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Août 2006
Afrique: absence de bilan
et de projections
Plaidoyer pour une évaluation des
politiques publiques
On peut critiquer les actions et prises de
position des gouvernements anglais et américains. Ils ont au moins le
mérite de donner une direction et une impulsion claire à leurs
populations respectives. Bonnes ou mauvaises, ces politiques se placent
dans un programme, un schéma vers une certaine excellence. Le Japon,
puis la Chine inscrivent également leur développement sur un plan
précis, avec des échéances plus ou moins réalistes. La Chine se
positionne aujourd'hui comme un interlocuteur incontournable en termes
de fourniture de services et pour le textile.
L'Afrique noire francophone, à l'image de ses anciennes métropoles, peine
à se trouver une voie. Sortant un peu du lot, le président sénégalais,
certes contestable sur bien des points, est le seul à donner des
éléments quant aux perspectives pour son pays et le continent; il soutient et
pousse le Nepad depuis plusieurs années et plus récemment positionne son
pays comme futur réserve de carburant bio. Les autres chefs d'État, à
l'instar de Chirac, gèrent le quotidien, sans aucun programme précis et
sans vision claire de l'avenir. Les discours de fin d'année au cours
desquels les gouvernements actifs se livrent à de réels exercices de
style et tests politiques (avec bilans concrets et évaluations)
représentent pour nos États et pour la France, une formalité (le
protocole), si pas une corvée. [Lire]
De ce fait, ils ne se mouillent pas et l'opposition n'a pas d'élément à
se mettre sous les plumes, le débat est clos.
Interrogés sur leur confiscation du pouvoir, certains
autocrates africains n'hésitent pas à arguer de la nécessité pour un
gouvernement de s'éterniser au pouvoir pour se donner le temps de
réaliser son programme. Une vaste blague lorsqu'on connaît le contenu
(souvent vide) des programmes électoraux. Après 30 années d'exercice du
pouvoir, certains sont toujours au point de départ et tentent de passer
le témoin à leurs fils [Lire].
La politique africaine par la pratique
Longtemps concoctée dans les salons dorés de l'Élysée ou de Bruxelles, la politique du
continent noir se basait sur un ensemble de pratiques obscures sous le
couvert de pactes pas beaucoup plus clairs. Mais un nombre croissant
d’africains manifestent aujourd'hui leur volonté de mettre fin à ces
"pactes coloniaux" et sont prêts à signer des accords privilégiés
avec d’autres puissances extracontinentales [Lire].
La Chine se positionne sans aucune exigence en matière de démocratie [Lire].
La France et la Belgique semblent ne plus avoir de politique africaine. Comment expliquer
un décalage aussi profond entre les discours de Chirac sur les conflits
au Liban ou en Irak au nom d'un droit international et une approche
aussi fourbe concernant le développement du continent africain ? Il
reste lamentablement évasif et paternaliste devant les problèmes soumis
par ses grands amis
africains. Les rencontres France-Afrique, grands-messes d’un autre
temps, sont de plus en plus stériles, traduisent cette absence de vision
tactique. C'est que la France elle-même n'a plus de stratégie propre en
dehors de l'Union Européenne; on voit aujourd'hui les conséquences de
l'échec de la Constitution... Pendant ce temps, les monnaies et des pans
entiers de l'économie de ces pays noirs restent arrimés au gouvernement
français. Une véritable tragédie.
Les relations évoluent, et la France n'a plus de prise
réelle sur les puissances émergentes en Afrique. Les anciennes colonies
anglaises se posent en moteur du développement du continent. L'échec de
l'OMC à Doha est un signal fort en ce sens; les injonctions de la
métropole n'ont plus aucune valeur.
Les plans de développement extérieurs se multiplient pourtant
(certaines sous l'impulsion de la France), sans aucune cohérence et sans
concertation, pour tenter d'aider l'Afrique:
- Les plans d'ajustement structurel,
- Les objectifs du
millénaire pour le développement,
- La Commission Blair pour l'Afrique,
- La taxe de
solidarité de Chirac
- Et plus encore...
Des initiatives toutes infructueuses.
Absence de courage politique
Il se trouve pourtant un ministre français qui est allé sur le
continent, dénoncer les méfaits de la politique africaine postcoloniale
teintée de paternalisme et de profits. Le discours prononcé le 19 mai
2006 par Sarkozy devant l'assemblée béninoise [Lire]
ressemble en beaucoup de points à celui, tout aussi vaseux, de Mitterrand
à la Baule le 20 juin 1990. Selon Roland Dumas, ce dernier discours se résume
ainsi : " Le vent de liberté qui a soufflé à l'Est devra
inévitablement souffler un jour en direction du Sud [...]] "Il n'y a pas
de développement sans démocratie et il n'y a pas de démocratie sans
développement. " Il ne reste plus qu'à attendre un vent du Sud;
patienter, comme les africains savent si bien le faire.
Sarkozy avance que le Bénin est un modèle de
démocratie pour l'Afrique et se positionne en révolutionnaire dans les
relations france-afrique. Mais là encore, aucun bilan ne sera dressé,
aucune liste ni allusion à des pays non démocratiques. Bush a au moins
le courage politique, lorsqu'il s'attaque à un dossier comme celui du
terrorisme de dresser "sa liste" de ce qu'il nomme l'axe du mal.
L'Afrique Noire francophone peine à s'extirper de la dépendance et se démène dans des
conflits, conférences nationales et forums de réconciliation pour tenter sortir du
gouffre. Et si nous imaginions une fois une conférence internationale
entre colonies et métropoles pour faire un bilan et permettre enfin au
continent de rompre le cordon et tourner la page? Nous pourrions enfin
aborder les vraies questions de la dépendance économique et politique
(le fameux pacte colonial) et d'autres sujets plus sensibles comme
l'immigration et la coopération...
Si la France veut demain être considérée comme un
véritable "partenaire", cela commence par un bilan, une
évaluation, un état des lieux. A défaut d'un débat Nord-Sud, les
anciennes colonies françaises devraient avoir le courage d'organiser ce
débat interne (Sud-sud) pour mettre à plat les problèmes, comparer et évaluer les
politiques avec leur "papa" du Nord, aux fins d'une harmonisation
salvatrice...
Gustav Ahadji
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Blindés français à Abidjan
04 Février 2006 |
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Anciens édito
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