L'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie
Et si Chirac avait
raison?
Sans toutefois avoir à l’idée de battre en brèche et de vouer au
calendes grecques toutes les réflexions qui démontent la déclaration
chiraquienne ; je pense à mon avis qu’il faut aborder le problème sous
un angle nouveau avec calme et lucidité. Cela permettra certainement de
comprendre la quintessence de ce discours. La méthode pour comprendre
"l’Afrique n’est pas mûre" pour la démocratie consistera à une réflexion
sur les politiques de gouvernance africaines.
Les coups d’États comme norme de gouvernance
L’Afrique continue de croire à l’alternance politique du bout du fusil.
Pour certains Africains en effet, « le pouvoir se trouve au bout du
fusil » comme le prétendait Mao zedong en 1950. C’est la raison pour laquelle bon nombre d’États
sont dirigés par des militaires. On peut aisément citer le Togo avec le
Général Gnassingbé Eyadema qui est parvenu à la magistrature suprême
grâce à un coup d’État sanglant en 1963 et en 1967, le Capitaine Blaise
Compaoré du Burkina Faso qui a ensanglanté le pays des intègres en 1987
pour prendre possession du fauteuil présidentiel, le Général Lansana
Conté de la Guinée a pris le pouvoir par la force des armes en 1984.
Après 1990 les politiques n’ont pas changé; on a enregistré de nombreux
coups d’État au Niger en 1996,en Côte d’ivoire en 1999, 2004 en
Centrafrique, 2005 au Togo et en Mauritanie, pour ne citer que ceux-là. Le
constat est clair l’Afrique n’est en encore mûre pour la démocratie
parce que la démocratie se conjugue très mal avec les armes. Les
mentalités n’ont pas changé et on a coutume d’entendre dans le jargon
des rebellions et putschistes Africains "on a pris les armes pour la
démocratie". Diantre ! Déclarations abjectes et rétrogrades. Le
déficit même de démocratie ne saurait légitimer la prise du
pouvoir par les armes. La démocratie, par principe s’oppose à la
logique des armes et de la force. Elle (la démocratie) est un système de
gouvernement qui tire sa légitimité de l’assentiment du peuple. La
majorité du peuple par la raison et en toute conscience donne le pouvoir
à l’homme politique de son choix par le biais des urnes. Aussi longtemps
que les politicards, que dis-je, les politiciens africains Continueront
de croire à la prise du pouvoir par les AK 47 au détriment des urnes,
il est clair que la maturité à la démocratie en Afrique ne serait qu’
une gageur.
Confiscation de l'alternance politique
La
philosophie du pouvoir à vie chez les dirigeants africains demeure un
problème majeur .
En
effet , bon nombre d’hommes politiques africains refusent l’alternance
démocratique. Des chefs d’État dans le soucis de se maintenir se
livrent à la sale besogne du tripatouillage des constitutions. Le
général Gnassingbe Eyadema, après 40 ans de pouvoir, a fait sauter le
verrou de l’article 59 de la constitution togolaise du 14 Octobre 1992,
ce qui lui a permis d’obtenir un troisième mandat le 1er
juin 2003 dernier. Bien avant le Togo, le Sénégal avait donné le ton. En
effet en août 1998, l’ Assemblée Nationale est revenue sur la
disposition du code électoral qui limitait à deux le nombre de
septennats qu’une personne peut effectuer à la tête de l’État. Le
président Abdou Diouf n’a pas bénéficier de cette réforme pour avoir été
battu au terme d’un seul septennat en Mars 2000 par le "sopi’’
d’Abdoulaye Wade. En Décembre 1999, Sam Njoma au pouvoir depuis le 9
février 1990 en Namibie a modifié la constitution afin d’être réélu
pur un 3ème mandat en Mars 2000. En faisant réviser l’article 24 de
la constitution guinéenne , par pseudo référendum le président L. Conté
peut désormais briguer un mandat de 7 ans autant de fois qu’il le
souhaite. Six (6) mois après la Guinée, la Tunisie de Ben Ali a
fredonné le même chant de la honte. Le 26 mai 2002 en effet , une vaste
révision constitutionnelle fait sauter l’article 39 qui limitait à trois
(3) le nombre de mandats . Les exemples sont légions on peut citer le
Gabon, le Burkina Faso le Tchad et bien d’autres encore. Des lois
fondamentales à géométrie variable qui la honte de nos gouvernants
africains. Avec ça dire qu’ils ont librement accepté le système "démocratie’’
à la conférence de la Baule fait pleurer et/ou rire. A la lumière donc
de toutes ces réalités dire que l’Afrique n’est pas mûre pour la
démocratie, pourrait ne pas être une vue de l’esprit, mais plutôt une
vérité qui rougit tout simplement les yeux.
En
tout état de cause, dans le contexte mondial actuel il ne s’agit pas de
spéculer vainement sur la démocratisation de l’Afrique, mais de l’aider
à s’ouvrir à la démocratie. Mais il ne s’agit pas de dire que
l’Afrique doit initier ses propres démocratiques comme le prétendant
certaines élites. Je pense que la démocratie en tant que concept
universel doit s’appliquer à tous les États dans son essence et dans
sa
définition originelle. Car la démocratie , en dépit de ses limite et de
ses insuffisances, demeure à n’en point douter le meilleur système de
gouvernement. Voilà pourquoi nous insistons pour dire que les pays
développés et avancés en matière de démocratie, doivent aider et
soutenir ferment les principes démocratiques dans les états du 1 /3
monde. Car seule l’ éclosion réelle de la démocratie peut impulser de
façon significative le développement des pays du sud. Le soutien
et l’ appui à la démocratie en Afrique doit de traduire par la défense de l’ordre
constitutionnel de sorte que la force des baïonnettes ne puisse primer
sur le droit et la démocratie. C’est la seule solution si on veut voir
l’émergence de l’État de droit et garantir la paix et la stabilité en
Afrique. C’est donc pour dire non à la loi de force et établir la
primauté du droit, que le célèbre théoricien politique J.J Rousseau
dira « … le plus fort n’ est jamais assez fort pour être toujours
le maître s’il ne transforme sa force en droit et obéissance en devoir.»
Il faut donc refuser de façon énergique et vigoureuse la légitimation
de la prise du pouvoir par les armes.
Alors quand on se rend souvent compte que les pays du Nord qui se
targuent d’être des États démocratiques font souvent preuve de
partialité dans l’appréciation des principes démocratiques, il y a
vraiment de quoi s’interroger. Car ça dégage une forte odeur de mauvaise
foi !
Ïl est des
interrogations constructives; la question première de Chirac pourrait à
certains égards, être rangée dans cette catégorie. Mais sa politique
africaine actuelle laisse planer de sérieux doutes sur la vision claire
et le projet de construction du continent africain... L'analyse envoyée
à la rédaction mérite d'être complétée, à l'éclairage de l'actualité... ndlr
Envoyé par
Daniel OZOUKOU - Analyste politique
ozoukoud@yahoo.fr |
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Ozoukou Dan

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