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OMC : Solidarité sans
contreparties pour les pays faiblement industrialisés ?
Introduction :
Si l’on se réfère au communiqué du G 8 de Gleneagles de juillet 2005, il faut se
réjouir du renouvellement des engagements des pays riches envers l’Afrique. Le G
8 a réaffirmé l’urgence des actions convergentes et complémentaires qui peuvent
conduire à une croissance durable autoentretenue avec comme conséquence, la fin
de la dépendance à long terme de l’Afrique vis-à-vis de l’Occident.
1. Mettre en pratique les bonnes intentions du G 8
L’essentiel des bonnes intentions affichées se résume en des actions sélectives
portant principalement sur la bonne gouvernance, la santé, l’éducation, et les
facilités commerciales pour améliorer les échanges mondiaux. Les décisions sur
le commerce furent refoulées vers l’organisation mondiale du commerce (OMC) qui
poursuit son cycle de négociation dans le cadre de l’agenda de Développement de
Doha. Sur le volet « agriculture », les gouvernements africains se sont engagés
à investir un minimum de 10 % de leur budget national pour ce secteur qui occupe
l’essentiel de la population active africaine.
La conférence ministérielle de Hong Kong de l’OMC prévue pour décembre 2005 sera
considérée comme une réussite si les résultats des négociations ont des effets
tangibles sur le terrain, notamment dans les pays les moins avancés. Pour une
fois, il faudra s’assurer que des pays moins avancés et faiblement
industrialisés comme Haïti, Bengladesh ou Centrafrique puissent annoncer qu’ils
ont des chances de profiter des opportunités offertes par l’économie mondiale
grâce à la régulation mondiale que l’OMC tend à mettre en place. Cette
conférence de Hong Kong ne peut se permettre un nouvel échec, à l’instar de
Cancun en 2003. Au-delà des cas spécifiques, l’OMC doit pouvoir s’assurer que
les pays faiblement industrialisés (PFI) bénéficient des mêmes avantages que
procure le système actuel de régulation des échanges mondiaux aux pays émergents
(PE) et au pays industrialisés (PI).
Il suffit néanmoins de rappeler les statistiques portant sur la part de
l’Afrique dans le commerce mondial entre 1948 et 2002 pour confirmer qu’il y a
eu et qu’il y a toujours des perdants et des gagnants dans le jeu du commerce
mondial. Cette part est passée respectivement de 7,4 % à 2,1 %. Malgré les
nombreux cycles de négociation qui se sont succédés entre 1950 et 2005, les
règles du commerce mondial n’ont pas profité aux PFI, ceux d’Afrique
subsaharienne en particulier. Il sera difficile donc d’organiser et de parvenir
à une mondialisation au bénéfice de tous si les règles commerciales ne sont pas
fondées sur une nouvelle volonté politique où les échanges seront considérés
dans le cadre d’un libéralisme régulé, une valorisation d’emplois décents et un
recentrage sur l’objectif de réduction de la pauvreté à l’horizon 2015 ou
au-delà.
Si l’on se réfère aux déclarations récentes du Directeur général sortant de l’OMC,
le thaïlandais Supachai Panitchpakdi, le cycle de négociation actuel (Doha) qui
dure depuis quatre ans est « au point mort ». L’ambassadeur néozélandais, Tim
Groser, qui préside le volet « agriculture » et terminant son mandat en fin août
2005, ne fait pas dans le détail. Il parle de « blocage ». L’ambassadeur
icelandais Stefan Johannesson qui préside les négociations sur les barrières
tarifaires et non tarifaires relatives aux biens manufacturés enfonce le clou en
annonçant que les « négociations ont atteint une impasse ». Aucune convergence
sur les six différentes formules mathématiques portant sur l’élimination des
barrières tarifaires. Les responsables sortant de l’OMC se retrouvent dans une
situation inconfortable de transmission d’un héritage et d’un mode opératoire au
sein de l’OMC qui a finalement amené les négociations à une paralysie. L’absence
de confiance entre les partenaires est d’ailleurs perceptible. Il faut croire
que la formule mathématique devant appréhender le niveau de concession que
chaque Etat-membre doit accepter au niveau de barrières tarifaires ne recueille
pas l’adhésion souhaitée sur un plan global. Ne faut-il pas carrément oublier
ces formules ou les remettre en selle au niveau d’une région, d’un groupe
restreint d’Etats-membres ou d’un groupe d’agents économiques intéressés par le
développement d’un secteur particulier ?
