2008 et à 1,4% en 2009 . Il faudra rajouter les
problèmes de financement de la formation, du savoir et de l'innovation
avec entre autres l’abolition des droits universitaires, mais aussi les
difficultés du secteur santé avec des prises en charge difficiles
notamment pour le secteur dentaire, de l'assurance-maladie, la
sécurisation des retraites, la réduction des taxes sur les médicaments
ou encore les inégalités dans les avantages systémiques perçus par
certains grâce à leur relation avec les grands partis… Sur tous ces
points, le consensus fait encore défaut avec la population autrichienne.
C'est donc l'absence de réponses claires, crédibles et acceptées sur
l'ensemble de ces points entre les partis de l'ex-coalition et la
population qui a conduit à l'inquiétude puis à une forme de désarroi des
Autrichiens qui ont alors fait confiance aux propositions des populistes
d'extrême-droite. Cette irritation s'est transformée en vote sanction
conjoncturel d'autant plus que la crise financière américaine est venue
rajoutée à l'inquiétude des épargnants et des retraités. Donc les
électeurs autrichiens ont voulu faire échec à l'immobilisme d’une
coalition qui ne fonctionnait pas de manière efficiente. Sur un autre
plan, les grands partis ont perdu le contact avec l'Autrichien de
condition modeste et ne semblent pas avoir pris en compte la montée
d'une certaine pauvreté qui prend la forme de manque à gagner lié à la
perte du pouvoir d'achat. Pourtant, l'économie autrichienne se porte
relativement bien par rapport à d'autres pays européens même si
l'Autriche est en train de perdre du terrain au niveau des capacités
productives depuis 2006. Alors que la balance commerciale autrichienne
reste positive (estimée à 1,8 milliards de USD en 2007 et 1,3 milliards
de USD en 2008 ), la part de l'industrie dans le produit intérieur brut
est en train de chuter passant de 7,2% en 2006 à 5,7% en 2007 et est
estimé tomber à 1,9% en 2008 . En conséquence, le chômage risque
d'augmenter et les emplois productifs se raréfier en Autriche surtout si
les délocalisations d'entreprises se font vers les nouveaux pays membres
de l'Union européenne. On comprend donc pourquoi certains Autrichiens et
quelques partis deviennent des eurosceptiques. Pourtant, plus de 72,3%
des exportations de l’Autriche se font avec l’Union européenne à 27 dont
près de 30,1% avec l'Allemagne, 8,9% avec l'Italie, 5,1% avec les
Etats-Unis et 4% avec la Suisse .
L'ex-chef de l'ÖVP Wilhem Molterer, Vice-Chancelier et ministre des
finances qui a succédé, quelques années plus tôt à l'emblématique
ex-Chancelier Wolfgang Schüssel, a remis sa démission le 29 septembre
2008 suite aux élections législatives de dimanche 28 septembre 2008. Il
a été remplacé à la tête du parti ÖVP par Josef Pröll dès le 29
septembre 2008. En effet, les résultats de ce parti ont été considérés
comme les moins glorieux depuis 1945. Pourtant, l'Autriche est le
premier pays européen à autoriser le vote des jeunes à partir de 16 ans,
devenu l'âge légal de vote. Il semble que cela a eu un impact sur les
résultats même si d'après l'Institut de relations internationales et
stratégiques français, 25% des jeunes autrichiens (16-18 ans ) ont
choisi de voter pour les deux partis de l'extrême droite . Des
estimations estimeraient que plus de 30% des jeunes de moins de 30 ans
auraient préféré donner leur voix aux partis de l'extrême-droite. Est-ce
un signe aussi d'un conflit de génération au sein des partis politiques
?
Les partis traditionnels (SPÖ et ÖVP) apparaissent dans l'opinion comme
des partis qui n'arrivent pas à prendre des décisions rapidement. Les
bagarres à la tête de l'exécutif (Chancelier et Vice-Chancelier) ont
donné l'impression que le fonctionnement normal de l'Etat était bloqué
par des interminables rixes au moment des arbitrages politiques.
