SELECTIONS 1
Nigeria
Chinua ACHEBE (né en 1930)
Le Monde s'effondre (1958)
Banni de son
village après une séries de péripéties souvent violentes, Okonkwo y
revient quelques années plus tard et constate que tout a changé :
les administrateurs civils et les missionnaires sont devenus les
maîtres et les hommes du village ne semblent pas disposés à le
suivre dans sa révolte contre le pouvoir colonial. Okonkwo préférera
la mort à la soumission. Ce roman appartient à une série romanesque
(Le Malaise, La Flèche de Dieu) dont l'action a pour
cadre un même village. Ils mettent en scène des personnages issus de
la même famille et souvent confrontés à des situations
conflictuelles survenant entre représentants de la tradition et
partisans du modernisme. Achebe s'attache à la description d'une
Afrique dont l'harmonie -néanmoins présentée sans manichéisme avec
ses violences et ses injustices - a subi le traumatisme brutal et
bouleversant de l'implantation coloniale. Plus tard, la dénonciation
des dérives et la critique des politiques apparaîtra dans l'œuvre du
romancier (Le Démagogue) de même que la guerre du Biafra sera
présente dans son recueil de nouvelles Femmes en guerre.
Utilisant l'anglais, Achebe a su donner à sa langue d'écriture un
souffle africain, pour l'essentiel issu de sa langue maternelle, l'igbo.
En cela, il est un précurseur d'une expression littéraire africaine
originale qui a sans nul doute contribué au succès de ses livres
diffusés à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde.
Le Monde s'effondre,
Présence africaine, 1966.
Parmi d'autres titres : Le Malaise, Présence africaine, 1974.
Le Démagogue, Nouvelles éditions Africaines, Dakar, 1977.
Femmes en guerre, Hatier "Monde noir poche ", 1981.
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Côte-d'Ivoire
Jean-Marie ADIAFFI (né en 1941)
La Carte d'identité (1981)
Mélédouman, un prince agni, est arrêté car il n'est pas en possession
de sa carte d'identité. Emmené en prison, il est interrogé. Libéré
mais devenu aveugle à la suite de mauvais traitements, il est condamné
à retrouver ses documents dans les sept jours. La suite sera une
véritable quête... d'identité, que le romancier ivoirien a choisi de
rythmer selon le calendrier traditionnel agni. Les sept jours de la
semaine devenant l'occasion de diverses rencontres vécues comme autant
d'épreuves initiatiques. Jean-Marie Adiaffi invite ainsi à la
rencontre des mythes occidentaux et africains. Le parcours emprunté
par le héros aveugle donne au sujet de son intrigue (la critique de
l'administration et de ses abus de pouvoir) une originalité
incontestable et une évidente valeur symbolique à son roman. Un
premier roman qui ne fut pas suivi de l'oeuvre que l'on pouvait
espérer. A signaler toutefois un recueil de poèmes D'éclairs et de
foudres et un album superbement illustré et destiné aux jeunes
lecteurs : La Légende de l'éléphanteau.
La Carte d'identité, Hatier
"Monde noir poche", 1981.
Parmi d'autres titres : La Légende de l'éléphanteau, L'Amitié /
G.T.Rageot, 1983. |
Sénégal
Mariama BÂ (1929-1981)
Une si longue lettre (1979)
A la mort de son mari,
Ramatoulaye écrit à sa meilleure amie une "longue lettre" de
confidences sur sa vie de femme et sur le comportement de son mari,
dont elle dresse un portrait peu flatteur. Elle évoque successivement
leur rencontre, leur mariage, l'éducation des enfants, le traumatisme
provoqué par l'arrivée de la deuxième épouse, les relations parfois
difficiles avec la belle famille et les sollicitations dont elle est
l'objet depuis la mort de son mari. Un livre-témoignage sur le
comportement masculin, le rôle de la famille et le poids de la
religion islamique dans la vie du couple et, tout particulièrement,
dans celle de la mère et de l'épouse. Institutrice de formation,
Mariama Bâ est devenu avec ce livre une pionnière des lettres
africaines. Son livre courageux demeure une étape essentielle dans la
prise de parole féminine et reste l'un des romans africains les plus
lus sur le continent.
Une si longue lettre, Nouvelles Editions Africaines, Dakar,
1979.
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Cameroun
Francis BEBEY (né en 1929)
L'Enfant-pluie (1994)
"Est-ce que la pluie est
vieille ? Pourquoi faut-il que j'apprenne les mêmes choses que les
Blancs ? L'école ça sert à quoi? C'est quoi au juste un enfant ?
Est-ce que les Blancs meurent aussi?"... Du haut de ses huit ans,
Mwana est un petit garçon bien déluré qui pose beaucoup de questions
et tout particulièrement à Lyo, sa grand-mère. Autour de Mwana et de
Lyo, il y a l'oncle Toko qui joue du saxophone et dont les talents ne
font pas l'unanimité dans le quartier, Ekalé la belle tentatrice,
Mpédi l'ancien maître d'école et Ekwalla le nouveau. Il y a surtout
Yango, le cousin ennemi qui compare Mwana à un mystérieux "enfant-pluie"
et avec lequel Mwana signera un pacte de silence fondé sur des secrets
gênants pour l'un et pour l'autre... Depuis plusieurs années, Francis
Bebey promène sa guitare, sa flûte pygmée, ses musiques et ses
chansons sur les scènes du monde. Il trouve néanmoins le temps
d'écrire des livres qui l'ont imposé parmi les pionniers des lettres
africaines et qui, entre fausse naïveté et vraie tendresse, offrent
quelques bonnes leçons de vie et d'humanisme sans jamais paraître
didactique ou moralisateur.