Aussi les espoirs suscités par l’Agenda du développement de Doha se sont
graduellement transformés en une difficulté majeure pour les 148 Etats-membres
de l’OMC de trouver un consensus opérationnel. On ne peut passer sous silence un
tel bilan avant la prise de fonction du Directeur général désigné, le français
Pascal Lamy qui prendra fonction le 1er septembre 2005. Il est clair maintenant
que tout progrès ne passera plus uniquement par une négociation centralisée et
mondiale. Le régionalisme doit venir au secours des négociations globales.
Peut-être qu’il faudra revoir l’approche américaine du « fast track » où les
dossiers sur le commerce sont soumis aux parlementaires américains sous la forme
d’une solution « à prendre ou à laisser » ? Cette possibilité d’approbation des
dossiers commerciaux est ouverte jusqu’à la mi-2007 mais rien ne présage d’une
quelconque conclusion à temps des négociations actuelles, ni d’une approbation
automatique par les parlementaires américains. Il faut nécessairement introduire
plus de flexibilité en tenant compte des niveaux de développement des groupes
régionaux.
2. Bilan mitigé à l’OMC entre 2001 et 2005 et besoin d’originalité
La vieille séparation entre pays industrialisés et pays en développement est
devenue obsolète sans que pour autant les alliances et les groupes au sein de l’OMC
n’en aient pris conscience. Il n’est plus possible de trouver un consensus
durable, entre autres, sur les subventions agricoles sans promouvoir d’abord des
négociations au niveau de groupes régionaux avant des les clôturer au plan
global. Il s’agit en fait de l’approche du « bas vers le haut » qui n’a pas
encore vraiment été expérimentée à l’OMC. Par exemple au niveau de
l’agriculture, les pays émergents asiatiques (Chine ou Inde) qui fonctionnent
sur la base d’un système de production agricole pas toujours très performant, ne
peuvent se passer de subventions alors que certains pays d’Amérique Latine
(Brésil, Argentine) qui disposent justement d’une agriculture performante,
tendraient à accepter plus facilement de réduire les subventions accordées au
niveau national. L’Afrique subsaharienne tend à avoir une position
structurellement « protectionniste » selon le motif qu’il faille éviter de
bloquer l’émergence d’une forme locale d’industrialisation au nom d’une certaine
équité mondiale. Toutes ces considérations qui ont des conséquences directes sur
la vie des milliers de personnes et le niveau de pauvreté doivent pouvoir être
prises en compte. Il faut espérer que les Etats-Unis, dans leur rôle de
« leadership mondiale », fassent le premier pas en annonçant unilatéralement le
début de la fin des subventions sur les produits agricoles au plan domestique.
Le riz et le coton serviront de tests en attendant des concessions volontaires,
sélectives et graduelles des PI et des PE en faveur des PFI. L’érosion des
barrières tarifaires devrait rapidement se généraliser, offrant alors une
véritable avancée vers la libéralisation du marché mondial et la promotion d’une
société ouverte.
Toute la crise de la mise en œuvre de l’Agenda du développement de Doha repose
en fait sur le refus des pays à forte capacité d’influence de négocier sans
contrepartie. Rares sont les propositions qui tiennent compte de la situation
réelle des populations qui sont les premières touchées dans ce jeu du commerce
mondial où les pays offrant des matières premières non transformées sont
pénalisées par rapport aux pays qui peuvent offrir des biens manufacturés. Entre
1970 et 2004, la plupart des matières premières non transformées, sauf le
pétrole et autres minéraux de valeurs, ont perdu près de 60 % à 70 % en valeur,
ceci en référence aux termes de l’échange défavorables.
De plus, près de 75 % des biens échangés sont des biens manufacturés, ce dont ne
dispose pas l’Afrique de manière générale. Accepter le principe de la réduction
graduelle des subventions agricoles des pays riches avec en contrepartie une
libéralisation importante des économies des PFI, et de l’Afrique subsaharienne
en particulier, qui se traduirait par la suppression des taxes sur les biens
manufacturés, peut se révéler n’être qu’une opération négative pour les
populations africaines et risquent d’aggraver la pauvreté.