En réalité, toutes les cohabitations politiques se passent plutôt bien
lorsque le pays est économiquement prospère. En cela, les anciennes
grandes coalitions politiques se sont révélées plutôt fructueuses en
Autriche. Mais rapidement les rentes de situation pour les uns dans les
interstices de l'Etat, et les faveurs accordés au patronat sous les deux
législatures de Wolfgang Schüssel , n'ont pas produit les effets
escomptés. En effet, plusieurs entrepreneurs autrichiens de haut rang
sont allés investir dans les nouveaux pays européens où la main d'œuvre
et les taxes étaient plus attrayantes. Cela a contribué à la montée du
chômage en Autriche que certains estiment autour de 5% de la population
d'ici 2010 si rien n'est fait pour créer plus d'emplois en Autriche.
Les performances de l'Autriche à l'exportation ne sont pas ressenties
par la grande majorité de la population. Il convient de rajouter à cela
la perte du pouvoir d'achat qui a été fortement ressentie notamment tant
auprès des populations jeunes entrant dans la vie active, que la classe
moyenne productive fortement taxée et les personnes âgées, notamment les
retraités dont les revenus ont fondu comme neige. En réponse, c'est la
grogne ! Il y a comme une sorte de perte de confiance dans la
social-démocratie comme solution aux problèmes des Autrichiens. Il ne
s'agit là que d'une erreur de parallaxe et les partis responsables
devront s'atteler à corriger cet état de fait. Avec un déficit du budget
autour de -0,8% du produit intérieur brut (PIB) en 2008 et de fortes
chances d'atteindre -1,3% du PIB en 2009 avec une politique de relance
de la consommation qui passe par des distributions d'avantages et non de
véritables créations de valeur ajoutée, l'Autriche risque de repousser
les réformes structurelles après 2010. Le langage de vérité du candidat
Wilhelm Molterer ne semble pas avoir été entendu. Il est vrai qu'il est
difficile en période pré-électorale d'accorder de parler de restrictions
alors que d'autres annoncent des faveurs qui risquent de grever le
budget de l'Etat et d'augmenter la dette publique de l'Etat autrichien.
Comme le Vice-Chancelier Molterer était aussi le ministre des finances,
l'essentiel des rancœurs des Autrichiens s'est porté sur lui, comme
celui par lequel les blocages arrivaient. Pourtant les responsabilités
sont bien diluées sur les deux partis traditionnels. Le fait pour les
électeurs autrichiens de ne pas avoir donné une majorité claire à l'une
ou l'autre des partis traditionnels risque d'ouvrir à nouveau une
période de cohabitation et d'expérimentation non plus à deux mais à
trois partis où les rapports de force changeants risquent de ne pas
favoriser la stabilité du futur gouvernement.
3. Le changement à la tête des partis de la grande coalition au
pouvoir
En poussant les Autrichiens à clarifier cette situation puisque la
rupture de la grande coalition est imputée au parti ÖVP, la sanction a
été immédiate. Les Autrichiens ont clairement confirmé leur volonté : le
rejet du mode de gouvernance des deux partis traditionnels. Le SPÖ a
reculé de 5,7% par rapport aux dernières élections législatives alors
que le ÖVP a reculé de 8,7%. Il semble d'ailleurs que d'après le vote
des électeurs, les préoccupations du parti des Verts (Grüne) semblent
avoir été partiellement prises en considération par les deux grands
partis traditionnels. C'est cela qui semble avoir conduit à un léger
recul du parti des Verts de 1,3% par rapport aux dernières élections de
2006. Il faut noter la présence d'autres partis en Autriche, comme le
Forum libéral, le Forum citoyen, le Parti communiste d'Autriche et
divers petits partis. Aucun d'entre eux n'est parvenu à se hisser
au-delà des 4% des voix des électeurs nécessaires pour entrer au Conseil
national, la chambre basse du parlement.
En attendant le décompte des votes par procuration ou correspondances
pour voir les résultats définitifs, les principaux partis aux élections
législatives autrichiennes ont obtenu les scores suivants (voir tableau
ci-après) avec une percée des partis d'extrême-droite.