L'Enfant-pluie,
Sepia, 1994. Parmi d'autres titres : Le Fils d'Agatha Moudio,
éditions CLE, Yaoundé, 1967. La Lune dans un seau tout rouge,
Hatier, 1989. |
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Cameroun
Mongo
BéTI (né en 1932)
Trop de soleil tue l'amour (1998)
En 1954 (sous
le nom d'Eza Boto), un jeune Camerounais publiait Ville cruelle.
Mongo Béti devenait ainsi l'un des premiers écrivains africains.
Depuis, il n'a cessé d'écrire, alternant romans et essais, souvent
virulents et sans compromis à l'égard de tous les pouvoirs et de tous
ceux qui en usent et en abusent. Longtemps enseignant en Normandie où
il vécut durant plus de 40 ans, Mongo Béti, l'âge de la retraite venu,
a choisi de rejoindre son pays et d'ouvrir une librairie à Yaoundé.
Choix courageux qui n'est pas sans risque mais qui a sans doute permis
au romancier de se ressourcer et de retrouver le contact avec la
quotidienneté du continent. Son dernier roman,Trop de soleil tue
l'amour, témoigne de ce retour aux sources et d'une nouvelle joie
d'écrire. Son héros, Zam, amateur de jazz qui a une vie sentimentale
mouvementée, est journaliste ("le plus militant, le plus redouté des
gens en place") soucieux de délivrer quelques vérités dérangeantes.
C'est sans doute ce qui lui vaut le vol de sa collection de CD mais
aussi de retrouver un cadavre dans son appartement et de voir sa vie
menacée... Dans ce "polar", Mongo Béti ne perd rien de sa virulence.
Sa dénonciation garde sa force dans la description des petites
magouilles et des grandes corruptions, dans sa vision de la société
médiatico-politique comme dans le bien pessimiste bilan qu'il livre à
la fin de son récit : "oui, c'est toujours calamiteux, un destin dans
une république bananière, parce que le malheur n'y a jamais de fin
"...
Trop de soleil tue l'amour, Julliard, 1998. Parmi d'autres titres:
Ville cruelle, Présence africaine, 1954.i, Présence africaine,
1956. |
Cameroun
Calixthe BEYALA (née en 1960)
Le Petit Prince de Belleville (1992)
"Je m'appelle
Mamadou Traoré pour l'état civil, Loukoum pour la civilisation. J'ai
sept ans pour la gynécologie et dix saisons pour l'Afrique. Et c'est
pas toujours évident d'être un Nègre immigré à Belleville". Tel est le
héros de la romancière camerounaise qui a choisi pour cadre un
quartier de Paris, et pour héros un gamin "issu de l'immigration",
selon la terminologie consacrée, qui promène un regard moqueur et
gouailleur sur ce qui l'entoure et offre la joie de vivre, l'innocence
et la naïveté feinte en réponse à la misère et aux duretés de l'exil
et de l'émigration. Autour de lui gravitent des personnages étranges
et tendres à la fois : son père et ses... deux mères ("vous savez
bien! C'est passé dans les journaux. Un Nègre avec deux femmes et un
tas de mômes pour toucher les allocations"), Monsieur Guillaume le
patron de bistrot, Monsieur Kaba, le "monsieur le mieux habillé de
Paris, toujours accompagné de son garde du corps et de deux filles",
et quelques autres encore, souvent pittoresques, pitoyables parfois,
mais tous furieusement vivants. "Loukoum est un cousin de Momo, le
héros de La Vie devant soi, le copain de Beni ou du Gone du
Chaâba, les personnages d'Azouz Begag, et, bien sûr, le petit frère
malien et complice de Zazie, le modèle féminin en débrouillardise"
a-t-on pu écrire. Hélas depuis, d'autres comparaisons ont été faites
et cette oeuvre bien ficelée et "inspirée", a été entachée - de même
que les suivantes - par des accusations étayées de plagiat et une
condamnation pour "contrefaçon partielle" qui n'ont pas empêché
l'auteur de poursuivre une carrière littéraire à l'orchestration
médiatique remarquable.
Le
Petit Prince de Belleville, Albin Michel, 1992.
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Bénin
Olympe
BHELY-QUENUM (né en 1928)
L'Initié (1979)
Après ses
études à Paris, le médecin Marc Tingo rentre en Afrique avec son
épouse française. Il retrouve avec plaisir les gens et les lieux de
son enfance et de son adolescence, refuse de s'engager dans la lutte
politique et exerce son métier en utilisant ses connaissances
médicales tout en se montrant respectueux des savoirs traditionnels.
Il s'oppose à Djessou, un vieux guérisseur, "un homme aux pouvoirs
maléfiques" qui parvient à semer le trouble dans la famille de Marc
Tingo. Malgré l'hostilité des représentants de l'église, de certains
de ses confrères, Marc Tingo ne faiblit pas et sort vainqueur de sa
querelle avec Djessou, qui meurt foudroyé. Double originalité pour ce
roman d'une écriture classique qui met en scène un couple "mixte" dans
un cadre africain et propose le portrait d'un intellectuel africain
modèle qui a su allier les apports culturels de l'Occident sans pour
cela rejeter les enseignements de l'Afrique traditionnelle. Le Docteur
Tingo ne renie pas les connaissances acquises à la faculté de médecine
mais sait y adjoindre les bienfaits de la pharmacopée traditionnelle
et d'un savoir"propre-ment africain fondé sur des connaissances d'un
autre ordre", recueilli lors de son initiation auprès de l'un de ses
oncles. Tingo démontre la valeur de la tradition mais en dénonce les
impostures et les détournements.
