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Alain Mabanckou, Renaudot 2006


En 2005 déjà, Alain Mabanckou avait failli recevoir le prix pour son excellent et truculent Verre cassé, paru en janvier 2005 au Seuil. Ce roman avait créé la surprise, car il ne rata le Renaudot 2005 que d'un cheveu : au onzième tour, la voix double du président lui fut fatale. Cette fois, c'est au dixième tour, grâce à la voix double de J. M. G. Le Clézio, que l'écrivain congolais de langue française décroche le prestigieux prix.

Mémoires de porc-épic est le deuxième volet d'une trilogie entamée par Verre cassé. Le point de départ de cette fiction est une légende africaine : à sa mort, chaque homme a un double animal. Pour Kibandi, qui vient de disparaître, c'est un porc-épic néfaste. Ce roman restitue donc les mémoires de cette petite bête aux piquants assassins, car le narrateur est un porc-épic dont la mission est de commettre de drôles de meurtres au nom du défunt : jusqu'au 99e mort, tout va bien ou presque ; mais, arrivé à la centième mission, le porc-épic commence à avoir des états d'âme et rédige ses confessions. C'est un long monologue, écrit sans ponctuation, qui s'adresse à un baobab auprès duquel l'animal s'est réfugié.

Le retour de l'imaginaire

Comme à son habitude, l'auteur de African psycho et des Petits-Fils nègres de Vercingétorix essaime çà et là des formules piquantes sous forme de proverbes telles que, "quand on coupe les oreilles, le cou devrait s'inquiéter" ou "les petits du tigre ne naissent pas sans leurs griffes". Et comme dans Verre cassé, Mémoires de porc-épic évoque des sujets politiques et sociaux sans avoir l'air d'y toucher, souvent par allégories. "Je pense que c'est le retour de l'imaginaire, de la fable, de la légende, ce que nous avons souvent négligé quand il s'agit d'écrire un roman", a d'ailleurs affirmé l'heureux lauréat après l'attribution de son prix.

En couronnant Mabanckou, le Renaudot (comme le Goncourt à l'Américain Littell et le Femina à la Canadienne Nancy Huston) salue également un auteur qui rafraîchit les couleurs de la francophonie. C'est une tradition chez ce jury qui avait déjà décerné ses lauriers à Ahmadou Kourouma, à Édouard Glissant ou à Yambo Ouologuem. "Les livres qui nous suivent longtemps sont ceux qui réinventent le monde, revisitent notre enfance, interrogent l'Origine, scrutent nos obsessions et secouent nos croyances", est-il écrit dans une postface à Mémoires de porc-épic. Avec ce prix littéraire, il est sûr que ce roman suivra longtemps Alain Mabanckou.

La biographie du lauréat

Poète, romancier, chroniqueur littéraire, Alain Mabanckou commence des études de droit à l´université Marien Gouabi de Brazzaville et les poursuit en France. Titulaire d´un DEA en droit des affaires (université de Paris-Dauphine 1993), il devient conseiller dans une filiale du groupe Suez-Lyonnaise des eaux à Paris. Parallèlement, il produit et anime des émissions culturelles à Média Tropical. Il fait ses premiers pas en poésie avec un ouvrage de jeunesse, 'Au jour le jour'. Mais c'est 'L'Usure des lendemains', couronné par le prix Jean-Christophe de la Société des poètes français, qui le révèle en faisant montre d'une inspiration plus personnelle et plus travaillée. De recueil en recueil, son art et sa sensibilité s'épanouissent pleinement.

La nostalgie de l'enfance, l'amour de la mère et de la patrie, le devoir de mémoire, le sentiment d'exil ou encore la déliquescence de l'Afrique contemporaine sont autant de thèmes qu'il chante avec lyrisme dans 'La Légende de l'errance' en 1995, 'Les Arbres aussi versent des larmes' en 1997 et 'Quand le coq annoncera l'aube d'un autre jour' en 1999. L'oeuvre d'Alain Mabanckou ne se limite pas à la poésie : il a aussi exploré les voies du genre romanesque, notamment dans 'Verre cassé' en 2005.


Alain Mabanckou

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