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Chevrier Jacques ou le syndrome "Tintin au Congo"
Réductionnisme littéraire?


Il est l'auteur de l'ouvrage "Littérature Nègre", publié avec Armand Colin aux Nouvelles Éditions Africaines (NEA), en 1984. Cet Ouvrage paru pour la première fois en 1974 et couronné par l'Académie Française en 1975, a connu un succès grandissant auprès des lecteurs et étudiants du Nord comme du Sud. Une édition revue et augmenté remet à jour le bilan dressé il y a déjà 10 ans et y ajoute un long chapitre sur les tendances actuelles du roman. On y trouve également une bibliographie des œuvres et des études critiques ainsi qu'un index des ouvrages et auteurs cités.

Mais pourquoi Nègre?
Les étudiants congolais préférerons user d'un jeu de mots pour se référer à l'oeuvre de Jacques Négrier - "Littérature chèvre". Tout un programme...

Nous préférons croire à un certain opportunisme chez Mr Chevrier, plutôt que de faire ici un long procès d'intention. L'espace était vide, et le travail de Mr Chevrier est louable à plus d'un titre; mais lors de la réédition, il aurait fallu changer le titre, les mentalités évoluent, et nous ne nous situons plus dans les années 60. Senghor est mort, et la Négritude fait désormais partie du passé du continent Noir. Nous nous en tiendrons à cet effet à la thèse de Michel Hausser [1] pour lequel La littérature de la négritude «repose sur une volonté poétique nouvelle, manifestée dans les années trente, laquelle est l'expression du désir d'être reconnu comme Noir et comme Noir héritier d'une culture». La littérature Nègre s'enracine donc dans une période donnée et avec une expression située en France; elle apparaît juste avant la Seconde Guerre mondiale. Pour nous, il s'agit donc d'une production très localisée et rien, aujourd'hui, ne permet de négrifier un auteur comme Kossi Efoui ou Gaston Kelman.

Comment parler de littérature Nègre moderne, sous entendue liée à une couleur de peau ou des origines ethniques. Volonté de ségrégation, de ghettoïsation? Qu'est-ce qui fait le caractère nègre d'un ouvrage littéraire? Les origines ou la couleur de peau de son auteur? Le sujet y débattu? Le thème ou la localisation de l'intrigue? Rien détonnant lorsqu'on reprend, dans la liste du même auteur des titres comme "Le Blancs vu par les Africains" publié en 1988; esprit étroit ou tentative de globalisation d'une Afrique plurielle? Dans tous les cas, notre ami souffre d'une vision déformée et déformante des réalités du continent. Quoi de plus normal, si les dirigeants et autres fonctionnaires de l'éducation dans les pays concernés brillent par une incompétence et une médiocrité maintes fois dénoncées.

Mais cet auteur est celui qui préside au choix du lauréat du Prix Littéraire d'Afrique. Bonne chance.


Gustav Ahadji
 


(1) Michel Hausser et Martine Mathieu : Littératures francophones (III. Afrique noire-Océan indien), collection Lettres Belin sup (février 1998)
 




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