L'Initié,
Présence africaine, 1979. |
Afrique du sud
Breyten BREYTENBACH (né en 1939)
Feu froid (1976), traduit de l'afrikaans par Georges Lory
Deux thèmes
obsèdent l'oeuvre de Breyten Breytenbach : la prison que le poète a
connue, et le voyage - qu'il a beaucoup pratiqué - flanqué de son
corollaire douloureux, l'exil. Une oeuvre qui témoigne d'une blessure,
celle d'être né afrikaner en Afrique du sud dans un pays d'apartheid,
celle d'un homme longtemps exilé à Paris puis emprisonné durant sept
ans à la suite d'un retour clandestin en Afrique du sud. La
littérature -comme la peinture qu'il pratique également- ont sans
doute permis à l'artiste de survivre. "Vous savez, Lecteur, une fois
qu'on est en cellule, dans les labyrinthes de l'ombre, on essaye
presque n'importe quoi pour en sortir. Il y avait par exemple, souvent
des loques qui essayaient de se donner la gangrène en espérant se
faire transporter dans un hôpital (...). Pour celui qui tisse des
poèmes avec des fils qu'on appelle des mots, c'est à peu près la même
chose : la gangrène. Feu Froid sont des mots. Ils reviennent
toujours vous absorber, bouchée par bouchée, pour finir par vous
éliminer entièrement et ce qui restera en fin de compte ne sera que
des mots. Le poète est le moyen de reproduction par la destruction des
mots".
Feu
froid, Bourgois, 1976. Parmi d'autres titres : Métamortphase,
Grasset, 1987. Mémoire de poussière et neige, Grasset, 1990.
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Afrique du sud
André BRINK (né en
1935)
Une saison blanche et sèche (1980), traduit de l'anglais par
Robert Fouques
Duparc Ben du
Toit enquête sur la mort de Sipho, le fils de son ami noir. Il
découvre que celui-ci a été victime d'un assassinat politique là où
certains ne voulaient voir qu'un suicide. Dans cette enquête, qui est
aussi une véritable quête, Ben du Toit perdra toute sa famille, ses
amis et son emploi, une part de lui-même et de ses certitudes. Tous se
détournent car il a transgressé la règle qui régit les rapports entre
les êtres dans cette société d'apartheid et d'exclusion. C'est
peut-être le roman (porté à l'écran dans une réalisation d'Euzhan
Palcy) le plus célèbre d'André Brink, le plus prolifique - avec Nadine
Gordimer- des romanciers sud-africains. Au service d'un engagement
militant contre la politique discriminatoire de son pays et contre le
conservatisme de son milieu afrikaner calviniste d'origine, sono euvre
romanesque dresse, livre après livre, le procès de la société
sud-africaine. Brink stigmatise les folies meurtrières du pouvoir
blanc au racisme légitimé mais aussi, et plus subtilement, les
sentiments de répulsion-fascination qui entravent les relations entre
les communautés. Au coeur de son oeuvre, le fardeau de la culpabilité,
de la faute et du péché semble peser lourdement sur les comportements
de ses personnages et de leur créateur.
Une
saison blanche et sèche, Stock, 1980. Parmi d'autres titres: Au
plus noir de la nuit, Stock, 1978. Un turbulent silence,
Stock, 1982. L'Ambassadeur, Stock, 1986. |
Guinée
CAMARA LAYE
(1928-1980)
L'Enfant noir (1953)
Sans doute le
roman africain le plus connu et le plus souvent cité dans les manuels
et les anthologies. Un livre tendre écrit à la première personne, qui
évoque, avec une évidente nostalgie, le bonheur de l'enfance et
présente une chronique souriante de la vie dans un village de Guinée
durant la colonisation. Laye vit entouré de sa famille. Son père,
forgeron et orfèvre, l'initie aux mystères de la connaissance et aux
techniques de son art. Il commence à fréquenter l'école française,
puis vient le temps d'entrer dans l'association des non-initiés et de
subir l'épreuve de la circoncision. A quinze ans, Laye part pour la
capitale afin d'entrer au Collège technique de Conakry où il rencontre
Marie. Ayant obtenu son certificat d'aptitude professionnelle, Laye a
la possibilité de se rendre en France pour y poursuivre ses études...
L'absence de remise en cause du processus colonial et l'attrait du
héros pour la culture occidentale ont, dans le contexte politique de
l'époque, valu à l'auteur quelques sévères critiques, tout
particulièrement de Mongo Béti qui qualifia ce roman de "littérature
rose". Riche d'enseignements sur la vie quotidienne, ce roman fut l'un
des premiers parmi une longue série de récits d'enfance souvent
largement autobiographiques.
