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Mai 2007
Contre la dictature du grand Capital
Donner de la mesure à la démesure du système financier dans
l’intérêt du plus grand nombre
Dans cette folle course individuelle au toujours plus, plus vite, ne
faudrait-il pas parfois s’arrêter et se poser la question de la
finalité de cette dynamique aveugle et remettre à plat les valeurs à
défaut de la Valeur? Il y a longtemps que l’activité
de survie de notre espèce n’est plus la chasse et la culture mais
l’accumulation sous toutes ses formes, posséder pour ne plus être
possédé, posséder pour exister. Comme si le meilleur synonyme du mot
liberté était propriété, comme si nous ne pouvions pas être sans avoir.
En soit le principe de l’accès à la propriété pour chacun n’est pas
désavouable, loin de là, puisqu’il a affranchi la majorité de l’humanité,
mais la façon dont le système met en œuvre son accessibilité,
aujourd’hui, est inéquitable. Le capitalisme c’est
l’exploitation du travail collectif (production de valeur ajoutée) à des
fins d’enrichissement personnel sous l’alibi de la propriété des moyens
de production (le capital).
La finance c’est la promesse de transférer le capital
dans le temps en le faisant croître en ayant pour seul allié la
confiance des acteurs dans le système (financier).
Le néo libéralisme est la doctrine politique qui rend applicable
l’existence des deux réalités précédentes avec pour objectif de les
développer à l’excès voire jusqu’au suicide environnemental et social. Il découle de ces définitions que les trois piliers du temple libéral
sont Capital, Croissance, Confiance. Si l'un d'entre eux vient à faillir, l'édifice vacille. Il semble évident que le seul pilier sur lequel nos
contemporains ont une possibilité d'agir, s'ils en avaient conscience,
est la confiance. Tant que cette confiance existe les apôtres du temple
feront en sorte d'affiner l'équation leur permettant d'optimiser la
croissance du capital.
Cette équation pouvant s'exprimer de la façon suivante : Maximisation de
la rentabilité des fonds investis sous la double contrainte que la
sommes des coûts de production tendent vers 0 et que la productivité des
moyens de production (humain et matières premières) tendent vers
l'infini … c’est à dire jusqu'au néant. Dans cette équation il n'est fait aucunement mention de la dimension
nécessairement solidaire et précaire de notre condition d’humain, et
c’est cette fonction que l’idéologie de gauche devrait permettre de
raisonnablement pondérer. Si cette solidarité se fait réalité le pilier
Confiance pourrait faire vaciller le temple... mais pour le remplacer
par quoi?
Un modèle d'échange équilibré basé sur la coopération plutôt que la
compétition : par exemple au niveau national et comme le préconisait un
des textes des accords de la Havane : un pays ne pourra vendre à un
autre pays que l'équivalent de ce que cet autre pays lui vend, à moins
qu'il n'en soit décider autrement entre ces deux pays (et non par l'OMC
ou autre organisme supranational). Ce simple principe garantira
l'équilibre de la balance commerciale et tout ce que cela implique en
matière de protection de l'emploi dans chacun de ces pays.
Comment y parvenir ? En donnant de la mesure à la démesure des conséquences du système
financier actuel. Une des raisons majeures de la démesure dans l'exploitation des ressources
de production humaine et naturelle est la cupidité aveugle et non
régulée des propriétaires du capital et surtout de leurs conseillers. Le réflexe absurde qui implique que ce qui est exceptionnel aujourd'hui
devienne la règle demain entraîne la financiarisation de l'économie qui
exige, "légitimement", des retours sur investissement irraisonnable.
Lorsque le capital était encore industriel (détenu par le propriétaire
entrepreneur de l'entreprise) un retour sur investissement de 3 à 6 %
était considéré comme honorable, aujourd'hui le capital étant devenu
essentiellement financier (détenu par les fonds de pension ou autres
intermédiaire financiers banque-assurance) un taux de 15,20 voire 30% est
considéré comme "minimum olympique". Il est dès lors évident que cette
pression a pour effet d'obliger les patrons d'entreprises (à la solde
des actionnaires par l'entremise des stocks option, golden parachute ou
prime de licenciement honteuse) de mettre sous tensions leurs
ressources, jusqu'à des degrés de maltraitance comparable à celle subie
par les contemporains de "germinal" ; la solidarité en moins….
Ceci étant posé, l’avidité non normée étant la cause des excès
suicidaires de cette oligarchie actionnariale, ne pensez vous pas qu'il
serait souhaitable, pour le bien du plus grand nombre, de légiférer sur
l'application d'une marge actionnariale limitée, plafonnant le retour
sur investissement à un pourcentage soutenable (5-6% par exemple : taux
intérêt placement sans risque 3%+ prime de risque 2-3%) ?
Tout surplus pourrait être versé au trésor public afin de financer des
opérations d'utilité sociale (barrière à la paupérisation, logement pour
tous, caisse maladie, éducation, recherche, retraite, rémunération des
mères ou pères ayant opté d’éduquer leurs enfants, augmentation du
niveau de vie des populations moins nanties..) et environnementale
(piège à CO², énergie renouvelable, stockage énergie thermonucléaire…).
Pourquoi nos représentants ne peuvent-ils pas défendre cette façon de
concevoir les politiques nationales dans le long terme permettant de
solutionner à court terme les problèmes de précarisation de nos
concitoyens et d’envisager la viabilité de l’humanité comme étant
possible à l’horizon de ce siècle ? En ont-ils encore les moyens dans une économie de marché mondialisée ?
Dans la négative, il serait légitime de se poser la question de savoir à
quoi sert une politique nationale là ou les règles de fonctionnement
sont dictées par des organismes supranationaux n’ayant aucune légitimité
démocratique ou constitutionnelle ? Cette réflexion est nécessairement
incomplète mais puisse-t-elle élargir le débat politique afin qu’il
sorte des ornières de la doctrine du "politiquement correct" et de la
pensée unique.
Luigi Chiavarini |