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La
communauté internationale invente les frontières de l'éthique
Dans un monde en pleine effervescence, effets d'une globalisation qui
favorise les plus influents et puissants économiquement au détriment des
socialement faibles, des normes nouvelles émergent souvent discrètement.
Elles font très peu cas de l'éthique et des principes à la base du droit
international voulu, entre autres par Kant, comme préalable à
l'organisation d'une gouvernance mondiale où la communauté
internationale ne se limiterait plus uniquement aux pays riches et
puissants.
En référence à Martin Luther King qui voyait dans son célèbre "I have
a dream...", un monde harmonieux, il y a lieu de rechercher sans
user des "abus culturels traditionnels" de nouvelles approches où
des consensus pourraient être trouvés.
La Communauté internationale, telle qu'elle existe aujourd'hui, ne peut à
elle seule décider au sein de groupes et de réseaux qui n'ont pas
toujours pignon sur rue, des personnalités qui seront chargées
d'organiser la fusion-intégration des valeurs communes [1]. Elle
gagnerait peut-être à aller vers plus de tolérance. Nous
éviterons ainsi de tomber dans des luttes intestines tirant leur origine des
intérêts souvent contradictoires.
L'adhésion controversée de la Turquie à l'UE, la lente et laborieuse
construction d'une Union Africaine, l'exacerbation des nationalismes et
même du racisme sans motif [2] ne forment qu'un en terme d'organisation
de la cohésion des peuples.
Les espaces de manifestation de cette communauté internationale restent
donc fortement localisés et sont souvent fonction d'intérêts
particuliers comme dans la volonté de s'approprier les richesses
d'autrui.
La notion de "communauté internationale" reste aujourd'hui très
subjective et déterminée autant par les idéaux et les intérêts de celui
qui en constitue l'épine dorsale que de celui qui l'invoque.
L'expression "communauté internationale" est victime de son
succès, au même titre que l'ONU. Son caractère faussement rassurant en a
fait l'instrument favori de tous ceux qui cherchent à rallier l'opinion
publique à une cause réclamée "universelle". On fait dès lors
"appel à la communauté internationale", on s'insurge contre des
actes "portant atteinte aux intérêts" de celle ci, on parle ou
agit "en son nom"…
Malheureusement, cet emploi généralisé a fini par brouiller le sens
exact de l'expression; des responsables politiques, peu soucieux des
droits de l'Homme, sollicitent une communauté internationale comme
témoin de leurs massacres (Tchad, Tchétchénie, Togo, Congo, Soudan...) sans
que des solutions effectives soient trouvées en profondeur à comment
"occuper" décemment le citoyen du monde. Cela passe selon
nous par un travail
honorable et un salaire acceptable.
Plus globalement, cette difficulté à créer des emplois décents au niveau
microéconomique et la volonté d'organiser et d'assurer sa sécurité sous
toutes ses formes (approvisionnement, protection, ...) ont fait monter
la tension internationale d'un cran. Il suffit de faire référence aux
prises de position sur des dossiers d'actualité comme la Chine, l'Iran,
les nouvelles républiques de l'ex-URSS, l'Afrique...
L'Afrique, ce continent qui nous concerne ici, s'invite aussi au débat
international. Il est vrai qu'il est souvent "invité", comme au
G8. Longtemps présent comme victime, bénéficiaire puis agent de cette
communauté, le continent revendique sa participation. Mais à quel titre?
Représentant des citoyens africains ? Si elle doit apporter quelque
chose, serait-ce l'éthique ? Ou tout simplement le bon sens,: cette chose
si bien partagée... Mais qui détermine la norme, qui distingue ce qui est bon et ce qui ne l'est
pas?
"Ainsi l'Idéal de la raison pure doit toujours reposer sur des
concepts déterminés et servir de règle et de prototype soit pour
l'action, soit pour le jugement" disait Kant [3]. Des concepts: il
faut donc une méthode et des définitions claires.
Le flou actuel autour du concept "communauté internationale"
résulte de la volonté d'éviter de singulariser les acteurs. Selon les
dossiers, la communauté internationale est plutôt "généreuse" ou
"sourde" alors que la réalité peut être toute autre. Par contre,
lorsqu'il s'agit de trouver des boucs émissaires ou justement cacher
l'action bilatérale derrière une enveloppe multilatérale, alors on
désigne l'ONU.
Lorsque Kofi Anan, Secrétaire Général de l'ONU indique en Avril 2006
"Il serait utile que la communauté internationale parle d'une seule voix
pour combattre la violence et promouvoir le dialogue dans le règlement
des différends entre États ou au sein d'un État", il ne fait que
rappeler ce quiproquo.
Certains acteurs s'interrogent néanmoins, ayant jusqu'ici pensé que
ladite institution représentait tout simplement cette communauté
internationale élargie. Préciser les concepts, c'est aussi procéder à
une réforme des institutions de l'ONU en apportant des règles et des
méthodes qui n'excluent pas les moins puissants économiquement. L'ONU
pourrait alors retrouver son mandat légitime consistant à organiser
l'arbitrage et à servir de médiateur. Comment le faire lorsqu'on manque
cruellement de moyens ou que l'apport financier est lié à des
conditionnalités inacceptables pour les parties en présence puisqu'il
s'agit souvent, en filigrane de défendre des intérêts, parfois bien
compris?
Cette question de l'arbitre reste entière. Qui peut jouer ce rôle de
médiation pour la résolution de crises au sein d'un État ou entre les
États alors que justement chacun se cache derrière la non-ingérence dans
les affaires intérieures [4] [Lire]
?
Clarifier les concepts: un impératif pour l'Afrique.
Dans un environnement caractérisé parfois par la
confiscation des pouvoirs par des clans ou des groupes para militaires,
il devient urgent de revoir les projets communs et les définitions pour
préparer une participation active à une certaine forme de la gouvernance
mondiale.
Si la démocratie est travestie et acceptée par une partie importante de
la communauté internationale (y compris l'Union européenne) comme
l'exercice de la politique par l'usage de la force brute et que les
élections sont une simple formalité à laquelle se plie un peuple, malgré
lui, avec des dirigeants souffrant de déficit chronique de légitimité,
il convient alors de revisiter les normes et les méthodes.
Ainsi, Le Bénin apparaîtrait alors au grand jour comme un intrus, et les
militaires les nouveaux médiateurs... Est ce cela que souhaite l'union
européenne en feignant de croire aux apparences? Pourquoi ce dédain pour
la population, celle laissée pour compte, exilée puis assassinée à Ceuta
ou Anvers?
Gustav Ahadji
1. Lire "L'OPA de Yayi Boni" - [Lire]
2. Lire par exemple le double meurtre raciste à Anvers en Belgique [Lire]
3. Kant - Critique de la raison pure, Logique transcendantale,
Dialectique transcendantale, Livre II, Ch 3, Sec 1, p413-414
4. Yves Ekoué Amaïzo: Médiation à l'Africaine - Afrology.com |
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Anciens édito
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