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Janvier 2006
Au "Non" de toute l’Afrique
Du nègre à l'humain : Renaissance
et dignité
Ouf ! L’An 2005, 365 jours, durs, longs et pénibles. Des jours sans
soleil ni lueurs, des nuits sans aurores, sans aubes ni horizon. Sous
les cieux africains, dans des États où le bon sens et le respect des
personnes et des droits citoyens sont demeurés absents, s’élèvent comme
un chant lugubre, une triste mélopée, les plaintes étouffées des enfants
d’Afrique. Le soupir des mères impuissantes, les mains d’enfants
bâtards, d’enfants soldats, d’enfants affamés, sans père et sans mère
montent assourdissants vers les cieux, implorant une existence plus
saine.
Mais un lourd rideau opaque et ténébreux, comme une aile de rapace
plane, nuit sans fin qui laisse l’espoir orphelin. Monte aussi dans cette
nuit, le murmure de quelques âmes lucides, qui attendent un jour dont
l’enfantement devient chimérique. En Occident, entre deux pannes du
libéralisme économique défigurant l’homo sapiens, la diaspora noire,
comme une bête de cirque, est montrée du doigt, invectivée et désignée
coupable de tous les malaises dont est malade la belle dame bleue à la peau
ratatinée. Incendies criminels, lynchages, expulsions, rapatriements
sauvages, etc., "la racaille" se voit isolée dans cette
civilisation dite égalitaire. C’est de bonne guerre dira-t-on ! Tout
remonte à Cham.
NON ! NON et NON. A cette communauté de malfrats bien-pensants et aux
africains qui passent leurs temps à prier, je dis de se rapprocher de la
théologie négative, en l’occurrence celle de Hans Jonas, qui consacre un
Dieu souffrant, ne pouvant plus influencer le cours de l’histoire
humaine du fait de notre liberté. Dieu n’a pas oublié l’Afrique ; tout
simplement, du fait de l’histoire elle-même comme lieu de déploiement du
destin historique des peuples et de l’âge de l’assomption des hommes par
eux-mêmes, il est impuissant à intervenir dans la lutte des peuples
opprimés. C’est donc de l’action, et seulement par l’action qu’un
équilibre, à défaut d’une domination, est envisageable.
L’année 2005 est en ce sens assez significative malgré le tableau
drastique des événements qui l’ont emmaillée. Dans cette nuit noire sans
fin et sans horizon, quelque chose a bougé. Sans idéologie aucune, sans
armes de destructions massives, sans complaisance avec le terrorisme à
la mode, de violents spasmes de l’Afrique meurtrie se font entendre dans
la douceur des nuits d’Occident où la panique s’installe. Quelque chose
a changé. L’Afrique se contorsionne, l’africain se révulse. Pour
l’instant elle ne demande qu’à assouvir de simples besoins
anthropologiques liés à la pure immanence existentielle. Le passage de
cette étape à la construction d’un discours idéologique lié à la volonté
de puissance se fera à coup sûr, si encore à ce cri légitime s’opposent
le silence et l’éternel absence de nos dieux les colons. Alors les
justes opposeront le dédain à l’absence, la lutte aux mépris et à la
domination. Basculera ainsi l’ordre du monde.
Nombreuses sont aujourd’hui ces âmes, victimes du syndrome de la
conscience lucide, ce mal fulgurant qui somme le moi du nègre à prendre
conscience de son dénuement, à dissoudre la fallacieuse emprise de la
désublimation répressive, et qui le pousse in fine à la révolte. C’est
de leurs nombres sans cesse grandissant que vient l’espoir. L’Afrique
vient d’achever son cycle de misère et d’isolement par l’avènement
politique du "règne des fils"*. La limite est atteinte et
à présent elle ne peut que se lancer dans un processus inverse. La vraie
lutte pour l’indépendance vient de débuter. Des quinze années qui ont
suivi l’engouement à la démocratie, propre au vent de l’Est, il faut
retenir que l’essentiel n’est pas seulement l’exercice du pouvoir par
les soi-disant partis d’oppositions, ni la croyance infondée au soutien
des chancelleries ou des métropoles occidentales aux mouvements
contestataires. Les colons ne sont autres que nos superbes ennemis. Nous
sommes seuls. Non seulement nous devons assumer cette solitude, mais
aussi aider les masses paysannes et les peuples africains à comprendre
et jouir de leur statut de personnes et de citoyens, se poser en
s’opposant, mais sans s’exposer.
Alors organisons la réflexion, puis à vos plumes et à l’action. Nous
sommes les seuls responsables de notre devenir.
Puisse la paix et la lumière avec nous, être.
Korh, l’Africain.
*[Règne des fils] Concept afrologique désignant la substitution ou la
succession de la progéniture des hommes politiques dans la gestion des
États modernes, consacrant ainsi le renversement de la modernité
politique en modernité économique où, de plus en plus, se dessine cette
tendance perverse qui est la privatisation de la construction du
discours et de la praxis sociale par un groupe d’acteurs privés, réunie
de façon minimale par des intérêts personnels, et de façon optimum par
les liens de sang.
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Le front du refus |
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