Février 2008
Afrique: état de l'Union
Le mal africain est profond.
"Jean Ping a été élu au premier tour, avec 31 voix sur 46 votants.
C’est un grand plaisir pour nous", a confié à la PANA le chef de l’Etat
gabonais Omar Bongo qui a ajouté : "j’étais confiant en venant, car si
je savais qu’il ne serait élu, je ne l’aurais pas présenté" ! Il y a
lieu de se poser des questions quant à l'indépendance politique de
Monsieur Ping, dans cette Afrique où les défis sont énormes.
Conscient du contexte de travail difficile, le président sortant, John
Kufuor avait pourtant émis le souhait, lors de l’ouverture de la
Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, que les pouvoirs du
nouveau président de la Commission de l’UA soient renforcés pour qu’il
puisse exercer son autorité sur la Commission. Sic
Problèmes d'industrialisation
L'industrialisation de l'Afrique a un long chemin, bien que la dixième
conférence au sommet de l'Union africaine (UA), qui a pris fin samedi
dans la capitale éthiopienne d'Addis Abeba, consacre les trois jours de
travaux au thème du "développement industriel de l'Afrique". Les
populations de l'Afrique atteignent 10% de l'ensemble du monde, alors
que ses industries n'en occupent que 1%. Lors du sommet panafricain, le
président sortant de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, a
regretté que le continent africain "se désindustrialise depuis 50
ans". Il y a lieu de se demander à quoi sert l'ONUDI...
L'analphabétisme général en Afrique constitue une autre entrave contre
le développement des ressources humaines, par conséquent le
développement industriel. Selon les statistiques de l'UNESCO, le taux de
scolarité des enfants en âge scolaire n'atteint pas 40% dans beaucoup de
pays africains, lorsque 20% des garçons et 38% des filles de tout le
continent africain ne vont pas à l'école. L'Afrique compte 360 millions
d'illettrés, soit 60% des populations africaines et 40% de l'ensemble
des analphabètes du monde.
En outre, l'exode de cerveaux est préoccupant maintenant. Selon
l'Organisation internationale de la migration (OIM), depuis 1990, les
pays africains perdent chaque année plus de 20.000 de leurs talents qui
émigrent et s'installent en Amérique et en Europe. En contrepartie,
l'Afrique dépense chaque année quatre milliards de dollars dans
l'importation de professionnels ou d'experts, soit presque un tiers de
l'assistance annuelle qu'elle reçoit.
APE, nouveau défi
L'éventualité de la signature des Accords de partenariat économique
(APE) entre l'Afrique et l'UE est l'un des points chauds de ce sommet.
Les pays africains divergent jusqu'à la fin, sans pouvoir parvenir à un
compromis.
Les APE sont des arrangements commerciaux entre l'Europe et ses 78
anciennes colonies d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), en
remplacement de l'Accord préférentiel de Cotonou à compter du 1er
janvier 2008 et à la demande de l'Organisation mondiale du commerce
(OMC). Ils tablent sur la diminution puis la suppression des droits
d'entrée des produits ACP sur le marché européen et des produits
européens sur les marchés des ACP, la libéralisation du commerce des
services et la promotion des politiques favorisant la concurrence.
Les APE signifieraient la porte ouverte à l'entrée en compétition des
transnationales avec de petites entreprises de l'Afrique, de sorte que
les agriculteurs et les industries naissantes de cette dernière seront
soumis à la concurrence directe des producteurs européens, hautement
subventionnés ou plus efficaces. Vu la dimension économique inégale
entre l'Europe et l'Afrique, ledit accord de libre échange
"réciproque" limitera la capacité des pays africains à protéger
l'agriculture, soit leur dernière ligne de défense, tandis que l'UE
continue de refuser de supprimer leurs subventions à leurs agriculteurs.
Les Africains souhaitent, entre autres, que la durée de la période
transitoire qui séparera la signature des APE de leur entrée en vigueur
effective, soit de 25 ans pour qu'ils aient du temps afin de résoudre
des problèmes d'infrastructure et de renforcer la capacité de leurs
petits agriculteurs à produire et exporter de façon compétitive et face
aux diverses barrières non tarifaires de l'UE. Cette dernière insiste
cependant pour réduire la période à 15 ans et pour que les Africains
signent séparément les APE avec les Européens en groupe.
Qui pis est, pour un nombre de pays africains, les pertes dans le revenu
tarifaire issues des APE seront plus importantes que leurs dépenses
totales dans la santé ou l'éducation. Ce qui portera atteinte au
développement durable de l'Afrique.
L'Afrique qui se voit une croissance économique moyenne de de plus de 5%
par an depuis ces trois dernières, a besoin de la volonté et du courage
de défendre de manière collective cette tendance, comme ce qu'a déclaré
M. Konaré : "Il n'y a pas d'avenir pour une Afrique non unie", un
projet global pour lequel l'intéressé doit reconnaître son échec, malgré
les déclarations d'intention.
Crises socio-politiques
La dégradation de la situation s'accélère surtout durant ces 20
dernières années, lorsque des pays africains souffrent l'un après
l'autre des agitations sociales, de la guerre civile ou des violences
inter-ethniques. L'insécurité et l'instabilité ont détruit des
structures socio- économiques en Afrique qui, dans l'ensemble, n'a pas
encore changé le statut d'exportatrice de matières premières vers des
pays développés.
A la base de ces crises, il y a lieu de relever deux facteurs majeurs
qui exacerbent les tensions ethniques. Il s'agit en premier lieu de
l'espace géographique des Etats africains, découpés pour la plupart par
le colon en dépit de tout bon sens et en second, de la légitimité
douteuse de la plupart des dirigeants de ces pays. Soudan, Tchad, Kenya,
Somalie sont tous installés sur des volcans.
La situation au Tchad, où des combats opposent forces loyalistes et
rebelles à N'Djamena, représente "un échec de l'Afrique", a
estimé le président sénégalais Abdoulaye Wade. "Maintenant, les
Africains ont mauvaise conscience", car avec "ce qui s'est passé
au Tchad, personne ne peut dire: ça nous a surpris", a-t-il affirmé
devant la presse à Dakar, de retour du sommet de l'Union africaine (UA)
à Addis Abeba. Nous apprenons avec beaucoup de plaisir que les
dirigeants africains ont une conscience; c'est peut-être un premier pas
vers la révolution.
Gustav Ahadji
sources: internet
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