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Janvier 2007
Afrique et géopolitique moderne
Adapter la lutte pour l'inscrire dans la modernité
Nous sommes nombreux lésés et blasés, au cœur
de la Diaspora africaine, réduits à l’impuissance devant la gestion
politique économique et sociale de nos gouvernements d’origine, rêvant
sans cesse de nous battre pour que nos enfants ne soient pas comptés
parmi les générations sacrifiées. Nous sommes plus d’un à espérer
l’avènement de la démocratie non falsifiée et d’une vraie liberté
politique, à croire en une Afrique compétitive, maître de son destin et
des ses ressources, capable de choisir ses dirigeants et ses politiques
sociétales et économiques en toute sécurité.
Pour beaucoup, le combat politique a pris naissance dans un fort
sentiment de frustration à la suite des nombreux actes
inconstitutionnels de ces dirigeants politiques africains, de
l’indignation née du soutien ou parfois de l’indifférence des
chancelleries occidentales face aux pratiques politiques moyenâgeuses
des gouvernants d’Afrique, de la mort d’une personne chère ou de la
simple sympathie pour le respect des droits humains et du peuple noir.
L’engagement individuel s’est cristallisé dans des formes et domaines de
lutte divers, passant par l’art - musique, toiles, sculptures, danses,
etc. -, à l’écriture, sans oublier les différentes formes de
contestations pacifiques. Au-delà de nos différences sur les moyens et
les méthodes de lutte, c’est la conviction et l’espérance de pouvoir
influencer les décideurs afin de contribuer à changer la situation
présente en faveur des populations les moins bien lotis. Ce capital
d’énergie dont la genèse est notre affect était ce qui jadis avait porté
les combattants de la liberté au devant de la scène politique dans les
années passées, quand la présence des réseaux occidentaux se confondait
avec la colonisation et l’usurpation.
La conviction politique et l’ardeur militant suffisaient pour porter les
partis politiques et les leaders au devant de la scène politique et du
pouvoir. Aujourd’hui, la donne a changé. Les incessantes mutations du
monde, la complexité de la géo-économie moderne et la politique
ultralibérale poussée jusqu’à la prédation ont, semble-t-il souillé, les
convictions politiques d’antan.
La spécialisation, la professionnalisation et l’organisation en réseaux
constituent aujourd’hui les atouts majeurs de la lutte. La capacité
économique des réseaux, des firmes ou des groupes engagés semble être
aujourd’hui l’arme absolue pour mener les combats vers
l’autodétermination des peuples africains. L’ascension fulgurante de la
Chine depuis quelques années ou les exemples d’intégration-disparition-prédation
des grandes sociétés entre elles nous interpellent. Qu’un groupe indien
puisse acheter le deuxième producteur d’acier dans le monde, qui plus
est, une société appartenant aux anciens maîtres, permet de croire à des
lendemains meilleurs pour l’Afrique et ses peuples.
Au niveau du combat pour la liberté, il convient donc d’apprendre à
s’approprier de nouvelles méthodes de lutte en réseautage, afin
d’infléchir les rapports de force et d’acquérir les capacités, y compris
celle de nuisance pour faciliter les négociations vers des dénouements
si nous voulons une réelle indépendance. Nous devons créer nos propres
réseaux en tant que minorité dans le monde des échanges et du marché à
l’exemple des Indiens d’Amérique qui reviennent en force, non pas en
scalpant les visages pales aujourd’hui maîtres de leurs terres à chaque
coin de rues, mais en intensifiant les activités économiques de leurs
réseaux détenteurs de grands hôtels et de casino au pays de l’Oncle Sam.
Peut-être nous faudra t-il racheter nos propres ressources pour notre
liberté ?
Sur le plan politique, l’Afrique n’a pas d’alternative face à la
mutation des enjeux et combats politiques postcoloniaux. Son indigence
sur le marché des échanges internationaux doit l’amener graduellement
vers des systèmes intégrateurs, de type fédéraliste. C’est en unissant
nos forces et en harmonisant les pôles de compétences qu’on peut espérer
changer la donne. On ne peut plus se permettre à l’heure des grands
ensembles régionaux, de favoriser la compétition au pays du Nord en
continuant les luttes fratricides et en luttant en rangs dispersés. Pour
une fois que les failles du système peuvent profiter à ceux qui savent
s’y prendre, il faut arrêter de s’auto-flageller en acceptant de se
poser non plus comme spectateur mais acteur dans un jeu mondial
fratricide. A défaut, le fossé économique et social déjà trop grand ne
fera que s’approfondir sans compter que l’Afrique va devoir aussi faire
face aux défis environnementaux pour conserver son milieu naturel. Les
dirigeants de l’Union africaine ne pourront pas faire l’économie d’un
véritable progrès vers les Etats-Unis d’Afrique. Il convient de mettre
fin aux pratiques antiques qui n’honorent pas toujours l’Afrique.
Bonne et heureuse année à tous. Puissent les bénédictions divines se
concentrer sur l’Afrique en 2007 et au-delà.
Kokou Roger Hounnou pour Afrology |
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