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L’OMC : De
Doha à Hong-Kong via Genève (II)
1. Rétroactes
-
En 1994, les « Accords de Marrakech » sont signés par les
gouvernements qui les ont négociés. Ils donnent naissance à l’OMC qui succède au
GATT et est dotée de pouvoirs considérables qui en font l’institution
internationale la plus puissante du monde. Ils contiennent, dans un certain
nombre de domaines (agriculture, droits de propriété intellectuelle, services,
…), des dispositions qui n’ont avec le commerce qu’un rapport indirect, mais qui
confèrent à l’OMC la capacité d’intervenir dans tous les actes de la vie
quotidienne. Par la volonté des gouvernements occidentaux, la mondialisation
néolibérale est désormais en marche.
-
En 1995, les « Accords de Marrakech », après avoir été
ratifiés par les parlements nationaux, entrent en vigueur.
-
En 1996, les pays industrialisés demandent l’ouverture d’un
nouveau cycle de négociations afin de libéraliser les pratiques liées à
l’investissement, aux marchés publics, à la concurrence et à la facilitation des
échanges. Lors de la conférence ministérielle de l’OMC à Singapour, les pays en
développement s’y opposent.
-
En 1999, les pays riches veulent lancer un cycle de
négociations extrêmement ambitieux, baptisé « cycle du Millénaire ». Lors de la
conférence ministérielle de l’OMC à Seattle, les pays en développement refusent.
-
En 2001, en utilisant des pratiques contraires aux règles de
l’OMC et en usant du contexte de l’après 11 septembre, lors de la conférence
ministérielle de l’OMC à Doha, les pays industrialisés parviennent à imposer le
lancement d’un cycle de négociations qu’ils baptisent « Agenda de Doha pour le
Développement ». Ce programme contient notamment les matières refusées à
Singapour.
-
De 2001 à 2003, les négociations du programme de Doha
bloquent sur tous les dossiers : sur ceux qui intéressent les pays en
développement parce que les pays riches n’acceptent pas de rencontrer les
attentes du Sud et sur ceux qui intéressent les pays riches parce que les pays
en développement se heurtent au protectionnisme du Nord.
-
En 2003, aucun des blocages n’est levé et la conférence
ministérielle de Cancun échoue.
-
En 2004, après avoir réussi à diviser les pays en
développement, les pays riches obtiennent en juillet, à l’occasion d’une réunion
du Conseil général de l’OMC (instance qui réunit les ambassadeurs des États
membres avec des pouvoirs équivalents à une conférence ministérielle – instance
à laquelle des ministres peuvent participer s’ils le souhaitent) un accord sur
un cadre pour la relance des négociations. Ce « cadre de juillet » porte
essentiellement sur quatre dossiers : l’agriculture, les produits non agricoles
(NAMA), les services, les questions de développement. L’objectif est de
parvenir, en un an, à un accord « proche de ce qui est requis »
(« approximation » en anglais) sur ces quatre dossiers.
2. Le Conseil général des 27-29 juillet 2005
Un an après l’accord sur le « cadre de juillet », la réunion qui devait
déboucher sur un « accord proche de ce qui est requis » s’est terminée sans
aucun résultat sur les quatre dossiers de juillet 2004. Cette absence
d’accord a minima intervient quatre mois et demi avant la conférence
ministérielle de Hong Kong où les pays industrialisés espèrent enregistrer
des accords permettant la réalisation, fin 2006, du programme de Doha. Mais
il ne reste, en fait, que 12 semaines de négociation programmées. Cet échec
des pays riches a lieu en dépit de la présence du ministre US, du
Commissaire européen (négociateur unique au nom des 25 Etats membres), des
ministres du Japon et de Hong Kong.
Ce blocage a lieu au moment où M. Pascal Lamy succède à M. Supachai
Panitchpakdi à la tête de l’OMC comme directeur général. Le Conseil général
a enregistré l’annonce par Pascal Lamy des quatre directeurs généraux
adjoints qu’il a nommés : Alejandro Jara (Chili), Valentine Ruwabiza
(Rwanda), Harsha Vardhana Singh (Inde), Rufus Yerxa (USA). Le Conseil
général a également désigné les personnes en charge de responsabilités lors
de la 6e conférence ministérielle : elle sera présidée par Hong Kong assisté
de l’Autriche, de la Barbade et du Nigeria. Les USA et Israël ont exprimé
des réserves quant à l’octroi à la Ligue des Pays Arabes du statut
d’observateur lors de la conférence.
