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Entretien avec Abdourahman Waberi

On emploie généralement le terme de " chroniques " à propos de vos textes, qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas inapproprié. Mon livre présente des chroniques de la terre africaine. Dans mes premiers écrits, il y avait des approches différentes pour atteindre une vision kaléidoscopique ou totalisante, comme dirait Glissant. Aujourd’hui, mes nouvelles sont construites comme une succession de petites lumières, de points de vue qui illustrent la quête des Djiboutiens.

Quelle est cette quête, comment pourriez-vous la caractériser ?

Outre le désir d’écrire quelque chose, j’espère m’engager dans un travail d’écriture à long terme.
Dans les premiers temps, " à mes débuts en écriture " si je puis dire, j’écrivais surtout pour mieux me comprendre moi-même et comprendre le pays que j’ai quitté lorsque j’avais vingt ans.
Djibouti était alors la dernière colonie française, après avoir eu le statut de territoire d’outre-mer jusqu’en 1977. Pour l’étudiant que j’étais alors, le départ vers la France était l’unique possibilité de continuer des études universitaires. A cette époque, j’espérais naïvement apporter ma contribution à l’histoire du continent africain en parlant de mon pays ou de ma région, si peu représenté.

C’est un peu la vision du rôle de l’intellectuel tel qu’on la concevait dans les années 1960-70 ?

Tout à fait. Quelques années plus tard, l’écriture est devenue pour moi le vecteur pour faire entendre mon pays, mais d’une manière plus apaisée, plus réfléchie. Autrement dit, je n’ai plus l’ambition d’aborder tous les destins de l’Afrique, ni de m’y substituer.
L’écriture est maintenant pour moi l’occasion de représenter une diaspora originaire d’une petite région du monde, et cette représentation se diffracte, s’élargit à d’autres diasporas et à d’autres destins. Il n’est plus question de parler au nom de l’Afrique toute entière ou de mon pays tout entier, mais d’aborder les choses d’une manière plus nuancée par et grâce à l’écriture.
Ma démarche ressemble à celle de beaucoup d’écrivains : découvrir ce que nous sommes, essayer de parler à tout le monde, creuser notre petit sillon, puis comme des alluvions, aller vers la mer…

Nous sommes donc loin d’une vision ethnocentriste ?

Oui, mon travail d’écrivain est partagé entre l’amour pour ma terre et l’ironie et la distance nécessaire pour pouvoir en parler.
Je ne veux pas être lu - ni écrire d’ailleurs - comme un auteur porte-drapeau d’un pays.

Cahier Nomade, votre dernier livre, met en exergue la phrase suivante : " Chaque nouvelle est une caravane avec son lot de mots ".

C’est tout simplement pour cultiver la métaphore du nomade. J’imagine souvent l’écriture en totale adéquation avec la marche. Le nomade regarde et comprend le paysage pas à pas, et mon recueil de nouvelles va sans cesse d’une langue à une autre, de l’oralité à l’écriture, presque pour capter chaque trace du paysage, comme les mots sur la page.

Vous allez nous rejoindre sur La Route des Indes, aimez-vous participer à des manifestations littéraires ?

J’aime participer à des débats, à des échanges, et je participe fréquemment à de nombreuses manifestations littéraires. J’ai notamment rencontré d’autres écrivains et artistes à l’occasion d’une manifestation qui s’intitule Fest’Africa, qui a lieu tous les ans, en novembre, à Lille.
A partir de là nous avons mis en place un projet vers le Rwanda. Nous nous sommes engagés à faire quelque chose là-bas autour de la question soulevée naguère par Primo Levi : Comment écrire après le génocide ? Un plasticien crée une œuvre intitulée " Jardin de la mémoire ", un cinéaste un film documentaire, des écrivains se sont associés pour rédiger un recueil de nouvelles.

C’est encore une forme d’engagement.

Oui, c’est un engagement modeste, à vocation citoyenne. Des artistes issus de différents domaines mettent quelque chose en commun…

Propos recueillis par Karim-Pierre Chabane

Abdourahman Waberi




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