L'Enfant
noir, rééd. Pocket. Parmi d'autres titres : Le Maître de la
Parole, rééd. Pocket. |
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Afrique du sud
John
Maxwell COETZEE (né en 1940)
Michael K, sa vie, son temps (1983), traduit de l'anglais par
Catherine Glenn-Lauga
Rejeté par tous
et marqué à sa naissance par "une lèvre qui se retroussait comme un
pied d'escargot", Michael K s'est donné pour mission de ramener sa
mère sur sa terre natale. Il échoue dans sa tentative désespérée : sa
mère étant décédée, il poursuit néanmoins le voyage avec les cendres
de la défunte... Michael K est un héros, naufragé du monde, hors des
normes, de l'histoire et du temps dont l'anonymat renforce
l'étrangeté. Sa terrible descente aux enfers, aux limites de
l'insoutenable, inscrit ce roman dans la lignée d'autres créateurs
contemporains : l'absence d'état-civil, de localisation géographique
précise, l' "étrangeté" du héros et le canevas de l'intrigue créent un
univers qui avoisine ceux de Beckett et de Kafka, de Camus et de
Faulkner. Une démarche d'écriture qui confère à Coetzee une place
singulière parmi les écrivains sud-africains. En effet, tandis que ses
compatriotes, Noirs et Blancs, dénonçaient sans détour la politique
d'apartheid, Coetzee, non sans partager ces mêmes idées, adoptait une
attitude novatrice et distante vis-à -vis de l'actualité immédiate,
donnant volontiers à ses oeuvres des lieux et des temps, imaginaires
ou lointains. Ainsi, outre les oeuvres enracinées dans une terre que
l'on imagine volontiers sud-africaine (Au coeur de ce pays,
En attendant les barbares), le romancier n'a pas hésité à évoquer
la guerre du Vietnam (Terres de crépuscule), à revisiter
Robinson Crusoé dans un roman intitulé Foe, ou bien encore à mettre en
scène Dostoïevski (Le Maître de Petersbourg).
Michael K, sa vie, son temps, Le Seuil, 1985. Parmi d'autres
titres: Au coeur de ce pays, rééd. Serpent à Plumes, 1999.
En attendant les barbares, rééd. Le Seuil, 1982. |
Mozambique
Mia
COUTO (né en 1955)
Terre somnambule (1992), traduit du portugais par Maryvonne
Lapouge-Pettorelli
Alors qu'ils
tentent de survivre parmi les décombres de la guerre, un vieil homme
et un jeune garçon sauvé d'une fosse où il allait être enseveli,
découvrent, dans un autobus calciné, une valise renfermant des cahiers
racontant l'histoire de Kindzu... Ils vont alors entreprendre la
lecture de ces cahiers, et les aventures de Kindzu alterneront avec
leur propre dérive, jusqu'aux retrouvailles finales qui réconcilieront
la réalité et l'imaginaire. Dans une langue originale où les créations
verbales abondent, Mia Couto conte, entre fable et réalité, l'errance
de ses deux héros qui voient leur destin se mêler à celui d'un être
étrange. Sur fond de guerre et non sans recourir à la richesse des
mythes et des cultures des différentes communautés qui peuplent cette
ancienne colonie portugaise, Mia Couto illustre à sa façon la légende
qui lui a suggéré son titre et qui veut que, pendant le sommeil des
hommes, la terre somnambule en profite pour se déplacer, à leur insu,
dans l'espace et dans le temps...
Terre somnambule, Albin Michel, 1995. Parmi d'autres titres:
Les Baleines de Quissico, Albin Michel, 1996.
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Côte-d'Ivoire
Bernard DADIE (né en 1916)
Climbié (1956)
Double à peine
caché de l'auteur, Climbié vit auprès de son oncle, un planteur qu'il
aide aux travaux des champs et qui l'initie aux richesses de la
tradition orale. En retraçant l'itinéraire du jeune garçon durant sa
scolarité, de l'école régionale à l'école Normale de William Ponty de
Gorée au Sénégal, l'auteur dénonce les méthodes brutales, les
interdictions de parler une autre langue que le français, et rend
compte du poids des responsabilités qui pèsent sur les épaules des
élèves, devenus, dans leur réussite ou leur échec, les représentants
de leur village et de leur pays. Ensuite viendront les premiers pas
dans la vie adulte, l'entrée dans la vie active et l'éveil à la
politique. Ce roman autobiographique, daté de 1953, publié en 1956,
restitue des événements qui se sont déroulés de 1928 à 1949 dans une
période de bouleversements mondiaux et dans les premiers soubresauts
qui ont précédé les indépendances des pays africains. Pionnier du
théâtre africain, Bernard Dadié est l'auteur d'une oeuvre abondante
qui a su explorer plusieurs pistes littéraires, avec une réussite
particulière pour les contes (Le Pagne noir) et les nouvelles (Les
Jambes du fils de Dieu).