En effet, si l’essentiel des biens échangés par l’Afrique se retrouve dans les
25 % de produits non-manufacturiers échangés, alors toute ouverture des pays
africains pour accepter une part importante des 75 % de produits manufacturiers
échangés mondialement se résumera à se laisser envahir par la surproduction des
produits des pays riches, ceci dans un cadre légalisé. Il n’est même pas
possible, compte tenu de l’état des services de régulation en Afrique
subsaharienne et des rapports d’influence ambiants, de proposer d’aller vers des
clauses de sauvegarde ou même de s’ajuster par des compensations. En effet, les
pays pauvres seront submergés en un temps record, parfois avec l’assentiment de
quelques dirigeants locaux. A terme, ceci ne peut que se faire au détriment de
la partie vulnérable de la population des PFI avec les risques sur la paix et la
sécurité au plan mondial. L’impossible solidarité effective des PI vers les PFI
contribuera immanquablement à l’accroissement des inégalités et de la pauvreté,
ce qui est contraire à l’esprit des objectifs pour le millénaire du
développement promus par Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations Unies.
L’échec de la conférence ministérielle de Cancun (2003) plane donc sur la
conférence ministérielle de Hong Kong (décembre 2005) si le mode opératoire des
négociations, basé en principe sur une forme de dramatisation des relations « dons-contredons »
entre pays industrialisés et pays en développement, continue de favoriser une
viscosité décisionnelle généralisée. Le blocage actuel n’est que le reflet d’un
fossé « commercial » et des inégalités dans les rapports d’influence qui
militent contre des règles équitables de régulation du commerce mondial. Le
bilan de l’actuelle direction de l’OMC est finalement bien maigre. Les retards
se sont accumulés sur les grands dossiers que sont : 1. L’agriculture, 2. Les
biens manufacturés et les services. Sur ces grands dossiers, la facilitation des
échanges en faveur des PFI prend la forme de la suppression/réduction des
subventions à l’exportation, des subventions nationales et de l’accès sélectif
de la production de ces pays au marché des pays industrialisés avec, en
contrepartie, l’ouverture des PFI aux productions des pays industrialisés.
En réalité, seul l’accès au marché des pays industrialisés semble connaître
quelques développements positifs dans un cadre bilatéral en référence aux
opportunités offertes par les textes de l’AGOA des Etats-Unis. Si on exclut les
hydrocarbures, le pétrole en particulier, seulement 10 % de l’AGOA profitent à
l’Afrique. Quelques réussites dans la filière textile et habillement, notamment
au Lesotho et à Madagascar, sont à mettre au crédit de cette initiative
américaine. Le total des exportations de ces deux pays sous AGOA entre 2001 et
2004 est passé de 130 à 448 millions de $ US pour le Lesotho et de 92 à 314
millions de $ US pour Madagascar. Toutefois, la diversification en dehors de la
chaîne de valeur coton/textile/habillement doit rapidement prendre le dessus
pour qu’AGOA ne soit pas qu’un système de régulation des importations
américaines, avec en filigrane une volonté de sécurisation des
approvisionnements en hydrocarbures et produits dérivés.
3. Vers une refondation de l’OMC
Au-delà de la formule mathématique qui sera éventuellement retenue pour calculer
les concessions acceptables de part et d’autre sur le dossier « agriculture »,
la réussite des négociations commerciales en cours dépend fondamentalement de la
volonté politique des PI de faire des sacrifices. Ils doivent se rappeler qu’ils
sont, avec les nouveaux pays émergents, les seuls à avoir unilatéralement tiré
le meilleur parti des précédents cycles de négociations. Deux questions viennent
alors à l’esprit.
1. Est-ce que les principaux pays riches (Etats-Unis, Union européenne, Japon,
Canada) accepteraient de réduire unilatéralement et sans contrepartie les
subventions et autres protections déguisées de leur agriculture ? La réponse
reste à ce jour négative. Les pays riches souhaiteraient en contrepartie, que
les PED, notamment les pays émergents, accordent sur leurs marchés nationaux un
accès élargi aux biens manufacturiers et aux services des PI. Les principaux
pays concernés, à savoir la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du sud ne
semblent pas vraiment disposés à faire des concessions si les règles ne reposent
pas sur la prévisibilité et l’équité et une réciprocité effective.
2. Est-ce que les pays faiblement industrialisés accepteront un calendrier où le
démantèlement des barrières tarifaires locales et régionales sera présenté en
marge d’un programme de montée en phase de leur capacité productive existante ou
à venir ? Bref, toute protection temporaire devrait servir à une mise à niveau
des capacités productives et commerciales afin de pouvoir profiter pleinement
des opportunités offertes par le processus de globalisation accélérée des
échanges et de l’économie mondiale. La définition des pays faiblement
industrialisés reposerait sur une période d’au moins 5 ans sur deux critères
principaux :
1. pays dont la part dans le total du budget annuel national réservée à la
promotion du secteur agricole est inférieure à 10 % et,
2. pays dont la valeur ajoutée manufacturière est inférieure à 17 % du produit
intérieur brut (PIB).