Mme Amina Chawahir Mohamed (Kenya), qui préside actuellement le Conseil
général, tout en refusant de parler de «crise», a indiqué qu’une réussite à
Hong Kong réclame trois conditions :
- une meilleure utilisation du temps disponible, ce qui signifie à ses yeux
réduire les autres activités de l’OMC pour pouvoir se concentrer sur les
négociations, éviter les réunions hors Genève ;
- une amélioration de la transparence et de la participation de tous, en
particulier des petits pays et des pays les plus pauvres ;
- une réelle volonté politique.
Pour Mme Amina, les objectifs pour Hong Kong demeurent inchangés : un accord
sur les termes de la négociation pour l’agriculture et le NAMA, une « masse
critique » d’offres de haute qualité dans le domaine des services et une
contribution significative aux aspects développement dans tous les domaines
en négociation. Elle a souligné également l’importance pour les pays
africains, pays les moins avancés (PMA) comme pays ACP, d’obtenir des
progrès dans le dossier du coton. Quant à M. Supachai, qui quitte la
direction de l’OMC pour celle de la CNUCED, il a déclaré que la situation
est « déconcertante, mais pas désastreuse » !
3. Etat des lieux et positions respectives
3.1 Petit glossaire : le jargon des négociations demande une connaissance de
certaines expressions et de certains sigles :
FIPS : “Five Interested Parties”, cinq pays concernés par le dossier
agricole : un groupe inspiré par l’UE, les USA et l’Australie pour distraire
l’Inde et le Brésil des coalitions dont ces deux pays faisaient partie.
G10 : un groupe de 10 pays qui sont importateurs nets de produits
agricoles : Bulgarie, Corée, Islande, Israël, Japon, Liechtenstein, Maurice,
Norvège, Suisse et Chine-Taiwan.
G20 : un groupe de 20 pays créé à la veille de la conférence de Cancun pour
empêcher qu’un accord préalable intervenu entre l’UE et les USA qui
méconnaissait totalement les intérêts de ces 20 pays devienne la règle de l’OMC
et pour maintenir un espace pour une négociation agricole qui face droit aux
préoccupations de ces pays : Afrique du Sud, Argentine, Bolivie, Brésil,
Chili, Chine, Cuba, Égypte, Guatemala, Inde, Indonésie, Mexique, Nigeria,
Pakistan, Paraguay, Philippines, Tanzanie, Thaïlande, Venezuela, Zimbabwe.
G33 : un groupe d’environ 40 pays en développement qui se préoccupe
prioritairement de l’impact de la libéralisation sur la petite paysannerie.
PMA : Pays les Moins Avancés : il s’agit, selon une classification de l’ONU,
des pays les plus pauvres du monde.
ACP : les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Groupe de Cairns : pays exportateurs de produits agricoles qui n’accordent
ni aides internes, ni subventions à l’exportation.
Boîte verte : mesures de soutien à la production agricole considérées comme
ne faussant pas les échanges et donc autorisées sans restriction.
Boîte bleue : mesures de soutien liées à la production agricole autorisées
sous réserve de limitations de la production et n'ayant par conséquent qu'un
effet de distorsion minimal sur les échanges.
Boîte orange : mesures de soutien à la production agricole considérées comme
faussant les échanges et donc soumises aux engagements de réduction.