Élections législatives anticipées autrichiennes du 28 septembre 2008
|
Élections
législatives anticipées autrichiennes du 28 septembre 2008
|
|
Principaux
Partis politiques représentés au parlement |
Sigles |
Chef de Parti
au
29 septembre
2008 |
Couleur du
parti |
Résultat
(en %)
Election du 28
sept. 2008 |
Ecart avec
précédente élection du 1er octobre 2006 (en %) |
Représentation
au parlement sur 183 sièges
Election du 28
septembre 2008 majorité: 92 |
Modification au
parlement par rapport l'élection 1er oct. 2006 |
|
Parti
Social-Démocrate d'Autriche |
SPÖ |
Werner Fayman, Sozialdemokratische Partei Österreichs |
Rouge |
29,71 |
-5,63 |
58 |
-10 |
|
Parti Populaire
Autrichien |
ÖVP |
Josef Pröll,
Österreichische Volkspartei) |
Noir |
26,61 |
-8,72 |
50 |
-16 |
|
Parti
Autrichien de la Liberté (extrême-droite) |
FPÖ |
Heinz-Christian Strache,
Die Freiheitliche Partei Österreichs |
Bleu |
18,01 |
+6,97 |
35 |
+14 |
|
Alliance pour
le Futur de l'Autriche (extrême-droite, dissidence FPÖ) |
BZÖ |
Jorg
Haider, Bundnis Zukunft Österreich |
Orange |
10,98 |
+6,87 |
21 |
+14 |
|
Les
Verts-L'Alternative verte |
Grüne |
Alexander Van
der Bellen |
Vert |
9,79 |
-1,26 |
19 |
-2 |
|
Source: A
partir de Die Presse, http://diepresse.com/portal/fragments/templates/wahl/N200809/index.jsp |
4. Victoire et banalisation des partis d'extrême droite
La victoire des partis d'extrême droite sonne comme un vote sanction.
Les Autrichiens ont en fait obtenu ce qu'ils souhaitaient: une refonte
en profondeur des partis traditionnels SPÖ et ÖVP qui voient leur chef
respectif être remplacé. Bien que certains estiment que c'est la façon
de faire la politique par les deux grands partis majoritaires qui a été
sanctionné, il semble qu'il y a une véritable soif de "nouveauté", de
nationalisme et de renouvellement, voir de rajeunissement du personnel
politique. Le système électoral indirect fait la part belle au choix
effectués au sein des partis politiques. Paradoxalement, il semble même
que les chefs de partis soient choisis plus sur la base de la volonté
des grands financiers du parti que sur la base d'un véritable choix
démocratique des militants des partis. Dans les partis traditionnels, il
arrive que ce système finisse par ne plus refléter la volonté réelle des
militants de base. Si ce point n'est pas pris en compte sérieusement, la
montée en force de l'extrême-droite risque d'être durable et devenir
préjudiciable à terme à l'Autriche qui pourrait voir le premier
Chancelier d'extrême-droite émerger lors des prochaines élections
législatives si BZÖ et FPÖ et autres divers finissent pas oublier leur
conflit de personnes et s'allient pour accéder au pouvoir.

Le problème des résultats législatifs du 28 septembre 2008 et l'arrivée
de nouvelles têtes pour négocier la formation du gouvernement pourraient
ouvrir une période de négociation longue dont l'issue peut réserver des
surprises. Les dernières négociations de l'après 1er octobre 2006 ont
duré près de 99 jours. En effet comme le chef du SPÖ a exclu de former
une coalition gouvernement avec les partis d'extrême droite et ne
souhaitaient pas coopérer qu'avec une nouvelle direction du ÖVP, les
possibilités de Werner Fayman se résume à refaire une grande coalition
sans les extrêmes droites. En effet, une alliance sans le parti ÖVP
ferait du SPÖ un parti minoritaire dans les cas d'alliance, ce qui ne
permet pas de gouverner de manière stable. Par ailleurs, les deux partis
d'extrême-droite ont fait une campagne anti-européenne, ce qui risque
d'entrer en contradiction avec la position officielle de l'Autriche et
des deux partis ÖVP et SPÖ qui ne voient pas l'avenir de l'Autriche sans
l'Union européenne. Pourtant les grands gagnants des élections
autrichiennes du 28 septembre 2008 sont bien les deux partis d'extrême
droite: le FPÖ et le BZÖ (voir graphe ci-haut).