Climbié, Seghers, 1956 ; rééd. précédée de Afrique debout (poèmes
et légendes africaines) et suivie de La Ronde des jours
(poèmes), Seghers, 1973. Parmi d'autres titres: Le Pagne noir
(contes), Présence africaine, 1955. Les Jambes du fils de Dieu
(nouvelles), Ceda / Hatier, 1980. |
Mali
Massa Makan DIABATE (1938-1988)
Le Boucher de Kouta (1982)
Troisième volet
d'une trilogie romanesque (après Le Lieutenant de Kouta et
Le Coiffeur de Kouta) dont chacun des titres peut être lu
indépendamment des deux autres, Le Boucher de Kouta est une
chronique plaisante de la vie quotidienne dans une petite ville
malienne. Héritier de la boucherie familiale, Namori revient à Kouta
pour succéder à son père. Refusant de payer l'impôt, il se heurte au
représentant du pouvoir colonial, puis aux nouvelles autorités lors de
l'accession du pays à l'indépendance. Un coup d'état ayant renversé le
Président, les troubles sont nombreux et la famine règne. Une
situation que le boucher va exploiter, par une lecture très
personnelle des préceptes coraniques... Massa Makan Diabaté est aussi
l'auteur de Comme une piqûre de guêpe. "Comme une piqûre de
guêpe n'est ni un roman, ni un récit autobiographique...Témoin de la
circoncision d'une classe d'âge dans un village mandingue non loin de
Kita, ma ville natale, j'ai essayé de raconter ce que j'ai vu et
entendu... Comme une piqûre de guêpe n'est qu'un simple
témoignage". Un témoignage riche d'enseignements qui parvient à
rendre, avec force et subtilité, l'émotion et la gravité de l'instant,
les implications sociales et familiales tout autant que les
appréhensions et les doutes du principal intéressé.
Le
Boucher de Kouta, Hatier "Monde noir poche", 1982. Parmi d'autres
titres: Le Lieutenant de Kouta, Hatier "Monde noir poche",
1979. Le Coiffeur de Kouta, Hatier "Monde noir poche", 1980.
Comme une piqûre de guêpe, Présence africaine, 1980. |
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Sénégal
Birago DIOP (1906-1989)
Les Contes d'Amadou Koumba (1947)
"J'avais appris
à lire pour pouvoir écrire. J'ai beaucoup écouté pour savoir dire. Et
j'ai essayé de bien écrire des dits". Birago Diop aimait jouer et se
jouer des mots, il en donne la preuve avec cette élégante définition
de son travail d'écrivain. Alors qu'il était vétérinaire de brousse,
Birago Diop côtoya Amadou Koumba, un griot auquel il attribua la
paternité des contes de son recueil, mais il s'agit en fait d'un
"prête-nom" tant le talent de Birago Diop est aussi présent dans ce
livre. Un recueil qui connaît une diffusion internationale, traduit
dans de nombreuses langues et dont l'un des contes, L'Os, donna
lieu à une adaptation théâtrale dans une mise en scène de Peter Brook.
Un recueil qui réunit Leuk-le-Lièvre, Bouki-l'Hyène, Kéwel-la-Gazelle,
Thioye-le-Perroquet, Golo-le-Singe, et quelques autres complices,
devenus les acteurs principaux d'une édifiante comédie animale. Birago
Diop est aussi l'auteur du poème "Souffles", sans doute le poème
francophone africain le plus célèbre ; lu, étudié et récité dans bien
des collèges et lycées : "écoute plus souvent Les Choses que les êtres
La voix du Feu s'entend Entend la Voix de l'Eau. écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots : C'est le Souffle des Ancêtres."
Les
Contes d'Amadou Koumba, Présence africaine, 1960. Parmi d'autres
titres : Les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba, Présence
africaine, 1958. Leurres et lueurs, Présence africaine, 1960.
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Sénégal
Boubacar Boris DIOP (né en 1946)
Le Cavalier et son ombre (1997)
Sur la berge
d'un fleuve, un homme attend une pirogue pour se rendre sur l'autre
rive. Il espère y retrouver Khadidja, une femme qu'il a aimée, avec
laquelle il a jadis vécu et qui, aujourd'hui, se meurt gagnée par la
folie. Durant cette attente, le héros narrateur va nous conter
l'histoire de cette femme, devenue conteuse professionnelle pour un
mystérieux commanditaire qu'elle ne verra jamais et qui lui vaudra sa
perte... Le romancier construit un roman exigeant dans lequel se
mêlent la vie de Khadidja, les contes proférés par celle-ci et les
souvenirs du héros. Une polyphonie à laquelle le romancier nous avait
habitué dans ses précédents romans : Le Temps de Tamango, sorte
de récit de politique-fiction évoquait les années qui suivirent les
indépendances par l'intermédiaire des notes retrouvées par un
historien africain vers l'an 2050..., ou bien encore Les Tambours
de la mémoire, une quête initiatique mâtinée d'un reportage aux
allures d'enquête policière. Critique littéraire avisé et vigilant
dans diverses revues sénégalaises, Boubacar Boris Diop adopte
volontiers les ressorts de la littérature orale pour donner vie à ses
intrigues, porter un regard sur les drames d'aujourd'hui et inviter le
lecteur dans son récit.
Le
Cavalier et son ombre, Stock, 1997. Parmi d'autres titres : Le
Temps de Tamango, L'Harmattan, 1981. Les Tambours de la mémoire,
rééd. L'Harmattan, 1990. |
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Congo
Emmanuel DONGALA (né en 1941)
Un fusil dans la main, un poème dans la poche (1973)
Trois hommes
réunis par un même idéal se retrouvent dans un maquis de l'Afrique
australe. Il y a là John Marobi, un vieux paysan victime de la
politique d'apartheid de son pays ; Meeks, un Noir américain venu à la
rencontre de l'Afrique et de lui-même ; Mayela, enfin, personnage
principal, jeune intellectuel qui a voulu mettre en pratique ses
théories révolutionnaires "nous sommes venus avec une certaine idée
dans la tête, un fusil dans la main, un poème dans la poche". C'est ce
dernier qui, dans l'attente de son exécution, revit leur épopée avant
de conclure : "j'ai commencé une révolution... j'ai essayé. Me suis-je
trompé ? J'aurais dû devenir écrivain, romancier, poète". Emmanuel
Dongala, longtemps enseignant à la faculté des sciences de Brazzaville
avant de devoir quitter la capitale congolaise pour les états-Unis, a
poursuivi cette voie et composé une oeuvre, ponctuée de nouvelles
(Jazz et vin de palme) où se mêlent critique de la société et dérive
nord-américaine en compagnie du saxophoniste John Coltrane, et de
romans intégrant volontiers l'univers du conte (Le Feu des
origines, Les petits garçons naissent aussi des étoiles).