3.1 Agriculture
C’est le dossier-clé. Si un accord intervient sur l’agriculture, cela
signifiera que les pays du Sud auront obtenu suffisamment pour, en
compensation, être disposés à des concessions sur d’autres dossiers. Le
rapport présenté à Genève, et accepté par tous, fournit une indication de
l’état des négociations dans chacun des trois « piliers » (subventions à
l’exportation, aides internes, accès au marché) :
- sur les subventions à l'exportation : avancées et blocages
-- l’UE s’est engagée à fournir une date crédible pour la fin du
démantèlement progressif de ses subventions à l’exportations ; d’autres
engagements sont attendus quant aux crédits à l’exportation, mais des
blocages demeurent en ce qui concerne les entreprises commerciales publiques
et l’aide alimentaire ;
-- les USA continuent à bloquer sur la commercialisation de l’aide
alimentaire ;
- sur les aides internes : blocage total
-- boîte orange : UE, USA et Japon font, chacun à leur manière de
l’obstruction sur le pourcentage de réduction de leurs aides,
-- boîte bleue : UE et USA bloquent sur l’élargissement convenu des critères
d’octroi de ce type d’aides,
-- boîte verte : tout le monde bloque ; un renforcement des critères de
nature à empêcher des aides qui ne répondraient pas au statut prévu par
cette boîte suscite des réactions identiques avec des motivations
contradictoires : UE et USA les refusent pour maintenir les aides qu’ils
fournissent actuellement ; les pays en développement veulent conserver une
capacité de soutenir leurs différents secteurs agricoles.
- sur l'accès au marché : déblocage partiel
-- le G20 a présenté une formule pour la réduction du niveau des droits de
douane et des quotas limitant le niveau d'importation ; cette formule a été
acceptée lors de la réunion mini-ministérielle de Dalian (voir « De Doha à
Hong Kong, via Genève I » sur www.urfig.org, Hong Kong) comme la base des
discussions futures. Cette formule est à mi chemin de celle défendue par
l’UE et le G10 et de celle proposée par les USA, l’Australie et la Nouvelle
Zélande.
-- le G33 a introduit une liste de produits spéciaux et de biens de
consommation qui échapperaient à une réduction significative des tarifs
douaniers ; il a également proposé un mécanisme spécial de sauvegarde qui
permettrait aux pays de ce groupe d’élever les tarifs douaniers pour se
protéger contre le dumping. Le G33 a été invité à fournir des critères pour
la sélection des produits spéciaux se référant à la sécurité alimentaire et
au développement rural.
3.2 NAMA
La négociation sur l’accès au marché des produits non agricoles tourne
autour d’une formule de réduction des tarifs douaniers. Une écrasante
majorité de pays en développement qui avaient exprimé une très forte
opposition à Cancun à toute négociation sur cette question ont été
contraints de participer maintenant à un consensus sur l’application d’une
formule de réduction. En effet, les pays industrialisés et certains pays
émergents ont poursuivi les discussions, en dépit de l’absence du consensus
exigé par les règles de l’OMC.
La formule que veulent imposer les pays industrialisés s’appliquerait à tous
les produits et soumettrait les tarifs douaniers les plus élevés à une
réduction proportionnellement plus élevée que les tarifs douaniers les plus
bas. Cette formule désavantagerait les pays en développement qui ont
maintenu des tarifs plus élevés que les pays industrialisés et qui en
retirent des ressources importantes. Des formules alternatives ont été
proposées introduisant des coefficients différents selon les cas. Toute la
discussion porte désormais sur ces coefficients, ce qui, selon certains
observateurs, rend vraisemblable un accord dans les prochaines semaines.
Cependant, la négociation est compliquée par l’introduction de propositions
visant à supprimer des « barrières non tarifaires », c’est-à-dire
d’interdire certaines réglementations nationales qui contrarient l’accès au
marché.
3.3 Services
Les pays riches considèrent que le mécanisme des demandes et des offres
introduit à Doha (voir « De Doha à Hong Kong, via Genève I » sur
www.urfig.org, Hong Kong) pour la mise en œuvre de l’AGCS continue à
produire des résultats trop modestes. Ils veulent s’assurer que chaque pays
présente une liste de services à libéraliser satisfaisante en quantité
(nombre de secteurs proposés) et en qualité (degré de libéralisation). C’est
le sens de la proposition européenne déposée en juin dernier. Elle se heurte
à une forte opposition, africaine en particulier.
La résistance des pays en développement observée jusqu’ici est affaiblie par
une division intervenue entre ceux qui continuent de refuser à présenter des
demandes et des offres et ceux qui, comme le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan
ou les Philippines, n’expriment plus cette opposition de principe parce
qu’ils introduisent le mode 4 (le mouvement de personnel, c’est-à-dire, pour
utiliser une expression popularisée par la directive Bolkestein, le principe
du pays d’origine) dans la négociation globale. En d’autres termes, si l’UE
et les USA font des offres significatives sur le mode 4, ces pays seraient
disposés à plus de flexibilité sur l’agriculture et le NAMA.