Il va de soi que toutes combinaisons et pondérations de cette nouvelle
classification, qui viendrait entériner les pratiques en cours, pourrait
relancer sur de nouvelles bases les négociations sur « l’agriculture », suivie
par les « biens industriels et les services ».
Tout progrès sérieux passe donc par une segmentation des négociations en quatre
sous-dossiers principaux :
1. une négociation entre les PI et les PE sur chacun des trois dossiers
mentionnés plus haut ;
2. une négociation entre les PI et les PFI ;
3. une négociation entre les PE et les PFI ; et enfin :
4. une négociation globale pour faire émerger les grands axes de ses discussions
régionales et sectorielles.
Il serait préjudiciable pour la poursuite des négociations commerciales de ne
pas tenir compte de la nouvelle donne que constitue le besoin de négocier en
tenant compte de cette nouvelle classification des Etats-membres. Plus de 75 %
des Etats-membres sont classés parmi les PED. Il va de soit que sur le dossier
« agriculture », la réponse qui sera apportée à la question graduelle des
subventions des PI à leurs agriculteurs sera modulée selon un calendrier qui
devra tenir compte des pertes sèches pour les paysans africains du fait de la
concurrence déloyale et des termes de l’échange structurellement défavorables
depuis plus de 35 ans pour les produits non transformés africains.
Il ne sera pas possible d’aller à des négociations sans un mandat clair de
chacun des protagonistes. Cela paraît trivial mais plusieurs voix africaines
s’élèvent pour dénoncer la situation en Europe. En effet, nul ne mettrait en
doute la volonté du commissaire européen, Peter Mandelson, de favoriser la
libération des échanges. Toutefois, il faut se rendre à l’évidence que ce
dernier n’a pas de mandat clair. Dans la pratique, chaque pays de l’UE se
réserve en fait le droit de renforcer par des mesures de plus en plus non
tarifaires, l’accès sélectif des produits non-manufacturiers, manufacturiers et
les services en provenance de l’Afrique sur son marché. Lorsque le mandat existe
comme dans le cas des Etats-Unis, alors la sélectivité des produits a été
institutionnalisée pour l’Afrique subsaharienne (plus de 6000 produits) dans le
cadre de l’AGOA. Le protectionnisme se lit alors sous le vocable « produits
sensibles », « produits spéciaux »…
Cette forme d’ouverture sélective et de libéralisme préférentiel repose sur la
nécessité de mettre en concurrence les pays en développement (PE et PFI) entre
eux afin de niveler les prix par le bas. Outre la division structurelle du
travail avec les tâches subalternes réservées à l’une des mains-d’oeuvre les
moins chères dans le monde, ce libéralisme tend à faire de l’Afrique un
instrument de l’ajustement des surplus agricoles des PI, résultante d’une
productivité et d’une autosuffisance alimentaire réussies des pays riches. Le
revers de cette performance est que le surplus doit se déverser quelque part, si
possible à coût de subventions, une véritable concurrence déloyale vis-à-vis des
paysans et des populations africaines défavorisées et privées de subventions
locales. Le coton est un exemple typique. Il faut savoir qu’il est extrêmement
difficile d’exporter de la viande ou des produits laitiers vers l’Union
européenne en provenance d’Afrique du fait d’un système de protection
extrêmement sophistiqué. Là encore, au plan européen, il s’avère difficile
d’attendre une évolution rapide sur une refondation de la politique agricole
commune si, au niveau national, certains pays européens n’entendent faire
évoluer ce dossier qu’après de nouvelles élections présidentielles.
Conclusion : réaliser l’agenda de Doha à Hong Kong
Tout succès au cours de la conférence ministérielle de Hong Kong reposera sur la
volonté des parties en présence d’introduire de la flexibilité dans les
exigences de contreparties sur le dossier « agricole ». La levée simultanée des
subventions agricoles des PI à l’endroit des PFI sonnera enfin l’ère de
l’engagement réel des PI de faire des sacrifices dans le commerce mondial. Il
s’agira alors, sans doute, de la plus significative mise en pratique de bonnes
intentions du G 8. Cela devrait agir comme un effet de levier sur la création de
richesse au profit des PFI. Cet accélérateur de la réduction du fossé commercial
ne peut qu’augmenter les chances d’atteindre les objectifs du millénaire du
développement des Nations Unies et de contribuer « proactivement » à
l’éradication de la pauvreté. Tout blocage du dossier « agriculture » risque de
paralyser les autres dossiers en négociation. La flexibilité pourra s’apparenter
à :
1. Des suppressions graduelles des protections des PI sans contrepartie pour les
PFI ;
2. La suppression graduelle des protections des PE sans contreparties pour les
PFI ;
3. La suppression graduelle des protections des PI avec des contreparties pour
les PE ;
4. L’autolimitation des exportations des PE vers les PI dans le cadre de normes
de progressivité acceptées d’un commun accord.