Un
fusil dans la main, un poème dans la poche, Albin Michel, 1973.
Parmi d'autres titres : Jazz et vin de palme, Hatier "Monde
noir poche", 1982 ; rééd. Le Serpent à Plumes, 1996. Le Feu des
origines, Albin Michel, 1987. Les petits garçons naissent aussi
des étoiles, Le Serpent à Plumes, 1998. |
Cameroun
Gaston-Paul EFFA (né en 1965)
Tout ce bleu (1996)
Destin d'exil
et incertitudes existentielles pour le jeune héros narrateur de ce
livre, emporté dans une errance entre deux villes, Douala et Paris.
Placé sous la tutelle des religieuses en Afrique, il y découvrira les
livres. Ë Paris, il prendra en main son destin, découvrira son "je"
véritable et se métamorphosera sous l'emprise spirituelle d'un prêtre.
Un court roman dans une langue parfois précieuse mais qui sied à cet
itinéraire d'initiation conté par un professeur de philosophie,
aujourd'hui résidant dans l'est de la France. "Plus tard, il comprit
qu'écrire ramenait au plaisir de la bouche, révélant son appartenance
à quelque contrée charnelle, encore à peine effleurée, ébauchée dans
la séduction des plaisirs de la chair, le brutal rappel de son
identité seconde. Car chaque jour l'écrivain invente et le fils et la
mère."
Tout ce bleu, Grasset, 1996. Autre titre: Mâ, Grasset,
1998.
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Togo
Kossi EFOUI (né en 1962)
Récupérations (1992), théâtre
Hadriana Mirado,
journaliste à "La Voix", "la voix des sans-voix, le journal qui parle,
le journal qui ose", organise, dans le cadre d'un "reality-show"
qu'elle souhaite particulièrement percutant, la reconstitution en
studio d'un habitat de misère dans lequel elle a réuni les occupants
habituels de ces lieux. On retrouve assemblés un petit voleur, sa mère
prostituée, un ancien séminariste devenu souteneur et son comparse
fleuriste, une femme trafiquant d'enfants... Tout un monde de misère
qui tente de briser, par quelques rêves et quelques artifices, le
cauchemar quotidien de l'existence. Tout un monde confronté au
voyeurisme inquisiteur des médias et qui se prête à la mascarade afin
de dénoncer, non sans incohérence parfois, le drame de leur situation.
Aujourd'hui en France, Kossi Efoui est un écrivain à l'écoute du monde
qui l'entoure et ses pièces sont souvent nées d'une rencontre : La
Malaventure avait été écrite lors d'une résidence d'écriture dans
le cadre du Festival international des francophonies de Limoges ;
Le Petit Frère du rameur à la Maison du Théâtre et de la Danse
d'Epinay-sur-Seine. Une démarche débarrassée des masques d'emprunt et
qui revendique une véritable liberté de création. "L'oeuvre d'un
écrivain ne saurait être enfermée dans l'image folklorisée qu'on se
fait de son origine, c'est-à -dire qu'il faut en finir avec cette
tendance à rejeter l'authenticité d'une oeuvre dans laquelle on ne
retrouverait pas une soi-disant spécificité africaine et où on
noterait au contraire chez son auteur de "singuliers penchants
européanistes". Il s'agit pour l'écrivain de refuser toute forme
d'enfermement réducteur pour assumer cette part d'inquiétude
permanente qui est l'exigence primordiale de l'écriture".
Récupérations, éditions Lansman, 1992. Autres titres : La
Malaventure, éditions Lansman, 1993. Le Petit Frère du rameur,
éditions Lansman, 1995. La Polka (roman), Le Seuil, 1998.
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Somalie
Nuruddin FARAH (né en 1945)
Territoires (1986), traduit de l'anglais par Jacqueline
Bardolph
Premier volet
d'une trilogie (poursuivie par Dons et Secrets) consacrée à la
guerre qui déchira cette région du continent, Territoires est une
sorte de roman de formation qui met en scène Askar, un jeune garçon
somali, recueilli après la mort de ses parents par Misra, une
éthiopienne, auprès de laquelle il vit une enfance heureuse dans
l'Ogaden, "territoire" frontalier, enjeu d'un conflit sanglant entre
la Somalie et l'éthiopie. Querelles de nations, conflits de
générations et de personnes, passage de l'enfance à l'adolescence puis
à l'âge adulte vont néanmoins rapidement ternir les instants heureux
des premières années. Territoires - comme ce titre le suggère - est un
roman au sein duquel les frontières et les fractures, individuelles et
collectives, se dessinent, où se trouvent exprimés les déchirements et
les métamorphoses d'un seul afin de mieux suggérer les douleurs et les
bouleversements de tous. En exil depuis 1972, Nuruddin Farah est une
des grandes voix de cette corne de l'Afrique à la confluence des
langues et des cultures, comme en témoigne son plurilinguisme
complexe, ayant connu une enfance et une adolescence bercées par
quatre langues : le somali, "la langue maternelle de (son) peuple
colonisé", l'amharique "langue du maître colonial haï", l'arabe,
"langue sacrée du Coran", enfin l'anglais, langue d'apprentissage
devenue langue d'expression et de création.
