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Novembre 2005
Le mépris des valeurs sociales :
Matraquer la volonté de puissance?
Des "jeunes" dans les rues, un gouvernement désemparé, le cow-boy de
service fait ses déclarations sur la régulation de l'immigration,
sélective... Ordre public, force publique et libertés individuelles, les
cadres classiques d'une société organisée sont brisés au profit d'une
construction nouvelle, plus directive mais totalement inefficace sur le
long terme. La famille est la première cellule sociale, apprend-on
en classe de philosophie; une cellule organisée avec une hiérarchie, des
rôles bien établis. Le modèle français nous impose aujourd'hui un
groupe de CRS, lequel se substitue aux parents dans l'éducation des fils
et filles à l'intérieur de ces structures.
De la négation de l'autorité parentale
Toujours en classe de philosophie: Nietzsche pose de façon extrêmement
claire l'évolution vers un degré d'être plus élevé, un mode qui ne peut
être atteint que dans la mesure où le degré inférieur, le mode d'être
inférieur, est abandonné. Pour son évolution, dans son désir, sa
"volonté de puissance", cet être inférieur a besoin d'un repère, d'une
référence.
L'enfant prend longtemps comme modèle le père, cet être fort et
courageux, ce héros qui se bat pour la survie de la famille.
Mais on assiste malheureusement dans les sociétés occidentales modernes
à une rupture du sens par la répression sauvage du père ou de la mère,
la négation de son autorité par l'État. Les parents ne sont plus
maîtres chez eux. Le phénomène s'intensifie dans les banlieues et les
HLM où la forte promiscuité enlève au parent toute intimité, tout
pouvoir. Dans ces sociétés fortement policières et réglementées, le fils
assiste doucement à la déchéance du père; il voit plus rapidement
disparaître son surhomme.
L'enfant est l'égal de son père quand il va le retrouver dans les
longues files de l'ANPE (France), du FOREM ou du CPAS (Belgique). Il en
vient à détester ce père faible qui se déchire les mains sur les
barbelés de Ceuta pour venir se "prostituer" dans la métropole. Il
devient son maître ou son supérieur lorsqu'il équipe la maison en
électronique "tombée du camion". Le jeune devient le chef de
famille; il apprend à son père à défendre et à revendiquer ses droits.
Grandi trop vite, il a besoin d'un nouveau repère, une nouvelle
référence, un autre père. Dans le schéma classique, il se retourne alors vers un
dieu; "notre père qui es aux cieux"...
Le déplacement des rôles
Ce rôle de régulation ainsi retiré au père fut pendant longtemps assumé
par le pouvoir religieux. Mais le "11 septembre", la naissance du
"nouveau terrorisme" entièrement plaqué à l'islam finira de briser les
tabous. Partout dans le monde, les chefs de l'islam, les imam sont
traqués et humiliés. Les guides musulmans sont accusés, déchus,
bannis. Les images de Guantanamo avec ces prisonniers en prière, les
chaînes aux pieds ont fait le tour du monde, désacralisant l'acte. Le
bouquet: les CRS violent les lieux saints pour asseoir leur pouvoir; le
31 octobre dernier, une grenade touche une mosquée à Clichy.
Au sein des familles africaines, cette fonction était assurée par les
anciens ou les sages de la communauté. Mais dans l'occident moderne, on
apprend que l'age et l'expérience ne sont pas des valeurs de référence.
Même à 67 ans, on est passé à tabac par la police; on est brûlé sans
émotion ou évacué d'un immeuble insalubre. On est maltraité par un
policier de 18 ans parce qu'on n'a pas ses "papiers", devant un fils ou
un petit-fils qui, lui, bénéficie du "droit du sol".
Le surhomme de la cité devient alors le mac ou le fournisseur, le seul à
posséder les armes, les papiers et la finance. Il est souvent jeune,
mineur d'age et se rit des autorités; les lois sont faites pour le
protéger dans son "innocence" et sa fragilité. Autrefois verticale, la
régulation tend aujourd'hui à devenir horizontale, par la force des
choses.
En Belgique, on se propose même d'exporter ce modèle social avec ses
ratés: le ministre belge à la coopération veut envoyer les jeunes de 20
ans en "aide" aux pays en développement... Tout un programme.
Le bricolage d'État comme mode de gouvernance
La politique n'est plus une question de compétence; nous traversons l'ère
du reality show; les médias font et défont le pouvoir. Les ministres,
maires et échevins s'improvisent cow-boy ou pionniers, acteurs du petit
écran. Des intimités violées, des familles brisées au nom de la sacro
sainte "intégration", contre un danger réel ou imaginé. J'ai comme
l'impression qu'il faut à tous les prix "justifier" un poste comme le
ministère de la cohésion sociale; pour cela il faut créer et maintenir un sujet d'étude. Et
dans leur absolue suffisance, ces responsables politiques s'appuient sur
la force, la médiation avec des acteurs salariés qui opèrent 8h par
jour.
Les sommets sont atteints avec la convocation des "jeunes" par le
premier ministre de la France, promu sociologue d'État. On tombe alors
dans le populisme abject, ridicule et destructeur pour une validation du
pouvoir du gouvernement; et le jeune, alors instrumentalisé est consacré
définitivement nouvel être suprême dans son quartier. Le jeune ou
l'immigré n'est plus une simple tête de turc, il devient un escabeau; il
ne reste plus qu'à créer un ministère de la jeunesse et de la "racaille"
occupé par un jeune rappeur de banlieue. Les parents sont toujours
exclus du débat; on ne pense pas les associer, on les ignore.
Le cas du continent africain est assez criant à cet égard: des chanteurs
et footballeurs noirs sont nommés pour siéger à la fameuse "Commission
pour l'Afrique" initiée par T.Blair. On insiste sur la réussite des
jeunes, on braque les projecteurs sur les "exceptions" des cités; on en
oublie encore les parents, premiers vecteurs d'une autorité réelle. Si
ces derniers tentent de se regrouper pour défendre leurs droits, on les
taxe de communautarisme, on les accuse de repli communautaire. On
organise des réunions en Europe, sans eux, pour tenter de régler les
problèmes de leurs fils tués à Ceuta pour avoir tenté d'escalader les
murs de l'Europe. Le mal est profond, trop profond. Aujourd'hui
Paris, et demain l'Europe?
La solution?
Il serait indiqué de mettre fin à la compétition politique ou
électoraliste qui instrumentalise le "jeune" des banlieues présenté
comme la chienlit du peuple.
Il faut replacer les parents au centre de l'autorité, dans la petite
cellule familiale, première forme de société. C'est peut-être encore
possible, même s'il est vrai que EUX n'ont pas fait l'ENA. Un père n'est
pas une fonction salariée; il ne regarde pas sa montre, il exerce son
activité bénévolement, 24h par jour et sans droit de grève.
Facile à dire, certes; mais qui, mieux qu'un père, une mère saura guider
son fils ou sa fille sur le droit chemin? Il a beau passer dix fois par
jour à la télévision et s'instruire au langage des cités, un
ministre de l'intérieur ne sera jamais le père de ce qu'il nomme avec
une certaine émotion sa "racaille".
Il ne sera jamais mon père. Ont-t-ils jamais été
père? Quel père de famille oserait confier l'éducation de ses enfants à
la matraque et au Karcher du CRS? Il est possible que l'enseignement de
Nietzsche soit réservé aux seules classes défavorisées des écoles
publiques. A l'ENA, on se place un peu plus haut, n'est-ce pas?
Dommage...
Bruxelles, le 5 Novembre 2005
Gustav Ahadji - Afrology Think Tank
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Le nouvel éducateur de rue? |
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