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Décembre 2004
L'Afrique, territoire de toutes les exceptions

2004: Jacques Chirac : "Les Africains sont joyeux par nature"

Le président de la République défendait rapidement les vaches et leurs subventions, qualifiées de "faux problème", et se livrait à une confidence personnelle :"Chaque fois que je vais en Afrique, le chef d'Etat concerné vient me chercher en général très gentiment à l'aérodrome et, sur les quelques kilomètres du parcours, il y a toujours beaucoup de monde, et je regarde toujours attentivement ces gens parce qu'on apprend beaucoup plus dans un regard que dans un dossier", disait-il.

Et que voit-il alors ? Des jeunes, beaucoup de jeunes, énormément de jeunes "qui ont entre cinq et quinze ans" et qui se tiennent sur le passage de sa voiture. "Ils sont joyeux, parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont contents. Ils voient qu'il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d'être sur le bord de la route. Ils sont contents, bien !", poursuit Jacques Chirac. source: Afrik.com

Concernant ce continent sauvage, tout le monde se permet la médiocrité. Après un ou deux voyages en Afrique du Nord, on se déclare rapidement africaniste ou afrologue. C'est l'histoire de ces nombreux sociologues et ethnologues occidentaux qui savent vous rédiger, mieux qu'un autochtone, un rapport d'étude depuis le confort de leurs hôtels étoilés. Marcel Griaule a fait de nombreux émules. Dans les cabinets des affaires étrangères occidentaux siègent des spécialistes et diplômés de la Sorbonne ou Polytechnique.

Le parcours de Chirac, toujours le même, va de l'aéroport à la somptueuse résidence du chef d'Etat en passant par des artères "habillées" pour l'occasion.

Il me revient à ce propos un souvenir, celui de mon collège dans un Etat africain placé sous mandat de la dictature depuis 37ans; nous étions forcés de nous amasser sur les bords de route au passage du cortège présidentiel. Les professeurs étaient présents (sous l'oeil inquisiteur des inspecteurs du parti) pour noter les fugueurs ou les râleurs; de la spontanéité et de l'enthousiasme nous dira l'ami Chirac (quelle connerie). Mes collègues du lycée français étaient quant à eux exemptés de l'exercice. "Que feront-ils (ces jeunes) quand ils auront vingt ou vingt-cinq ans, sans diplôme, sans travail, sans accès aux soins ?" se demande Chirac. Il est normal qu'en étant forcé de sortir t'applaudir, je n'ai pas complètement fini de voir le programme de l'année, banane.

Avec quelques éléments glanés au cours de ses déplacements, agrémentés de nombreuses idées reçues, on peut se permettre des affirmations complètement fausses sur l'Afrique. Je vois mal un sociologue africain, aussi doué soit-il, oser rédiger après deux semaines de séjour à Paris, un traité sur l'intégration corse ou breton. L'aventure de Chirac est comparable à celle du nègre en visite à Paris le jour de la Gay Pride, qui en déduirait que l'Europe est homo. Il y a encore du chemin à parcourir: j'ai fait ma part du travail en expliquant à ma grand-mère que Chirac et les européens ne sont pas nécessairement pétomanes, depuis une drôle d'émission sur le sujet à la télévision.

Mais le plus dramatique est certainement d'entendre ces propos de la bouche d'un dirigeant qui tient en main la destinée de millions de personnes. L'africain, joyeux par nature: même lorsqu'il est déporté en Charter avec un coussin sur le visage [Semira]. Que le français de base, du fin fond de Draguignan, débite des sottises pareilles, passe encore, mais un chef d'Etat...

 

Le sourire

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