Territoires, Le Serpent à Plumes, 1995. Parmi d'autres titres :
Du lait aigre-doux, éditions Zoé, 1994. Dons, Le Serpent à
Plumes, 1998. Secrets, Le Serpent à Plumes, 1999. |
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Afrique du Sud
Nadine
GORDIMER (née en 1923)
Histoire de mon fils (1990) traduit de l'anglais par Pierre
Boyer
A la sortie
d'un cinéma, un jeune garçon rencontre son père en compagnie d'une
femme qui n'est pas sa mère... Banal constat d'adultère? Pas tout à
fait, car nous sommes à Johannesbourg et le père est un militant qui a
durement et courageusement payé son engagement contre l'apartheid,
choisissant, lui le Noir, de désobéir et d'aller s'installer dans le
quartier blanc. Condamné à la prison, il a rencontré Hannah, une
militante des droits de l'homme et c'est avec cette femme blanche que
son fils l'a surpris... Livre d'amour et de haine, d'interrogations et
de doutes bienvenus en ces temps où bien des certitudes révèlent une
part de fragilité, Histoire de mon fils s'inscrit dans une
oeuvre abondante, couronnée en 1991 par le Prix Nobel de littérature.
N'ayant jamais quitté son pays dont elle a toujours critiqué et
combattu la politique discriminatoire, Nadine Gordimer a imposé sa
voix, généreuse, courageuse et indépendante, au-delà même des
frontières de son pays, et a su assurer, avec grandeur, son destin de
femme blanche farouchement opposée à l'injustice légiférée dans son
pays. Membre de l'A.N.C., elle se veut "Sud-Africaine blanche" et non
"Blanche d'Afrique du Sud", et revendique "Kafka pour guide plutôt que
Marx". Elle a été, en outre, l'un des rares écrivains à anticiper les
bouleversements de l'Histoire pour envisager l'après-apartheid et
poser par avance les questions devenues aujourd'hui d'actualité.
Histoire de mon fils, Christian Bourgois, 1992. Parmi d'autres
titres : Un monde d'étrangers, Albin Michel, 1979. Quelque
chose de là -bas (nouvelles), Albin Michel, 1985. L'étreinte
d'un soldat (nouvelles), Christian Bourgois, 1994. |
Mali
Amadou
HAMPÂTé BÂ (1901-1991)
Amkoullel, l'enfant peul (1991)
Un livre
multiple à la mesure de son auteur, tout à la fois une autobiographie
retraçant les 20 premières années de l'itinéraire exceptionnel d'un
homme hors du commun, un cours d'Histoire contemporaine (la généalogie
familiale vaudrait à elle seule un volume), une chronique de la vie
quotidienne dans l'Afrique coloniale au début du siècle, une défense
et illustration de la tradition et des enseignements reçus auprès des
maîtres de la parole, une introduction à la culture peule et enfin une
leçon de sagesse ponctuée d'un humour bienvenu. La mémoire d'un homme,
d'un temps et d'un lieu rapportée par un merveilleux conteur, "diplômé
de la grande université de la Parole enseignée à l'ombre des baobabs".
Un deuxième tome, Oui mon commandant !, retrace les années
suivantes et un autre volume, Sur les traces d'Amkoullel, l'enfant
peul, réunissant des photographies des lieux où vécut Hampâté Bâ,
des documents personnels (photos, manuscrits, arbre généalogique) et
des textes inédits, vient compléter le portrait de cet extraordinaire
personnage, auteur d'une oeuvre considérable dont on retiendra en
particulier un roman L'étrange Destin de Wangrin et plusieurs
volumes de contes (Petit Bodiel et autres contes de la savane, Il
n'y a pas de petite querelle, etc). "Je suis à la fois religieux,
poète, peul, traditionaliste, initié aux sciences secrètes peule et
bambara, historien, linguiste, ethnologue, sociologue, théologien,
mystique musulman. J'aime rire et faire rire. Sous cet angle, je ne
suis pas loin des comédiens. Je suis conteur."
