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Novembre 2007
ACP/UE: la loi du plus fort?
Le APE ou la mort programmée de l'économie africaine

Belgique: 5 mois sans gouvernement. Bruxelles est cependant pressé de boucler les négociations avec les ACP. Pour expliquer cette course contre la montre, on avance le risque de faire l'objet de plaintes à l’OMC contre la dérogation pour ce régime douanier préférentiel, on parle aussi des effets de la mondialisation et de la nécessité pour l'Afrique d'accepter un parrain fort. Service Humanitaire ou Mafieux?

Les APE (Accords de Partenariat Economique) sont théoriquement destinés à mettre en conformité avec les règles de l’OMC des relations UE-ACP jusque-là régies par des accords tarifaires préférentiels qui exonéraient, sans contrepartie officielle, les produits ACP de droits de douanes (un régime commercial jugé contraire aux règles internationales en 2001). L'argument est récusé par les ONG qui estiment que l’UE a à sa disposition des régimes transitoires qu’elle pourrait adopter pour prolonger les discussions. Le Commissaire européen au développement se veut quant à lui inflexible sur la date de la conclusion des négociations et de la signature des Ape. Il se dit convaincu que l’Europe a déjà donné tout ce que ses partenaires pouvaient attendre d’elle.

Du côté des ACP

La demande des ACP est d’obtenir de l’UE un délai raisonnable afin d’améliorer le contenu de ces accords signés par des dirigeants corrompus et qui, dans l’état actuel, pourraient avoir des conséquences dramatiques pour les pays les plus pauvres. L’UE, plutôt pressée, accroît la pression sur les pays ACP et menace de les priver de l’accès à son marché. Cet empressement a de quoi étonner lorsqu'on connait la structure des Etats hyper libéraux qui composent l'Union Européenne. Le chef de la coopération européenne n'est-il pas le libéral belge Michel?

L’enjeu est de taille pour les pays ACP. La suppression des droits de douanes exigée par les APE va faire perdre des ressources budgétaires à des États déjà très dépendants de l’extérieur. Faute de taxes, les produits locaux vont de plus se trouver en concurrence avec des productions européennes subventionnées, moins chères et plus compétitives. Comment, par exemple, les filières de lait ou de poulet, handicapées par le manque d’infrastructures, vont-elles faire face à l’arrivée massive des produits européens à prix cassé ? Pour contrebalancer ces effets négatifs, l’UE propose d’exclure de l’accord certains produits dits "sensibles". Mais elle exige qu’ils ne représentent pas plus de 20 % des échanges… Plusieurs points d’ombre subsistent pour conclure objectivement ces accords, notamment la liste tarifaire des produits commerciaux et services à exclure de l'APE qui reste imprécise. De plus, l’examen des textes juridiques devant servir de base à l’accord n’a pas été réalisé, alors qu'ils vont être intégrés dans les données du protocole.

Un vrai marché de dupe, selon des ONG africaines qui dénoncent le sens unique. Les normes mises en place dans les Etats européens empêchent en effet les produits africains, même manufacturés, de rentrer dans ledit espace. Vous constaterez que dans ce dossier, on ne parle plus de quota, comme précédemment dans le dossier UE/Chine.

L’idéologie du développement par le commerce est à la base des APE. Nombre d’observateurs soulignent pourtant que pour produire et exporter, l’exonération de droits de douanes ne suffit plus : il faut investir, notamment dans les infrastructures et dans le savoir-faire. Comme solution à ce problème, l’UE propose en échange des APE, d’aider les économies ACP à devenir plus compétitives, mais avec un budget qui pour le moment n’excède pas 1 milliard d’euros et semble surtout symbolique. Pour autant, "il ne s’agit pas d’exonérer les gouvernements des pays ACP", rappelle Olivier Blemangin de la CGT. Les pays ACP seraient moins mal-en-point si l’argent parti dans les comptes de leurs dirigeants avait servi à développer leurs pays.

Du côté UE - 123 ans après

L'Afrique est longtemps restée sous la domination des Etats-Unis et de l'Europe qui se sont réparti le continent en zones d'influence, respectées par toutes les parties. 15 novembre 1884 - 15 novembre 2007 : Il y a 123 ans débutait la Conférence de Berlin. Cette conférence qui aurait été à la source de la balkanisation de l’Afrique. 123 ans après, l’Afrique est toujours passive. Les pays africains sont toujours fournisseurs de matières premières non transformées pour l’Occident. Ces derniers se sont partagé le Continent. Cent vingt trois ans après, les raisons majeures à l’origine de cette rencontre berlinoise restent valables. L'Afrique est une source d’approvisionnement à des tarifs définis par l'acheteur. Mais avec 6 % de croissance économique annuelle[Lire], le marché africain est de plus en plus convoité par la Chine (absente de Berlin), qui multiplie désormais contrats, aides et partenariats. L’Union européenne réagit en souhaitant un accord avec Pékin plutôt qu’une féroce guerre commerciale, rapporte le quotidien suisse L’Agefi.

"La pénétration chinoise en Afrique a pris un tel essor qu’elle nous incite à nous poser des questions et à réfléchir à la meilleure façon de réagir", indique un expert à la Commission européenne. Ainsi, sur les 6 % de croissance économique qu’enregistre en moyenne l’Afrique ces dernières années, "l’effet Chine" compterait pour 2 points de ce pourcentage, directement, grâce à ses investissements et ses quelques 900 entreprises implantées en Afrique, ou indirectement du fait de l’envolée des prix de matières premières et produits agricoles ou halieutiques dont la Chine est devenue le premier acheteur mondial. Pékin est ainsi devenu le troisième partenaire commercial de l’Afrique, avec des échanges qui ont grimpé à plus de 55 milliards de dollars en 2006, contre 40 milliards l’année précédente et qui devraient encore doubler d’ici cinq ans, alors que la part de l’Europe, premier partenaire, diminue comme une peau de chagrin.

La Chine ne respecte aucun contrat et ne semble pas très intéressée par le commerce triangulaire proposé par Michel. L'UE se retourne alors vers les ACP et tente de verrouiller autrement le dossier: Menaces, chantage, promesses, dessous de table...

David Ugolor, à la tête du Réseau africain pour l’environnement et la justice économique, a critiqué les deux parties, "qui cherchent aujourd’hui les moyens de se partager le marché africain". Dans une époque ou le patriotisme économique se trouve exacerbé de toutes parts, le principe des APE ressemble à un vaste complot. Le grand thème absent du débat APE concerne le développement des capacités productives et le transfert des technologies dans les Etats indigènes. L'UE compte ici sur la reconnaissance des dirigeants enrichis par les subventions antérieures. Mais jugeant "inégales les négociations menées par l’UE pour la conclusion des accords de partenariat économique entre les économies industrialisées et les plus pauvres du monde", la coalition de la région ouest Africaine (dont l'ancienne AOF) considère ces dernières comme "une menace sérieuse sur le développement économique et social des pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique" (plus connus sous le nom de pays ACP). Et si l'Afrique était en pleine révolution?
 

Gustav Ahadji
pour Afrology


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