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Les romancières du Congo
La femme dans la littérature narrative au sud du Sahara s’est révélée en
retard par rapport à l’homme qui, depuis l’époque coloniale, avait
commencé à se servir de la plume. Fallait attendre les années 70 pour
lire quelques écrits des Africaines. Au Congo, elles commencent par la
poésie au niveau de la crétion littéraire avec des noms tels marie
Léontine Tchibinda, Amélia Nene, Cécile Diamonika. Il faut attendre la
fin des années 80 pour lire un roman écrit pare une femme. Cette
réflexion se définit comme une contribution à la découverte des
romancières congolaises.
C’est en 1989 que se découvrent deux femmes de la diaspora, Francine
Laurens et Jeannette Balou Tchichelle qui publient aux éditions La
Pensée universelle à Paris Tourmente sous les tropiques et Cœur en exil.
Une autre femme de la diaspora, Binéka Danièle Lissouba met sa plume au
service de la littérature des enfants en publiant respectivement Pan
t’es mort ! en 1991 et Le Zappeur zappé en 1992 aux éditions Rouge et
Or.
Au pays, Alice Valette Bizol Ntim, déjà lauréate au Concours de la
Meilleure nouvelle organisé par les éditions Naaman de Québec en 1982,
se découvre romancière avec Le Calvaire d’Elise en 1996 aux éditions
Héros dans l’Ombre. A ces quatre noms, il faut ajouter à cette même
époque celui d’Emilie Flore Faignond avec Afin que tu te souviennes, un
beau texte touffu mais attrayant publié à Saint Paul à Kinshasa. Et
jusqu’aujourd’hui, la liste des romancières s’est allongée comme nous le
verrons dans la suite de notre réflexion.
Tendances des romancières congolaises
Les Congolaises bâtissent souvent leurs textes en se fondant sur le
vécu quotidien qui, souvent reflète la vie des couples et les (mé)saventures
sentimentales qui les habitent. Ce sont des histoires de la condition
féminine qui révèlent paradoxalement le côté fauve des hommes. Tourmente
sous les tropiques met en relief les péripéties d’un mariage en Afrique
où la femme subit le poids des réalités sociales. Cœur en exil est
l’image de la femme africaine qui, tantôt reste attachée à la tradition
de son terroir, tantôt succombe aux « mirages » de la société
occidentale. Ce récit reflète la vie tumultueuse des Africaines et
Africains en Europe comme on peut le remarquer aussi dans Le plus vieux
métier du monde de Florence Lina Bamona-Mouissou et La Patience d’une
femme d’Evéline Ntsimba-Mankou, deux livres dont l’univers romamesque
est la France.
Les textes des romancières congolaises paraissent, à un certain
moment, comme des (auto)biographies quand on se réfère à leur quotidien
réel. Valette Bizol Ntim dans Le Calvaire d’Elise nous rapporte
l’histoire de quatre couples dont le problème principal se situe au
niveau de la cohabitation qui ramène dans le foyer le vice, le scrupule,
la méchanceté, le complexe et la trahison chez les conjoints. Afin que
tu te souviennes d’Emilie Flore Faignond se présente comme une véritable
autobiographie qui dépasse la fiction, car l’auteure et la narratrice ne
formant qu’un seul « personnage-personne ». Et ce roman n’est pas
différent de Béto na béto, le poid de la tribu d’Aimée Mambou Gnali par
sa technique du récit homodiégétique où l’auteure-narratrice réécrit sa
passion amoureuse avec son compatriote Matsokota.
Quel avenir pour le roman féminin congolais ?
Avant 2000, les romancières congolaises n’ont réellement décollé
quand on les compare à leurs consoeurs de l’Afrique de l’Ouest et même
de la sous région qui occupent une place non négligeable des les
anthologies des littératures africaines.
Organiser, pour la gente féminine qui s’intéresse à l’écriture et
plus particulièrement à la création romanesque, des séminaires
contribuerait sans doute au réveil des romancières. Des livres comme Le
Calvaire d’Elise et Afin que tu te souviennes, malgré quelques
maladresses bénignes au niveau du style et bien que publiés par des
maisons d’éditions de peu de notoriété, n’ont rien à envier à ceux de
leurs consoeurs édités par NEA (Nouvelles éditions africaines), Présence
africaine et d’autres maisons d’éditions de l’Hexagone. Aussi, de 2000 à
nos jours, les romancières congolaises ont brillé de mille feux en
suivant le chemin déjà tracé par leurs confrères. Plus d’une dizaine de
publications comme on peut le constater ci-après.
- Cœur en exil, Jeannette Balou Tchichelle, La Pensée universelle, 1989
- Tourmente sous les tropiques, Francine Laurens, La Pensée universelle,
1989
- Pan t’es mort !, Danièle Binéka Lissouba, Rouge et Or, 1991
- Le Zappeur zappé, Danièle Binéka Lissouba, Rouge et Or, 1992
- Afrique : Alerte à la bombe, Marie-Louise Abia, MINSI D.S, 1995
- Afin que tu te souviennes, Emilie Flore Faignond, Saint Paul de
Kinshasa, 1996
- Le Calvaire d’Elise, Alice Valette Bizol Ntim, Héros dans l’ombre,
1996
- Béto na béto, le poids de la tribu, Aimée Gnali Mambou, Gallimard,
2001
- Lumière de femme, Aleth Félix Tchicaya, Hatier, 2003
- Bienvenus au royaume du sida, Marie-Louise Abia, ICES, 2003
- Hymne à la tolérance, Ghislaine Sathoud, Melonic, Canada, 2004
- La Patience d’une femme, Evéline Ntsimba Mankou, Bénévent, 2005
- J’espère, Liss, Amalthée, 2005 (recueil de nouvelles)
- Le plus vieux métier du monde, Lina Florence Bamona-Mouissou,
Bénévent, 2005
- Le Triomphe de Magalie, Ikama Calissa, Lemba, 2005.
A ces titres, il faut ajouter l’abondante œuvre de Noëlle Bizi Bazouma
qui essaie de se spécialiser dans la littérature de jeunesse.
Parmi ces romans, des textes comme Afin que tu te souviennes et
Bienvenus au royaume du sida pourraient être considérés comme des chefs
d’œuvre. Et si les auteures de ces livres pouvaient continuer sur la
même lancée, certainement qu’elles seraient comptées parmi les
meilleures plumes du continent dans les années à venir.
Conclusion
Le roman congolais au niveau des femmes est arrivé au point de non
retour et a supplanté même la poésie. Après la poésie, certaines
écrivaines, comme par exemple Ghislaine Sathoud avec Hymne à la
tolérance, se livrent à la narration sans beaucoup de difficultés. Pour
préserver le roman d’un éventuel "sommeil léthargique", les
jeunes filles et femmes devraient être encouragées à s’intéresser à la
littérature par le biais des concours littéraires dans les lycées et à
l’université. Les initier à la lecture pourrait les amener à l’écriture.
Pourquoi pas créer un prix littéraire féminin au niveau du pays ?
Noël KODIA
Références bibliographiques
- Ormerod (B.) et Volet (J.M.) Romancières africaines d’expression
française, L’Harmattan, 1994
- Littératures francophones d’Afrique centrale : Anthologie, ouvrage
collectif, Nathan, 1995
- Tati Loutard (J.B) et Makita (Ph.) Nouvelle Anthologie de la
littérature congolaise, Hatier, 2003
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Noel Kodia

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