Amkoullel, l'enfant peul, Actes Sud, 1991. Parmi d'autres titres:
L'étrange Destin de Wangrin, 10/18, 1973. Petit Bodiel et
autres contes de la savane, Stock, 1994. Oui mon commandant !,
Actes Sud, 1994. Sur les traces d'Amkoullel, l'enfant peul,
Actes Sud, "Afriques", 1998. Il n'y a pas de petite querelle,
nouveaux contes de la savane, Stock, 1999. |
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Touareg
HAWAD
(né en 1950)
Testament nomade (1987)
"J'écris en
touareg, avec des mots touaregs mais parfois d'une manière différente,
à l'écart, en brassant ce qui peut approcher ou rejoindre les grèves
d'autres langues". Né parmi les nomades des montagnes de l'Aïr, Hawad
est avant tout et surtout touareg. Aujourd'hui éloigné de sa terre et
des siens, il vit en France et consacre sa vie et son oeuvre au
ravaudage de la "tente déchirée" de son peuple. écrivain et
calligraphe, ses oeuvres tentent de maintenir ainsi le lien avec ceux
qu'il a dû quitter. Ses "Chants de la soif et de l'égarement" disent
la détresse d'une population menacée de disparition dont il rédige le
"Testament nomade". Ses textes poétiques gardent en eux l'élégante
provocation du désespoir et portent la trace d'une quête mystique qui
doit beaucoup à la formation religieuse soufi reçue dans son
adolescence. écrits en touareg (tamajaq), transcrits en une écriture
tifinar adaptée par l'auteur, ses textes sont accompagnés de
calligraphies et traduits en français par le poète lui-même et par
Hélène Claudot. Ainsi, passeur d'un patrimoine collectif à la destinée
tragique, Hawad, poète errant à la croisée des cultures et des
langues, offre une oeuvre singulière et altière. "Des écrits et
paroles j'ignore les ombres car ma mère ne m'a rien appris d'autre
qu'à interpréter les rides du sable où s'effacent les traces de toute
la vie"
Testament nomade, rééd. éditions Amara, 1989. Parmi d'autres
titres : Caravane de la soif, Sillages, 1985. Chants de la
soif et de l'égarement, Sillages, 1987. Le Coude grinçant de
l'anarchie, Paris-Méditerranée, 1998. |
Zimbabwe
Chenjerai HOVE (né en 1956)
Ombres (1991) traduit de l'anglais par Jean-Pierre Richard
"Ombres est né
il y a longtemps, le jour où j'ai vu deux jeunes gens, qui s'aimaient,
choisir de mourir au lieu de vivre. J'ai décidé alors, qu'un jour,
j'écrirai leur histoire" ... Dans une "maison de la mort" où planent
les ombres de chacun, la destinée tragique de la famille de Johana,
jeune fille éperdue entre ses amours déçues, la folie de son père, le
silence de sa mère, les blessures de la terre et la déraison des
hommes. Le titre (Shadows en anglais) donne la mesure du projet
de l'écrivain , de son opacité volontaire, qui fait un brouillard où
le lecteur pénètre peu à peu, voyant se révéler les silhouettes et les
destins des personnages, tour à tour promus au rang de protagoniste.
Contée dans une langue parfois abrupte, souvent orale à l'instar de
Johana qui "a du mal avec les mots", cette tragédie familiale est à
inscrire dans un contexte de colonisation, de ségrégation et de
déportation de l'Afrique australe. Le Zimbabwe (ex-Rhodésie du Sud)
ayant connu un régime d'apartheid d'une très grande violence, suivi
d'une période troublée après l'indépendance obtenue en 1980. Du même
romancier, Ossuaire, court roman dans lequel deux femmes (une
mère et une future épouse) partagent leurs douleurs autour de la
disparition d'un homme parti combattre pour la libération de son pays,
unissant leurs forces pour tenter de retrouver mais aussi d'évoquer
celui qu'elles ont aimé.
Ombres, Actes Sud, "Afriques", 1999. Autre titre: Ossuaire,
Actes Sud, "Afriques", 1997. |
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Sénégal
Cheikh
Hamidou KANE (né en 1928)
L'Aventure ambiguë (1961)
Samba Diallo a
suivi l'enseignement d'un sévère maître d'école coranique qui voit en
lui son successeur mais le conseil du village décide que l'enfant ira
à l'école européenne afin d' "apprendre à vaincre sans avoir raison".
Excellent élève, il apprend très vite et peut poursuivre ses études à
Paris. Découvrant le monde syndicaliste et politique, Samba Diallo
demeure déchiré, vivant très mal son isolement et son déchirement
entre ses deux cultures. Son retour en Afrique sera dramatique, se
trouvant incapable de résoudre le terrible dilemme : "Je ne suis pas
un pays Diallobé distinct, face à un Occident distinct, et appréciant
d'une tête froide ce que je peux lui apprendre et ce qu'il faut que je
lui laisse en contrepartie. Je suis devenu les deux. Il n'y a pas une
tête lucide entre deux termes d'un choix. Il y a une nature étrange,
en détresse de n'être pas deux". D'une écriture classique, ce roman,
devenu emblématique, pose la problématique essentielle de la
confrontation et du bien-fondé de l'interpénétration des cultures dans
l'itinéraire de formation des intellectuels africains. Plus de trente
ans après cette publication, Cheikh Hamidou Kane a publié, en 1995, un
second roman, Les Gardiens du temple.
L'Aventure
ambiguë, rééd. 10 /18. Autre titre: Les Gardiens du temple,
Stock, 1995. |
Mali
Moussa
KONATÉ (né en 1951)
Le Prix de l'âme (1981)
Après la mort
de leur père, deux adolescents, Djigui et sa soeur Nakaniba, quittent
leur village et vont affronter les difficultés de la vie urbaine :
Djigui changera sans cesse de métier, Nakaniba se prostituera et
gagnera beaucoup d'argent. Pendant ce temps, le village se meurt,
étranglé par la sécheresse et les impôts (le "prix de l'âme") réclamé
par l'administration. Destinée individuelle ne vaut pas mieux que
destinée collective... Modernisme ou tradition ? L'un et l'autre
semblent conduire à l'échec. Pessimisme donc pour ce roman d'un
auteur, qui s'est également essayé au roman policier, offrant une
littérature d'accès immédiat, ancrée dans les réalités quotidiennes de
ses concitoyens. Aujourd'hui responsable à Bamako des éditions du
Figuier, il y publie, outre ses propres productions, des livres en
bambara et des ouvrages destinés à un jeune public.
Le
Prix de l'âme, Présence africaine, 1981.
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