L’UE semble prête à avancer assez loin dans cette voie, tandis que les USA,
officiellement tout du moins, manifestent plus de réserve. Mais cette
réserve est peut-être destinée à une opinion publique américaine où dominent
des sentiments anti-immigrants. Il est manifeste qu’UE comme USA
privilégient le même souci patronal d’augmenter les possibilités d’une main
d’œuvre à bon marché.
La question du mode 4 pourrait ainsi débloquer l’ensemble de la négociation.
4. Quelles perspectives pour le programme de Doha ?
4.1 Les éléments d’un scénario
Bien savant celui qui pourrait aujourd’hui affirmer que les bases de la
réussite sont réunies, comme prétendre que le sont les conditions de
l’échec.
Dans chacun des trois dossiers passés en revue, les éléments de convergence
s’alignent de la même manière que les causes durables de blocage.
Deux constats s’imposent cependant :
a) aucun pays n’est prêt-à-porter la responsabilité d’un nouvel échec. Ce
facteur, qui fut une des raisons de l’accord de Doha deux ans après Seattle,
peut être déterminant ;
b) les pays industrialisés, et surtout les Européens, veulent protéger l’OMC
des effets d’un nouvel échec.
Un scénario circule à Genève : celui d’un déblocage, lors du Conseil général
d’octobre, du dossier agricole par des concessions (avec application
différées dans le temps) des Européens sur les subventions aux exportations
et des Américains sur la commercialisation de l’aide alimentaire. UE et USA
annonceraient également un effort immédiat sur le mode 4 de l’AGCS. De
telles évolutions pourraient créer une dynamique qui marginaliserait
partiellement les résistances. La voie serait alors dégagée pour un accord
minimal à Hong Kong, laissant libre la perspective d’une négociation finale
du programme de Doha. La possibilité d’une ample libéralisation à terme dans
tous les domaines couverts par ce programme serait ainsi maintenue.
Ce scénario catastrophe n’est pas du tout à exclure, car il sauve l’OMC et
préserve les chances d’une négociation finale sur le programme Doha. Si le
prix à payer est un accord limité lors de la conférence de Hong Kong, il
semble qu’UE et USA soient prêts à le payer.
En fin de compte, tout réside une nouvelle fois dans la volonté et la
capacité de résistance des pays du Sud.
4.2 Le « facteur Lamy »
L’arrivée, le 1 septembre, de Pascal Lamy à la direction générale de l’OMC
constitue un facteur déterminant pour la suite des négociations. Peut-il
réussir ce qui a échoué à Seattle et à Cancun ?
A son crédit, il y a sa maîtrise parfaite des dossiers et son expérience :
il a été pendant cinq ans le négociateur unique de l’Union européenne à l’OMC
et pour toutes les négociations commerciales bilatérales ou plurilatérales
de l’Union. C’est un négociateur redoutable et un habile manoeuvrier. Son
élection à la tête de l’OMC en est l’illustration. Il a réussi à forger sur
son nom une alliance Nord-Sud en divisant les pays en développement dont il
sait comment manipuler les plus faibles (la fameuse initiative « Tous sauf
les armes » en fut l’illustration la plus spectaculaire). Il connaît
parfaitement les points faibles des trois groupes rassemblant les pays en
développement : G20, G33 et PMA. Il est rompu aux négociations longues et
n’hésite pas à recourir aux séances de nuit pour l’emporter. Résolument
soutenu par les pays riches, il connaît aussi le monde des ONG où il a
réussi à séparer les « réformistes » des « radicaux » en se montrant
accessible aux ONG qui entretiennent les illusions d’un « dialogue
constructif » avec un homme qui pourtant n’a jamais modifié son point de vue
d’un iota.
A son débit, il y a sa conviction de détenir la vérité et d’être investi
d’une mission. Ce qui le conduit parfois à ne pas mesurer exactement
l’importance des obstacles et surtout à se laisser aller à beaucoup
d’arrogance et d’intransigeance.
On peut compter sur lui pour consacrer toute l’énergie et tous les moyens à
sa disposition pour laver l’échec qu’il a subi à Cancun.