5. Vers des alliances "triangulaires" gouvernementales crédibles
Une telle configuration pourrait être interprétée par la population
autrichienne comme une non-prise en compte de la montée du FPÖ et de la
BZÖ, puisque les deux partis d'extrême droite totalisent à eux deux
28,99% des voix et seront représentés par 56 députés au parlement, et
deviennent ainsi de facto la deuxième force politique du pays. C'est
oublier la guerre fratricide que ce livrent les deux chefs de ces
partis. Il ne faut pas exclure que les puissances d'argent pourraient
circonscrire cette guerre si une réunification hypothétique avait lieu
et si cette nouvelle alliance se voyait confier par le Président de la
République, garant du respect de la Constitution, la charge de former un
gouvernement minoritaire. En réalité et paradoxalement, si le SPÖ
n'arrive pas à trouver un terrain d'entente avec le ÖVP pour former un
gouvernement, il n'est pas impossible que le Président de la République
soit amené à demander alors au parti ÖVP de s'en charger. Avec le nouvel
homme fort en la personne de Josef Pröll, il faut s'attendre à des
négociations tendues où les concessions du parti ÖVP risquent d'être
rares au point d'aboutir à une impasse pour le SPÖ. Le SPÖ devra alors
revoir ses positions avec l'extrême-droite s’il veut rester maître de la
constitution du futur gouvernement.
Le Président de la République n'aura alors d'autres choix que de
demander à l'ÖVP de faire sa proposition de gouvernement face aux
contraintes que va rencontrer le SPÖ, à moins que ce parti (SPÖ) ne
change sa position à la dernière minute et décide de travailler avec
l'extrême droite dans des conditions qui risquent de ne pas être
stables. Toutes les formes d'alliances semblent alors possibles pour
l'ÖVP avec une probabilité plus sérieuse pour les deux possibilités
d'alliances suivantes :
1. 1e possibilité d'alliance opérationnelle : ÖVP avec SPÖ et FPÖ mais
sans BZÖ de J. Haider et permet d'avoir une majorité parlementaire
confortable mais instable de 143 parlementaires. Il y a une plus grande
chance de volatilité car le SPÖ et le FPÖ disposeraient tous deux d'une
véritable minorité de blocage, ce qui empêcherait le ÖVP de mettre en
œuvre son programme et on assisterait assez rapidement à des difficiles
tours de passe-passe pour les arbitrages, notamment budgétaires. Cette
coalition ne se passerait pas sans de véritables conflits.
2. 2e possibilité d'alliance opérationnelle : ÖVP avec SPÖ et avec les
Grüne, ce qui permet d'avoir une majorité parlementaire avec 127
parlementaires où la minorité de blocage se fera plutôt dans les rangs
du SPÖ. Cette configuration apparaît plus stable et permettra au parti
des Verts autrichiens d'accéder enfin au pouvoir.
Il importe néanmoins de se rendre compte des chances de coalition
gouvernementales existantes et surtout les chances d'avoir un
gouvernement stable pendant les quatre années de la prochaine
législature (voir les estimations d'Afrology dans le graphe ci-après).
En effet, avec la crise provoquée avec l'Union européenne par l'entrée
au gouvernement du Jörg Haider en 2000, à l'époque chef du FPÖ, il faut
noter le silence de l'Union européenne et une volonté non-écrite de
tenter de ne pas renouveler l'expérience de boycottage avec les
candidats choisis pas les électeurs autrichiens. C'est aussi cela la
démocratie. D'ailleurs Jorg Haider ne se fait pas d'illusion sur cette
question puisqu'il a préféré sagement mettre l'accent sur son futur
politique au niveau de sa région (Länder), la Carinthie, quitte à tirer
les ficelles en catimini au niveau fédéral. Ainsi, avec un gouvernement
d'alliance forte entre ÖVP, SPÖ et Grüne et des personnalités
indépendantes et libres de l’appareil de leur parti d'attache, il n'est
pas impossible que ce soit le parti ÖVP qui ait le plus de chance pour
former un gouvernement minoritaire qui pourrait se révéler être stable
si les personnalités choisies misent sur la compétence et non sur leur
capacité d'obstruction, ce que les Autrichiens ont rejeté en bloc.

Le président autrichien, Heinz Fischer, exerçant sa
fonction depuis le 8 juillet 2004 pour une durée de 6 ans et membre du
SPÖ, n'est pas opposé à l'avènement d'une coalition gouvernementale
triangulaire. Un gouvernement tripartite va contraindre le SPÖ à
s'ouvrir au FPÖ ou au BZÖ ou alors c'est au ÖVP qu'il appartiendra de
démontrer sa capacité d'organisateur d'un consensus qui ne se fait plus
à trois, mais à quatre… le quatrième non représenté est l'Union
européenne qui ne manquera pas de faire ses pressions discrètes pour que
des "eurosceptiques" ne viennent pas renforcer les difficultés actuelles
d'organisation de l’Europe à 27.