La contractualisation de ces quatre ententes devrait être soutenue par un
calendrier précis de mise en œuvre et d’un fonds d’assistance technique
permettant de soutenir la préparation des dossiers pour les pays manquant de
capacités. Ce fonds devrait aussi permettre de soutenir les demandes diverses de
renforcement des capacités commerciales et productives des PFI et d’aider à la
constitution de dossiers juridiques pour soumission à l’Organe des règlements
des différents de l’OMC en cas de non-respect des engagements pris par les
parties.
Cette approche pourrait après une période « rodage » de 12 mois servir de
nouveau cadre transparent de travail. Les pays émergents pourraient
éventuellement demander des exceptions à ces nouvelles règles si des engagements
concrets vis-à-vis des PFI, notamment dans le cadre d’actions en faveur de
l’intégration régionale ou de la coopération sud-sud, sont reconnues et saluées
par toutes les parties en présence.
Compte tenu du poids et du rôle des réseaux d’influence (lobbies), les PFI, ceux
d’Afrique saharienne en particulier, devraient s’organiser pour faire émerger
une association de veille sur les capacités productives et commerciales des PFI
à l’instar de l’association des industriels européens. En attendant cette
échéance, les organisations non gouvernementales comme OXFAM, très actives sur
les dossiers du commerce, pourraient trouver là l’occasion de soutenir les PFI.
Toutefois, ces derniers, tout en continuant leur plaidoyer pour une réforme et
une modernisation de l’OMC au niveau global, ne peuvent faire l’économie de la
mise en œuvre d’une approche cohérente aux plans régional et national. Cela
passera nécessairement par une plus grande flexibilité sur les règles d’origine
qui ne peuvent demeurer des exceptions tant dans « l’AGOA » que dans « Tout sauf
les armes » de l’Union européenne. Il s’agira principalement d’aller dans le
sens de la refondation structurelle des capacités productives et commerciales
basées sur un système consultatif national et régional public-privé, un
véritable préalable à l’adoption des stratégies et politiques de développement
commercial et industriel, basées sur des observatoires de veille de la
compétitivité et de l’emploi. Il est question d’organiser la mise à niveau
permanente des PFI pour faire face à la concurrence internationale en jouant sur
la créativité, l’innovation et la diversification vers des activités non
traditionnelles et intégrant le maximum de valeurs ajoutées.
La politique nationale portant sur le développement commercial, industriel et de
l’emploi décent pourra de moins en moins évoluer en isolation de celle promue
aux niveaux global et régional. En prendre conscience, c’est faire preuve
d’anticipation et de modernité. Les PFI en sont capables s’ils font entendre
leurs voix à l’OMC.
23 juillet 2005
Par Yves Ekoué Amaïzo
Auteur et Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement
industriel (ONUDI).
Candidat à l’un des quatre postes de Directeur Général Adjoint de l’OMC
Il s’exprime ici à titre personnel.
1. Source: WTO Annual Report 2003, p. 32.
2. Alan Beattie, « WTO. Waning expectations : agreement on trade
remains remote as time trickles away », in Financial Times, 18th July 2005, p.
9.
3. Yves Ekoué Amaïzo, « Réussir la réforme de l’OMC avec
l’Afrique », voir www.afrology.com (économie)
4. World Bank, World Development Indicators 2005, “Commodities”,
pp. 332-333.
5. WTO, International Trade Statistics 2004, p. 115.
6. AGOA : loi visant à ouvrir de manière sélective et sans
contrepartie officielle le marché américain aux produits africains.
7. Jens Andersson, Federico Bonoglia, Kiichiro Fukasaku and
Caroline Lesser, Trade and structural adjustment policies in selected developing
countries, OECD Development Centre, Working Paper n° 245, July 2005, pp. 31-36.
8. US International Trade Commission : voir http://reportweb.usitc.gov/Africa/trade_data.jsp
and www.agoa.gov
9. Oxfam international, « Stitched up: How rich-country
protectionism in textiles and clothing trade prevents poverty alleviation »,
Briefing Paper, n. 60.
10. WTO Secretariat, «Options for Least-developed countries to
improve their competitiveness in the textiles and clothing business », Sub-Committee
on LDCs, 28 June 2005,
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Yves Ekoué Amaïzo
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