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L'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie
Et si Chirac avait raison?


C'est le titre d'une présentation par Afrology devant les étudiants de l'Université de Namur lors d'une débat le 20 octobre 2005. Nous pensons que l'Afrique doit s'approprier le concept de démocratie pour lui donner du sens, un contenu propre. L'Afrique noire (essentiellement francophone) doit créer son propre modèle social pour éviter le piège de la "panne". "Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n' ai pas besoin de toi. Et tu n'a pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde..." A. de St Exupéry. L'Afrique doit encore apprivoiser la démocratie... Afrology s'applique à l'y aider.

Après avoir défait la féodalité, la démocratie, au cours du 20ème siècle est venue à bout du fascisme, du nazisme et du communisme. Le succès éclatant de la démocratie donne pleinement raison à ceux qui pensent qu’elle est la meilleure forme de gouvernement. Et depuis le 17ème siècle des États comme les USA, la France, la Grande Bretagne , la Norvège, le Japon, l’Inde convolent en justes noces avec elle. La démocratie est alors présentée comme le gouvernement de la majorité dans le respect de la minorité. Elle prend en compte (en théorie) les aspirations profondes de l’homme et des peuples; la démocratie se révèle dès lors comme un système de qualité, d’où la nécessité de son universalisation.

A l’ère de la mondialisation, les politiques de gouvernance convergent de plus en vers cet idéal commun, la mise sur pied de systèmes de gouvernance qui garantissent les droits fondamentaux de l’homme et participe à l’édification  d’un cadre de plein épanouissement. Mais Contrairement à l’Asie, l’Amérique, l’Europe, l’ Afrique est encore à la traîne et sa conversion à la démocratie demeure au centre des grandes préoccupations. C’est donc dans ce sens que Jacques Chirac, actuel Président Français déclare en 1990 : "L’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie". Cette déclaration fracassante a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Et elle demeure jusqu’au jour d’aujourd’hui d’une cuisante actualité. Certains commentateurs politiques avaient vite fait de battre en brèche et de dénoncer l’attitude de Chirac. Car 1990, marquait indubitablement une ère nouvelle : Celle de démocratie, avec la démolition  des régimes monolithiques et oligarchiques.

Pour  les intellectuels et opposants africains, cette période sonnait manifestement le glas des partis uniques et il n’était donc pas question de polémiquer. La déclaration Chiraquienne était dès lors perçue, pour certains comme une opposition à l’éclosion démocratique en Afrique. Car dire que "l’Afrique n’est mûre pour la démocratie", pour eux, c’est refuser dans une certaine mesure l’émergence de la démocratie sur le continent noir et encourager l’imposture et la dictature ambiante des hommes au pouvoir. Pour d’autres encore, c’est se moquer des populations en souffrance, souffrances engendrées par quarante (40) ans de gestion approximative et unilatérale des biens de l’État par des dirigeants sans foi ni loi et qui résumaient l’État à leur seule personne. La déclaration de l’actuel patron de la république française a fait grincer certainement beaucoup de dents et personne (intellectuels, opposants aux partis africains) ne  pouvait en toute logique accepter une telle assertion. Par conséquent personne n’a tenté de un débat critique sur la "pensée" du président Chirac.

Sans toutefois avoir à l’idée de battre en brèche et de vouer au calendes grecques toutes les réflexions qui démontent la déclaration chiraquienne ; je pense à mon avis qu’il faut aborder le problème sous un angle nouveau avec calme et lucidité. Cela permettra certainement de comprendre la quintessence de ce discours. La méthode pour comprendre "l’Afrique n’est pas mûre" pour la démocratie consistera à une réflexion sur les politiques de gouvernance africaines.

Les coups d’États comme norme de gouvernance

L’Afrique continue de croire à l’alternance politique du bout du fusil. Pour certains Africains en effet, « le pouvoir se trouve au bout du fusil » comme le prétendait Mao zedong en 1950. C’est la raison pour laquelle bon nombre d’États sont dirigés par des militaires. On peut aisément citer le Togo avec le Général Gnassingbé Eyadema qui est parvenu à la magistrature suprême grâce à un coup d’État sanglant en 1963 et en 1967, le Capitaine Blaise Compaoré du Burkina Faso qui a ensanglanté le pays des intègres en 1987 pour prendre possession du fauteuil présidentiel, le Général Lansana Conté de la Guinée a pris le pouvoir par la force des armes en 1984. Après 1990 les politiques n’ont pas changé; on a enregistré de nombreux coups d’État au Niger en 1996,en Côte d’ivoire en 1999, 2004 en Centrafrique, 2005 au Togo et en Mauritanie, pour ne citer que ceux-là. Le constat est clair  l’Afrique n’est en encore mûre pour la démocratie parce que la démocratie se conjugue très mal avec les armes. Les mentalités n’ont pas changé et on a coutume d’entendre dans le jargon des rebellions et putschistes Africains "on a pris les armes pour la démocratie". Diantre ! Déclarations abjectes et rétrogrades. Le déficit même de démocratie ne saurait légitimer la prise du pouvoir par les armes. La démocratie, par principe s’oppose à la logique des armes et de la force. Elle (la démocratie) est un système de gouvernement qui tire sa légitimité de l’assentiment du peuple. La majorité du peuple par la raison et en toute conscience donne le pouvoir à l’homme politique de son choix par le biais des urnes. Aussi longtemps que les politicards, que dis-je, les politiciens africains Continueront de croire à la prise du pouvoir par les AK 47 au détriment des urnes, il est clair que la maturité à la démocratie en Afrique ne serait qu’ une gageur. 