Wolfgang Schüssel, l'ancien Chancelier, n'a pas dit son dernier mot et
son expérience passée permet de croire que l'ÖVP dirigé par Josef Pröll
va mettre la barre très haute dans des négociations sur une coalition à
deux SPÖ et ÖVP, dont ne veulent plus les électeurs autrichiens. Ainsi,
le blocage d'une refondation de la grande coalition à deux avec le SPÖ
comme Chancelier risque de transformer le ÖVP en faiseur de Chancelier
en Autriche, un Chancelier minoritaire. Si le parti ÖVP réussit à
prendre la chancellerie alors ce sont les thèses des pro-européens qui
vont triompher. Cela peut ouvrir la voie au choix de personnalités
autrichiennes pour la nouvelle présidence de l'union européenne dont les
termes peuvent passer de 6 mois à 24 mois ou plus.
6. Migration, intégration et emplois
Enfin, si ce modèle tripartite réussi en Autriche, il pourra alors avoir
des chances d'être exporté dans l'Union européenne et pourquoi pas en
Afrique. Ce qu'il faut par contre éviter est bien la banalisation du
populisme irresponsable et de l'extrême-droite qui utilisent la
dialectique de l'immigration illégale et le migration légale comme fonds
de commerce politique à l'instar de ce qui se passe dans les pays
voisins comme Malte, Danemark, l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique, la
France, la Suisse mais aussi la Roumanie et la Bulgarie. L'Afrique n'est
pas à l'abri du phénomène puisque les effets collatéraux de
l'immigration sont liés principalement à la perception de la contraction
des emplois disponibles au plan national. Les poussées xénophobes
récentes en Afrique du Sud ne peuvent que rappeler que le phénomène
n'est pas qu'autrichien. Par contre, oublier l'intégration et ne se
focaliser que sur la chasse aux immigrés en situation irrégulière relève
bien du populisme. Il importe néanmoins de donner plus de rôle aux
femmes, qui étaient au nombre de 32% des sièges des deux chambres du
parlement en 2007, bien au-dessus de la moyenne européenne qui est de
25%. Il convient d'espérer qu'à l'avenir elles occuperont plus de
responsabilités pour influence autrement l'avenir de l'Autriche,
aujourd'hui dominé par les hommes.
Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action, l’influence "Afrology"
1er octobre 2008
1. Die Presse,"Vorläufiges amtliches Endergebnis", vue
sur :
http://diepresse.com/portal/fragments/templates/wahl/N200809/index.jsp
2. EIU, Austrian Country Report, September 2008, p. 19.
3. Voir Kronen Zeitung du 26 juin 2008.
4. Yves Ekoué Amaïzo, "Post-développement et interdépendance", in "La
question du développement", in Revue AGIR, no 35, septembre 2008, pp.
25-40.
5. EIU, op. cit. , p. 3; il faut savoir que le poste du ministère de
l'intérieur était détenu en début 2008 par un membre du parti ÖVP, (Mr.
Günther Platter);
6. EIU, op.cit., pp. 7 et 8.
7. EIU, Ibid, p. 8.
8. EIU, Ibid, p. 13.
9. EIU, Ibid, p. 13.
10. EIU, Austrian, Country Forecast, September 2008, p. 4.
11. Les 16-18 ans ne représentent que 150 000 électeurs sur les 6
millions, selon le sociologue Silvio Lehmann
12. Voir Jean-Yves Camus, Actualité de Radio France International, vue
sur :
http://www.rfi.fr/actufr/articles/105/article_72935.asp
13. Wolfgang Schüssel a rapport à l'ÖVP son plus grand succès électoral
en 2002 après plus de 36 ans.
14. Les exportations de biens et services sont supérieures aux
importations entre 2003 et 2007 et les tendances pour 2008-2012 sont
encourageantes (59% du Produit intérieur brut pour les exportations
contre 52,6% du Produit intérieur brut pour les importations en 2008);
source: EIU, Austria Forecast, Ibid, p. 10.
15. World Bank, World Development Indicators 2008, "Women in Development",
p. 28; la France avec19% et l'Italie avec 17% de femmes au parlement
alors que l'Allemagne compte 32%, l'Afrique du sud 33% et le Rwanda 49%.
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Yves E. Amaïzo


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