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décembre 2011
La cour pénale internationale (CPI)
la politique d'abord, le droit ensuite...



Y-a-t-il lieu de se réjouir de voir la gambienne Fatou Bensouda devenir la prochaine procureure de la Cour Pénale internationale (CPI) ? Oui ! C’est l’alternance entre blanc et noir. En effet, après neuf ans à la tête de la CPI, le Procureur Luis Moreno-Ocampo, dont le mandat s'achève officiellement en juin 2012, ne s’est pas fait beaucoup d’amis en Afrique.


1. Une Cour de justice spécialisée sur les Africains, se dote d’une procureuse Africaine

L’Union africaine de Jean Ping pourra même sabler le champagne si ce dernier est reconduit en janvier 2012. Ce dernier n’a pas cessé de marteler que le CPI est un Tribunal qui ne condamne en très grande majorité que des "Noirs". En pourcentage, Jean Ping a raison. Mais pourquoi les chefs d’Etat africains n’ont-ils pas créé une Cour Pénale Africaine pour juger des exactions de leur pair ? Après tout, il existe bien un "syndicat des chefs d’Etat africains" ? C’est que l’impunité est devenue un sport collectif en Afrique et à ce titre, une Cour Pénale Africaine viendrait "gâter la sauce gombo", surtout au Togo. Le Sénégal qui aurait pu entrer dans l’histoire en jugeant Hissène Habré sur son sol, n’a pas osé s’attaquer à ce dossier, sinon il fallait amener à la barre l’actuel Président du Tchad, Idriss Déby. Alors, tout traîne en longueur, et chacun se cache derrière des sommes d’argent que la Communauté internationale a revues à la baisse compte tenu de la gourmandise bien africaine des chefs d’Etat dès lors qu’il s’agit de "rendre un service" à l’Afrique. Mais personne n’oublie que cela rapporte d’accueillir un chef d’Etat comme réfugié "apolitique". Mr Déby ne peut être compté parmi les "africains pauvres" gagnant moins de 2 dollars par jour.

La CPI est formée en majorité d’Etats africains. La logique veut que ce soit un ressortissant africain qui dirige. Mais plusieurs pays comme la Côte d’ivoire ou le Soudan n’ont pas ratifié le statut de Rome, traité créant la CPI. D’autres pays plus malins comme le Togo l’ont signé mais ont "oublié" de promulguer le décret d’application. "Qui est fou?" chantait le musicien Manu Dibango. C’est vrai que signer signifiait pour certains chefs d’Etat africains de recevoir certaines subsides de l’aide internationale dont une grande partie retourne au point de départ… donc en dehors des 120 pays qui ont ratifié, il faut surtout noter les Etats-Unis ou Israël qui ne l’ont pas ratifié. Du coup, la CPI dépend entièrement de la collaboration active des Etats. Plus concrètement, si un Etat riche occidental a besoin d’attraper un "chef d’Etat africain" en mauvaise odeur de sainteté, il suffit alors de monter l’opération CPI.

2. Un Cour qui transforme les crimes économiques en crimes contre l’humanité

Il arrive même qu’un prisonnier africain soit incarcéré pour avoir demandé la "vérité des urnes" et le "recomptage des bulletins de vote", comme en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara n’a accusé Laurent Gbagbo "que" de "crimes économiques". Mais la CPI semble avoir fait une liste macabre et partielle des crimes commis en Côte d’Ivoire au nom de l’aveuglement de quelques dirigeants pour tenter de faire porter la responsabilité à un seul "homme". Mais il manque d’autres hommes à la barre. La justice de la CPI qui garde encore en prison le Congolais Jean Pierre Bemba, sans d’ ailleurs pouvoir apporter des preuves formelles, semble de plus en plus devenir une justice aux ordres des dirigeants politiques occidentaux. Ces derniers ont réussi le tour de force de séparer le droit et la justice pour y glisser la politique et la protection des intérêts bien compris. On sera assurément loin de la vérité et plus proche des boucs-émissaires comme le veulent les occidento-centristes.

3. Une Cour qui oublie les crimes contre l’humanité au Togo: 500 morts en 2005 selon l’ONU

L’élection de Fatou Bensouda sera chose faite entre le 12 et le 21 décembre 2012 à New-York après un choix entre 52 candidats. 6 autres juges seront élus pour l’épauler. La plus compétente et la plus expérimentée dit-on. Certainement ! Mais la justice de "Blancs" qui poursuivent d’abord des Africains en venant les chercher sur le sol africain, de force pour certains, peut se pratiquer, mieux parfois par les doigts d’un Noir, en l’occurrence une Noire. On parle du Soudan, du Kenya, du Yémen, de la Birmanie, de la Corée du sud, du Rwanda, etc. mais jamais de ceux-là même qui sont à l’origine des crimes contre l’humanité. On oublie le Togo et bien d’autres pays qui se sont alignés sur les positions des décideurs du réseau mondial formant la communauté internationale. Cette forme de solidarité se fait aux dépens de la vérité des urnes, de la solidarité et de la conciliation. En passant de la couleur au noir et blanc, la communauté internationale promeut la politique d'abord, le droit ensuite !

Dr Yves Ekoué Amaïzo,
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
12 décembre 2011


1. Le Monde (2011). "La Gambienne Fatou Bensouda, assurée d'être la prochaine procureure de la CPI", in Le Monde.fr, 1er décembre 2011, voir < http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/12/01/la-gambienne-fatou-bensouda-assuree-d-etre-la-prochaine-procureure-de-la-cpi_1612116_3212.html>, accédé le 4 décembre 2011.

2. Yves Ekoué Amaïzo (2010). Crise financière mondiale. Des réponses alternatives de l’Afrique, "collection interdépendance africaine", éditions Menaibuc : Paris.



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