Confiscation de l'alternance politique

La philosophie  du pouvoir à vie chez les dirigeants  africains demeure un  problème majeur .

En effet , bon nombre d’hommes politiques africains refusent l’alternance démocratique. Des chefs d’État dans le soucis de se maintenir se  livrent à la sale  besogne du tripatouillage  des constitutions. Le général Gnassingbe Eyadema, après 40 ans de pouvoir, a fait sauter le verrou de l’article  59 de la constitution togolaise du 14 Octobre 1992, ce qui lui a permis d’obtenir un troisième mandat  le 1er  juin 2003 dernier. Bien avant le Togo, le Sénégal avait donné le ton. En effet en août 1998, l’ Assemblée Nationale  est revenue sur la disposition du code électoral qui limitait  à deux  le nombre de septennats qu’une personne peut effectuer à la tête de l’État. Le président Abdou Diouf n’a pas bénéficier de cette réforme pour avoir été battu au terme d’un seul septennat  en Mars 2000 par  le "sopi’’ d’Abdoulaye Wade.  En Décembre 1999, Sam Njoma au pouvoir depuis le 9 février 1990 en Namibie a  modifié la constitution  afin d’être  réélu pur un 3ème mandat en Mars 2000. En  faisant réviser  l’article  24 de la constitution guinéenne , par pseudo référendum le président L. Conté peut désormais briguer un  mandat de 7 ans autant  de fois qu’il le souhaite. Six (6) mois après la Guinée, la Tunisie de Ben Ali a fredonné  le même chant de la honte. Le 26 mai 2002 en effet , une vaste révision constitutionnelle fait sauter l’article 39 qui limitait à trois (3) le nombre de mandats . Les exemples sont légions  on peut citer le Gabon, le Burkina Faso le Tchad et bien d’autres encore. Des lois fondamentales à géométrie variable qui la honte de nos gouvernants africains. Avec ça dire qu’ils ont librement accepté le système "démocratie’’ à la conférence de la Baule fait pleurer et/ou rire. A la lumière donc de toutes  ces réalités dire que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie, pourrait ne pas être  une vue  de l’esprit, mais plutôt une vérité qui rougit tout simplement les yeux.

En tout état de cause, dans le contexte mondial actuel il ne s’agit pas de spéculer vainement sur la démocratisation de l’Afrique, mais de l’aider à s’ouvrir à la démocratie. Mais il ne s’agit pas de dire que  l’Afrique  doit initier ses propres démocratiques comme le prétendant certaines élites. Je pense que la démocratie en tant que concept universel doit s’appliquer à tous les États dans son essence et dans sa définition originelle. Car la démocratie , en dépit de ses limite et de ses insuffisances, demeure à n’en point douter le meilleur système de gouvernement. Voilà pourquoi nous insistons pour dire que les pays développés et avancés en matière de démocratie, doivent aider et soutenir ferment les principes démocratiques  dans les états du 1 /3 monde. Car seule l’ éclosion réelle de la démocratie peut impulser  de façon significative le développement  des pays du sud. Le soutien et l’ appui  à la démocratie  en Afrique doit de traduire par la défense de l’ordre constitutionnel  de sorte que la force des baïonnettes ne puisse primer sur le droit et la démocratie. C’est la seule solution si on veut voir l’émergence de l’État de droit et garantir la paix et la stabilité en Afrique. C’est donc pour dire non à la loi de force et établir la primauté du droit, que le célèbre théoricien politique J.J Rousseau  dira « … le plus fort n’ est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit et obéissance en devoir.» Il faut donc refuser de façon énergique et vigoureuse la légitimation  de la prise du pouvoir  par les armes.

Alors quand on se rend souvent compte que les pays du Nord qui se targuent  d’être des États démocratiques font souvent  preuve de partialité dans l’appréciation des principes démocratiques, il y a vraiment de quoi s’interroger. Car ça dégage une forte odeur de mauvaise foi ! 

Ïl est des interrogations constructives; la question première de Chirac pourrait à certains égards, être rangée dans cette catégorie. Mais sa politique africaine actuelle laisse planer de sérieux doutes sur la vision claire et le projet de construction du continent africain... L'analyse envoyée à la rédaction mérite d'être complétée, à l'éclairage de l'actualité... ndlr

Envoyé par Daniel OZOUKOU - Analyste politique

ozoukoud@yahoo.fr



Ozoukou Dan

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