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Avril 2006
Bénin : la douce rupture
Une rupture douce est nécessaire avec les pratiques politiciennes qui ne
promeuvent que le statu quo en Afrique. Les Béninois semblent avoir été
parmi les premiers à l’avoir compris.
Une bouffée d’air "démocratiquement" frais a été apportée par
l’élection présidentielle béninoise du 19 mars avec la victoire d’un
candidat indépendant et neuf : Dr. Boni Yayi, ex-Président de la Banque
ouest africaine de développement. Les Béninois viennent de donner une
leçon de démocratie à toute l’Afrique tout en faisant leur profession de
foi démocratique.
Nul ne dira plus au Bénin que les Béninois ne sont pas mûrs pour la
démocratie… Ils viennent de démontrer comment, en toute discrétion, ils
ont su :
- rejeter une certaine arrogance de l’ex-Président Nicéphore Soglo,
- passer l’éponge sur les multiples maladresses de gestion
stratégique du Président Mathieu Kérékou qui représentait malgré tout la gestion
traditionaliste de la politique en Afrique caractérisée par la gestion du statu
quo,
- stopper net l’essor d’Adrien Houngbédji considéré par beaucoup
comme un candidat téléguidé de l’extérieur,
- réconcilier les trois perdants du premier tour (Bruno Amoussou,
Léhadi Soglo et Antoine Idji Kolawolé) avec le nouveau Président du Bénin…
Cette forme nouvelle d’alliances et de partage du
pouvoir ne peut que donner des résultats à la hauteur d’une nouvelle
génération de dirigeants libres d’arbitrer d’abord en fonction des
intérêts de leur peuple et non en fonction des intérêts des dirigeants
et de leur entourage.
Les Béninois ont choisi l’humilité de celui qui a promis que les choses
allaient changer s’il venait aux commandes. Oui, Dr. Yayi est différent.
C’est la nouvelle génération qui se rappelle d’où elle est née (le père
du nouveau Président du Bénin était agriculteur) et souhaite améliorer
le sort du monde agricole au même titre que celui de toute la
population. La recette du peuple béninois est simple : mettre en avant
des gens neufs, indépendants, dotés d’une éthique et d’une compétence au
service du peuple.
Il faut espérer que cette approche sera contagieuse dans la sous-région,
et demain en Afrique. Personne ne peut oublier de saluer la dignité du
Président Mathieu Kérékou lequel a su s’éclipser discrètement. Ce
service rendu à la nation et au peuple béninois mérite un "standing
ovation" et devrait servir d’étude de cas dans les enceintes de
l’Union africaine et du NEPAD lorsqu’il s’agit de procéder à
l’évaluation entre "pairs africains".
Par Yves Ekoué Amaïzo
Auteur et Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le
développement industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel. |
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Yayi Boni |
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