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décembre 2011
France et Afrique, l'aide publique au
développement :
Vers l’exigence de contreparties officielles
C’est à juste titre qu’en cette fin d’année 2011, de nombreux
sénateurs français s’inquiètent de la capacité de la France à honorer
ses engagements entre 2012 et 2015 en matière d’aide publique du
développement. Une crise financière 2007/2008 qui se décline en crise de
l’endettement, hausse du chômage, crise de l’euro, perte assurée de la
note AAA (triple A des agences de notation évaluant la qualité de la
gouvernance de l’Etat) de la France en 2012, augmentation des taux
d’intérêts à long terme pour la France ne sont que les prémices d’une
récession économique annoncée. Mais les mesures pour endiguer la
déréglementation ou déjouer les avantages tirés des paradis fiscaux ou
encore la prise de pertes par les banques qui ont fait des arbitrages
hasardeux sur des marchés spéculatifs ne sont toujours pas à l’ordre du
jour.
1. La France et l'aide publique au développement: promesses non
tenues
La France avait promis de consacrer à nouveau 0,7 %
de sa richesse nationale (produit intérieur brut) à l’aide au
développement en 2015. En 2010, avec 0,5 %, tout portait à croire que
c’était possible. Avec la dégradation à 0,46 % en 2011, l’examen de la
loi de finance 2012 devant le Sénat par le ministre en charge de la
Coopération Henri de Raincourt n’a convaincu personne. Le Secrétaire
d'Etat au Commerce extérieur Pierre Lellouche a volé à son secours en
rappelant que la France demeure "le troisième bailleur mondial".
Mais la France n’a réussi à dépasser 10 milliards d'euros d’aide
publique au développement qu’en 2010. Il y a donc à ce jour un
non-respect des engagements du G8 pris à Gleneagles (Royaume Uni) en
2005. Rappelons toutefois que les engagements pris prévoyaient "une
aide additionnelle de 50 milliards de dollars des Etats-Unis" dont
la moitié devait être destinée à l’Afrique d’ici 2010. Pour cette
partie, c’est raté. Il y a eu une autre promesse de mettre en place un
calendrier selon lequel les pays du G8 atteindraient les 0,7 % de leur
revenu national brut, objectif fixé depuis les années 1960 par les
Nations Unies en matière d’aide publique au développement. Cinq pays
seulement l’ont atteint en 2009 : Suède, Luxembourg, Norvège, Danemark
et Pays-Bas.
2. Aide liée ou soutien au commerce extérieur français ?
Alors quand Pierre Lellouche exige des contreparties
aux 10 milliards "d’aide au développement" de la France, il ne
fait que renforcer le fait que l’aide est liée et le sera de plus en
plus avec des conditionnalités nouvelles comme des conditionnalités sur
les droits humains et la démocratie. Le problème est que ces
conditionnalités sont appliquées selon des approches politiques,
c'est-à-dire à la tête du client selon qu’il ou elle défend les intérêts
de la France ou facilite le retour sur investissement pour les
entreprises françaises. Quoi de plus naturel ! Sauf que lorsque c’est la
Chine qui le fait ou les Etats-Unis, la France râle et crie au scandale
sur la concurrence.
La réalité, en Afrique tout au moins, c’est que de
nombreuses entreprises de la Françafrique, c’est-à-dire celles qui
utilisent le soutien du pouvoir français, direct ou indirect sur les
dirigeants africains pour obtenir les contrats, sont de moins en moins
compétitives. Il y a lieu de rappeler alors la fameuse phrase du Général
De Gaulle prononcée en 1971 : "Cet argent que nous donnons pour
l’aide aux pays sous-développés, n’est de l’argent perdu à aucun point
de vue. Je considère que c’est un très bon placement". Il est clair
que Pierre Lellouche est l’héritier du Gaullisme en matière d’aide
publique au développement. Il déclare en substance : "La France a
d'autres vocations que de devenir un grand bureau d'études gratuit, sans
contrepartie. On ne peut pas accorder plus de 10 milliards d'euros au
titre de l'APD sans se demander comment nos emplois pourraient en tirer
profit" [1]. Ce n’est pas cela qui améliorera toutefois les
performances médiocres du commerce extérieur de la France en 2011.
3. De la mallette officieuse à la valise
officielle, des intérêts bien compris
Aussi après les contreparties officieuses que
constituaient les "mallettes" qu’il a transportées, l’avocat et
conseiller spécial et officieux de Nicolas Sarkozy, Robert Bourgi n’aura
bientôt plus besoin de prouver quoi que ce soit. La nouvelle stratégie
affichée de la France est d’officialiser les contreparties de l’aide au
développement. Vivement les mallettes et les valises non accompagnées
suite à l’octroi d’une aide publique au développement de la France. Il
faudra néanmoins que la transparence suive, ne serait-ce que pour savoir
si toute l’aide publique au développement est retournée en France, sans
déperdition… ce que certains continuent à dénommer "corruption".
Les parlementaires français comme africains doivent
rendre compte. Il y va de la vérité des comptes publics. Pour ce faire,
il importe d'inscrire comme une obligation la production d’un rapport
conjoint (France et pays africains avec la participation des
organisations de la société civile indépendante). Ce rapport comptable
et détaillé devra être complet et public afin de ne plus duper ni le
contribuable occidental, ni le bénéficiaire africain qui ne voit
toujours pas la couleur de l’argent. Il n’y a pas en la matière de
racisme. Une forme de solidarisme non contractuel en somme [2].
Dr Yves Ekoué Amaïzo,
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
5 décembre 2011
1. Pierre Lellouche (2011). "Pierre Lellouche exige des contreparties
aux 10 milliards "d’aide au développement" de la France", in EcoFin, 30
novembre, voir <
http://www.agenceecofin.com/gestion-publique/3011-2346-pierre-lellouche-exige-des-contreparties-aux-10-milliards-d-aide-au-developpement-de-la-france>,
accédé le 3 décembre 2011.
2. Yves Ekoué Amaïzo (2010). Crise financière mondiale. Des réponses
alternatives de l’Afrique, "collection interdépendance africaine",
éditions Menaibuc : Paris.
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