5. Les prochaines échéances
-
les G20 et G33 se réunissent du 8 au 10 septembre au Pakistan ; -
une session spéciale de négociations sur le dossier agricole
aura lieu du 13 au 18 septembre ; -
une session spéciale de négociations sur le NAMA aura lieu du
19 au 23 septembre ; -
deux sessions spéciales de négociations sur les services
(AGCS) auront lieu du 19 au 23 et du 26 au 30 septembre; -
une « mini-ministérielle » (réunion informelle où ne participent que les
ministres invités) aura lieu dans la première quinzaine d’octobre à Genève ; -
le Conseil Général se réunira du 19 au 20 octobre ; si un
accord intervient, les termes serviront de base au projet de déclaration
ministérielle qui sera soumis à la conférence de Hong Kong; -
une mini-ministérielle est prévue en novembre en Corée ; -
la 6e conférence ministérielle aura lieu les 13-18 décembre à Hong Kong.
6. De quoi s’agit-il ?
Au-delà des discours convenus, de quoi s’agit-il ? Quel but poursuivent ceux
qui veulent que les négociations aboutissent ? Au profit de qui ? Il n’y a
qu’un objectif : ouvrir les marchés. Au profit d’une seule catégorie de
pays : ceux qui ont quelque chose à exporter.
Ouvrir les marchés du Sud aux produits agricoles d’Europe, des USA et des
pays du groupe de Cairns ; ouvrir les marchés du Sud aux produits
industriels des pays du Nord, ouvrir les marchés du Sud aux entreprises
fournisseurs de services d’Europe et des USA. Ils appellent ça le
libre-échange. Et ils prétendent que plus il y a de libre-échange, plus il y
a de richesse répartie.
Or, contrairement à ce matraquage idéologique du patronat et du complexe
politico-médiatique à son service, accroître le libre-échange ne profite pas
à tous. Après dix ans d’application des « Accords de Marrakech, on peut
reprendre cette formule de Carin Smaller (Institute for Agriculture and
Trade Policy) : « ceux qui ont besoin le plus sont en fait ceux qui perdent
le plus ». Le système commercial multilatéral n’a pas été conçu pour
améliorer le sort de l’humanité. Il a été mis en place pour transformer la
planète en un unique marché pour le bénéfice des plus puissants,
c’est-à-dire des entreprises transnationales qui contrôlent les Etats du
Nord et n’ont plus qu’un obstacle à franchir pour assurer leur toute
puissance : supprimer la souveraineté des peuples du Sud consacrée par la
décolonisation.
Les négociations à l’OMC apparaissent dès lors sous leur vrai jour qui
devrait préoccuper chaque femme et chaque homme sur cette terre : des
négociations pour la domination de la planète au profit d’un petit nombre.
Ce qui se passe à l’OMC est en fait le problème politique primordial. Ce qui
se passe dans chaque pays n’est que la conséquence de ce que nos
gouvernements – tous, quels qu’ils soient – ont négocié et négocient encore
dans cette enceinte.
Jusqu’ici, à Seattle comme à Cancun, la résistance est venue des seuls pays
du Sud. Mais les pressions exercées sur eux, en particulier par l’Union
européenne avec le plein appui constant des 25 gouvernements, sont énormes.
Tous les moyens sont bons et ils sont tous utilisés. Ils peuvent avoir
raison de cette résistance. Les quatre mois qui viennent peuvent être
décisifs.
Il y a urgence. Les citoyennes et les citoyens doivent impérativement
s’approprier ces questions que la plupart des partis politiques et des
syndicats ignorent ou négligent. Il y va de notre avenir. A nous de nous
battre comme nous avons été capables de le faire contre le Traité
Constitutionnel Européen avec les partis, les syndicats et les associations
qui prennent conscience du danger.
A moins que nous soyons prêts à la servitude dans ce « Meilleur des Mondes »
en préparation à l’OMC que nous annonçait déjà Aldous Huxley.
25 août 2005
Raoul Marc JENNAR
chercheur auprès du mouvement social
URFIG - www. urfig.org
© URFIG
Voir l’analyse intitulée « Un cadeau empoisonné aux pays les plus pauvres.
L’initiative européenne « Tout, sauf les armes » sur www.urfig.org,
documents URFIG, analyses, UE.
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