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Novembre 2006
Renouveler le leadership africain
Détruire le règne de la médiocrité pour féconder l'Eros Noir
Une des convictions anthropologiques modernes est de considérer
l’homme Libre, c’est-à-dire capable de choisir et d’orienter le cours de
son destin, sinon inférer sur ce dernier. Cela implique donc
logiquement, le présupposé ou le postulat selon lequel la capacité
d’inventivité ou le potentiel poïétique de chaque peuple ou de chaque
homme avoisine un seuil de coïncidence pouvant être matérialisé par
tous.
Autrement, que l’Eros, dans la mythologie grecque, cette force
primordiale qui domine le monde avant la naissance des immortels et
l'apparition des hommes, cette force créatrice à partir de la quelle
tout prend forme, peut être convoqué par toutes les civilisations, tous
les peuples ou tous les hommes et donner corps au génie, cette
différence anthropologique radicale qui fait de l’homme l’ "éternel
protestant" refusant toujours l’immédiateté du monde naturel qu’il
façonne selon ses besoins. L’Eros est donc libre d’accès et n’est
l’apanage de personne. De la qualité du couplage que l’homme entretient
avec cet Eros, dépend donc la qualité de son être-au-monde. Etre humain,
c’est d’abord dire non, c’est ensuite matérialiser sa force poïétique
par un rapport à l’Eros cosmique dont le pouvoir s'étend non seulement
aux êtres, mais aussi aux végétaux, aux liquides, aux fluides, bref à
tout ce qui est. Il assemble, mélange, unit. Il est la vertu attractive
qui engage les choses à se joindre et à créer la vie, l’art ou la
technique.
Malencontreusement, certains hommes, certains peuples et certaines
civilisations n’entretiennent avec cette force qu’un rapport stérile,
infécond tandis que d’autres jubilent à la manier, voulant même se
l’approprier en essayant de l’apprivoiser. Toute civilisation quelle
qu’elle soit, doit ses richesses, ses maux et ses peines, ses espoirs,
aux rapports entretenus avec l’Eros cosmique, d’où l’étonnante, voire
l’incompréhension de l’inquiétante pauvreté que perpétuent certaines
civilisation, incapables de trouver les remèdes aux maux dont ils sont
coutumiers depuis des lustres, et impuissantes à se construire un
horizon. Ce n’est plus un secret, l’Afrique est le modèle archétype de
cette incapacité, détentrice de tous les maux et de tous les échecs de
sorte que certaines langues augurent sa noce avec le développement,
apocryphe. Et le discours afrologique se refusant de faire le lit du
scepticisme, il semble impérieux que notre tâche soit celle de retrouver
les chemins de l’Eros cosmique, la féconder avec la fameuse libido
africaine.
Il faut donc retrouver le mal dont la pensée de l’immanence est le
symptôme. Il ne faut surtout pas se méprendre, notre mal à un nom :
c’est le "baiser de Morphée". Le doux baiser du dieu du sommeil
qui reste fécond dans nos gènes, notre corps et notre esprit, et nous
installe dans l’immanence : la disposition de nous même à ne courir et
se battre que pour la satisfaction des urgences liées aux besoins vitaux
basiques sans chercher à anticiper sur notre devenir et notre avenir.
Cette situation fait de notre existence toute entière une vacation à
l’errance. L’Afrique tourne en rond, s’accommode de l’immanence et se
complait dans l’errance et la médiocrité. Or depuis l’invention de
l’agriculture au néolithique, révolution qui a donné à la gent humaine
la capacité de se sédentariser par le stockage des récoltes, la rupture
avec l’errance avait pris corps. La difficile voix de l’hominisation
avait trouvé la brèche vers la transcendance. L’Afrique noire à certains
égards, semble ne pas avoir su en tirer bénéfice, et qui plus est, on a
souvent cherché ailleurs la genèse de notre mal. Ce n’est pas d’une
malédiction chamitique qu’il s’agit comme cela est repérable dans la
Bible, ni d’une indigence génétique. Le problème est la capacité d’accès
à l’Eros, l’énergie poïétique, créatrice qui elle seule permet à l’homme
d’habiter le temps et de faire de ce monde son foyer, une fois qu’il dit
NON à l’indigence dont il est l’objet dans ce monde sublunaire.
Quand l’existence humaine se résume à la vie du corps, quand la faim,
les brimades, le souci, l’angoisse déterminent exclusivement le cours
d’une vie, l’esprit devient lourd, s’engourdit et perd sa nature
étherique. Alors s’éclipse aussi la possibilité d’un rapport à l’Eros
cosmique. Tant que nous aurons faim, tant que nous serons dans
l’incapacité de jouir de notre liberté, aussi longtemps que le monde
noir s’accommodera de l’errance, toute possibilité à émerger serait
apocryphe. Et, comble de paradoxe, nous nous plaignons de notre fatalité
de nègre en entretenant en même temps une relation avaricieuse avec nos
maux. Les régimes dictatoriaux nous refusent la liberté, le refus
d’alternance au pouvoir perpétue l’errance sociopolitique et économique
et pourquoi pas existentielle, et nous livre à la faim. Et pourtant, on
continue à faire l’économie de notre potentiel d’agent historique. Notre
non à l’indigence n’est pas un vrai. Qui a faim ne sait pas dire non. Et
la faim, ce n’est pas seulement les images de ces enfants nègres qui se
battent pour du riz, nu, sans légume et sans viande et qui en viennent
aux mains en cas de pénurie, comme on le voit dans le documentaire
"Le cauchemar de Darwin" . C’est aussi la situation des élites
noires encore dignes, refusant l’allégeance aux régimes despotiques
africains qu’on affame en guise de représailles, et aussi celle de la
diaspora noire en Occident obligée de rentrer dans le cycle vicieux de
la rationalité marchande.
Alors aux dirigeants africains aux politiques et à toutes les
consciences noires engagés dans la lutte pour l’émancipation de
l’Afrique, le premier combat pour la la liberté est d’éradiquer la faim,
et éduquer l’esprit à prendre son envol vers l’Eros cosmique. Nous
disons NON à ces leaders incompétents qui affament et exilent les
populations pour mieux dominer les survivants.
Primum vivere, deinde philosophari.
Kokou Roger Hounnou (KoRH) |
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Un des vecteurs du sommeil en Afrique |
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Anciens édito
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