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Jacques Rabemananjara
 

Passionné de littérature et féru de politique,
il incarnait une ambivalence. Passionné de littérature et féru de politique, Jacques Rabemananjara a de fort belle manière, marqué son temps. Il doit son « inspiration scripturaire » à l’évolution du pouvoir colonial en terre malgache.

Député avant de connaître une brillante carrière ministérielle, l’écrivain à la célèbre formule : « Nous sommes des voleurs de langues », s’est éteint à Paris le 2 avril 2005 dans sa 92e année. Grand monument de la littérature indianocéanique d’expression française, il était aussi une grosse pointure de la politique malgache.

Enfant, il a été façonné par l’ éducation reçue de son grand-père maternel. Celui-ci l’ a initié aux traditions ancestrales, tout en lui conseillant d’ étudier la langue des Français et leur façon de raisonner. Le futur écrivain allait s’en servir plus tard comme une arme efficace contre la colonisation.

Jacques- Félicien Rabemananjara est né le 23 juin 1913 à Maroantsetra, sur la côte Est de l’ Ile de Madagascar . Il suit dès 1927, des cours de l’ école officielle de sa ville natale, puis du petit séminaire de l’île Sainte- Marie. Puis il ira au petit séminaire d’Antananarivo( Tananarive), la capitale en suivant la filière qui permettait aux jeunes Malgaches de s’orienter vers des études secondaires. C’est à partir de cette époque qu’il compose ses premiers essais littéraires.

A partir de 1935, il entre dans l’ administration coloniale en travaillant à la direction des Finances, puis au service de l’ Information. Il s’occupe de l’organisation d’ un syndicat officiel des agents malgaches tout en collaborant à la création de la Revue des Jeunes de Madagascar. Après dix parutions, cette revue mal appréciée des autorités coloniales, à cause de ses élans nationalistes, fut interdite.

Alors âgé de 26 ans, Jacques - Félicien Rabemananjara fut tout de même choisi par en 1939, les autorités coloniales pour faire partie de la délégation malgache à la commémoration du 150e anniversaire de la Révolution française. Il en profita pour rester à Paris pour entreprendre des études supérieures ( il suit des cours à la Faculté des Lettres classiques et à celle de Droit) sanctionnés par l’obtention d’une licence. Avant de travailler au Cabinet du ministre des Colonies.

Quelques mois après son arrivée en France, Jacques Rabemananjara publie à Gap son premier recueil de poèmes, Sur les marches du soir. C’ est à cette même époque qu’ il rencontre les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et surtout d’ Alioune Diop aux côtés duquel, il participera plus tard au projet de la Revue Présence Africaine.

De la prison aux honneurs politiques

En 1940, après l’armistice, Jacques qui travaillait au Cabinet du ministre des Colonies, fut affecté par le gouvernement de Vichy au service des prisonniers de guerre coloniaux. Il avait en charge les Malgaches et les Indochinois. Cinq ans plus tard, Jacques Rabemananjara participe à la création du « Comité de surveillance et de défense des intérêts malgaches. De sa rencontre à Paris avec les docteurs Raseta et Ravoahangy, ils fondent le Mouvement démocratique pour la rénovation malgache ( MDRM), dont il sera le Secrétaire général.

Elu député de la région de Tamatave en 1946, il n’ a pu siéger à l’Assemblée nationale. Suspecté d’ être l’ un des meneurs de l’insurrection malgache du 29 mars 1947, Jacques Rabemananjara, fut arrêté, torturé, jugé et condamné lors du procès des parlementaires à la prison à perpétuité. Détenu au bagne de Nosy-Lava sur la côte ouest de Madagascar, puis transféré à la prison des Baumeister à Marseille, il en profite pour écrire les poèmes Antsa, Lamba et Antidote.

Amnistié en 1956, il fut assigné en résidence privée en France. Il ne retrouva son pays quatre ans plus tard, au moment de l’ indépendance. Il participe alors à la première République malgache. Elu député et maire de Toamasina, premier grand port malgache, il connaîtra une brillante carrière ministérielle, en occupant successivement les portefeuilles de l’Agriculture, des Affaires sociales, de l’Economie, puis des Affaires étrangères dans les cabinets du Président Philibert Tsiranana. Il sera même désigné vice- président de la République malgache.

Après la révolution de 1972, Jacques Rabemananjara retourna en exil en France, pour ne retrouver l’ Ile de Madagascar vingt ans plus tard en 1992 pour solliciter les suffrages de ses compatriotes pour le poste de président de la République. A la suite de sa défaite, il est retourné en France pour se consacrer à ses activités littéraires.

Légataire testamentaire des œuvres de Jean -Joseph Rabearivelo

Jacques -Félicien Rabemananjara est un monument de la littérature indianocéanique d’ expression française. En fait, le passionné de littérature et le féru de politique se rejoignent pour saluer l’ambivalence qu’ il incarne. Depuis 1940, son premier recueil Sur les marches du soir jusqu’en 1998, année de la parution de son essai sur le Prince Razaka, le barde malgache à travers ses poèmes, ses pièces de théâtre, ses essais politico-culturels défend son identité et celle de son peuple.

Grand ami d’ Alioune Diop qu’il a rencontré à l’Association des Etudiants de l’Afrique noire, Jacques Rabemananjara a travaillé à la direction de la revue Présence africaine, à la fondation de laquelle il avait été associé .Il fut l’un des rapporteurs du 1er Congrès international des écrivains et artistes noirs qui avait tenu ses assises à la Sorbonne du 19 au 22 septembre 1947.Au cours du deuxième congrès des écrivains et artistes noirs tenu du 26 mars au 1er avril 1959 à Rome, Jacques Rabemananjara y avait prononcé une communication fort remarquée, où les participants retinrent de lui, la formule devenue célèbre : « Nous sommes des voleurs de langues »

Il compte avec Robert Boudry au nombre des amis de Jean- Joseph Rabearivelo, l’un des plus célèbres poètes que la grande Ile de Madagascar ait jamais connu au Xxe siècle. Méditant sur sa mort volontaire, celui qu’on appelait aussi Joseph Casimir Rabe avait dans son journal intime, fait de Jacques Rabemananjara, le légataire testamentaires de ses œuvres. Je te passe le flambeau, tiens le bien haut , lui avait -il écrit.

Jacques -Félicien Rabemananjara, lègue à la postérité toute une multitude d’œuvres. Sur le plan poétique, on lui doit Sur les marches du soir, Rites millénaires, Antsa, Antidote, Les ordalies, sonnets d’outre-temps . Grand Prix de la Francophonie en 1988, il a aussi écrit des essais Témoignage malgache et nationalisme et Nationalisme et problèmes malgaches. Il compte également des pièces de théâtre, Les dieux malgaches, Agape des dieux Tritiva et un récit Le prince Razaka.

Membre de l’Académie nationale des Arts, des Lettres et des Sciences de Madagascar. Jacques - Félicien Rabemananjara est considéré comme un monument de la littérature indianocéanique d’ expression française. Les autorités malgaches ont décidé d’organiser à Antananarivo, des funérailles nationales pour celui qui fut aussi un grand nom de la politique de la Grande Ile de l’Océan indien.

Par Ekoué SATCHIVI



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