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La crise financière
internationale :
Quelques enseignements pour l’Afrique
La crise financière internationale s’est transformée en une crise mondiale
globale car elle a entraîné une crise économique, alimentaire, énergétique, et
climatique remettant en cause la gouvernance mondiale et s’est propagée à
travers le monde. Cette crise place le monde dans une situation critique, qui
nécessite de la part de tous les gouvernants et autres acteurs institutionnels
de prendre des mesures adéquates pour juguler les effets dévastateurs et pervers
de celle-ci, afin de limiter les effets du marasme et des récessions
économiques.
Cette crise est une excroissance des années de pratiques
d’une politique économique de type néolibérale qui a pris son essor dans sa
forme moderne à l’aube des années 80. Les Africains l'ont connu sous
l'appellation "Consensus de Washington" qui consacrait une nouvelle
vision économique de la conduite "globalisée" des affaires du monde. La
politique économique néolibérale mis en place a décrété une doctrine économique
dogmatique qui demandait aux Etats et gouvernants de renoncer à leur pouvoir de
régulation et de souveraineté dans la gestion de leurs économies. Ces pouvoirs
devront alors être transférer aux secteurs marchands et spéculatifs que sont les
entreprises, multinationales et financières. Le "marché" a été considéré comme
le seul régulateur automatique de la vie économique. La priorité donnée aux
actionnaires a eu pour conséquence que tous les autres acteurs de la vie
économique et sociale ont du se soumettre.
Cette crise financière provenant d'une dérégulation non
maîtrisée fonde la doctrine néolibérale et s'évertue à rechercher des
rentabilités spéculatives toujours plus importantes avec le risque que le couple
risque/rentabilité fasse la part belle au risque. La probabilité pour que ce
risque advienne n'a fait qu'augmenter puisque les éléments de précaution et de
prudence n'ont pas été observé.
Ainsi la technostructure financière internationale à la
recherche effrénée d’une hausse tendancielle des profits à créer une multitude
de produits financiers aussi complexes que sophistiqués. C’est ainsi que dans
cette veine, l’on a vu se créer les subprimes aux États-unis. Ce sont des prêts
immobiliers accordés à des particuliers les moins solvables et à des taux
d’intérêts variables, ceci en tablant sur la progression du marché de
l’immobilier et en postulant que le remboursement se fera sur la revente de la
maison. Les banques américaines détentrices de ces subprimes ont procéder alors
à la titrisation de celles-ci, c'est-à-dire ont transformé ces types de crédits
en produits financiers, produits de marché qu’elles ont vendues sur le marché
financier. Ces produits subprimes par le jeu de la sophistication financière ont
été introduits dans d’autres produits financiers sous formes de tranches dont
certaines sont de moins en moins sains sans qu'il soit permis d'identifier la
supercherie avant la "réalisation" effective. La hausse mécanique du coût
des crédits immobiliers inscrite dans les contrats de prêts immobiliers, a
précipité l’insolvabilité de certains ménages, les plus pauvres et vulnérables,
ce qui a provoqué la baisse du marché immobilier américain (l’effet inverse de
ce qui était escompté) et de ce fait à rendu insolvables des millions
d’emprunteurs. Comme ces subprimes ont été introduites dans des montages et
portefeuilles financiers, tel un virus, ils les ont contaminés.
On a assistait alors a une tourmente sur le marché bancaire
(UBS, MerrillLynch, Morgan Stanley, Citi, Barclays, Fortis, etc), créant la
panique. Le risque s’est alors rappelé brutalement et violemment à l’attention
des investisseurs qui sont alors partis dans l’autre extrême : adieu la
cupidité, bonjour la peur et le manque de confiance interbancaire !
Une crise de liquidité, c'est-à-dire une crise de défiance
s’est installée créant le credit crunch (resserrement très fort des services de
crédits par les banques), ce qui entraîna des difficultés de financement pour
les entreprises et surtout pour les banques elles-mêmes. Sur le marché
monétaire, les banques ne peuvent plus trouver d'argent auprès des autres
banques. C’est cet état des choses qui s'est transformé en la crise économique
mondiale qui sévit actuellement et qui risque de toucher plus durablement
l'Afrique par ses conséquences collatérales affectant les populations les plus
vulnérables.
Cependant, la crise financière internationale ne saurait
avoir pour seule cause, les subprimes, car ils ne représentent que 1300
Milliards de dollars, ce qui n'est qu'une "goutte d’eau" dans le monde
financier, au regard des sommes faramineuses d’argent qui circulent. C’est une
crise imputable à toute la technostructure néolibérale financière, où tous les
acteurs et métiers dans les domaines financiers ont leur part importante de
responsabilité tels que les autorités de régulation, les banques, les banques
centrales, les agences de notations, les traders, le FMI, etc.
Le système néolibérale a été ainsi imposé à pratiquement tous
les pays du monde, où on a vu apparaître les concepts tels que la globalisation,
libéralisation, compétitivité, dérégulation, privatisation, participant tous à
l’expansion d'un monde dérégulé et sans garde-fous, et présenté comme la panacée
à tous les maux et fléaux de humanité.
Cette politique d'un monde sans régulation a renforcé le rôle
des institutions multilatérales internationales telles que le Fonds Monétaire
international (FMI) et la Banque Mondiale (BM) en Afrique, singulièrement.
Celles-ci n'ont pas jugé nécessaire d'offrir cette possibilité aux pays
africains. Au contraire, ces institutions ont imposé des programmes
d’ajustements structurels aux pays africains, mis déjà en faillite par les
règles de marché iniques qui détérioraient les termes des échanges de leurs
économies surtout que la plupart des prix de leurs produits d’exportation étant
fixés par les acheteurs qui payent avec leur monnaie (Dollar États Unis ou
Euro).
Ces programmes d’ajustements avaient pour objectif d'aider
les pays africains à retrouver officiellement les grands équilibres
macro-économiques en octroyant des accès aux capitaux publiques notamment ceux
des pays du club de Paris pour financer et relancer leurs économies. En réalité,
l'essentiel de ces fonds n'ont pas atteint leur objectif comme l'a pu le
souligné plusieurs rapport d'évaluation de la Banque mondiale. De plus, la
pauvreté a servi plus à justifier des projets dont la composition en termes de
dépenses permettait de voir que l'essentiel des fonds retournaient vers le pays
occidentaux.
Ces programmes soumis à des conditionnalités coercitives ont
eu pour effet l’abandon de l’État dans son rôle stratégique de régulateur et de
soutien dans la relance de la croissance économique. Cela aurait permis de
préserver la confiance des acteurs économiques. Malheureusement, il n'est pas
moins vrai que la corruption de certaines élites au pouvoir en Afrique ont
contribué à justifier le contrôle permanent des institutions multilatérales et
bilatérales sur les économies africaines. Les responsabilités semblent partager
même si les institutions internationales qui n'ont pas atteint leur objectif ne
sont pas sanctionnées.
Les effets de cette politique néolibérale sont aujourd’hui
préjudiciables pour les pays africains qui se sont affaiblis sur tous les plans
tant au niveau économique que dans leurs poids au niveau des négociations
internationales où leurs avis et les intérêts des populations comptent peu.
Voici un continent qui de fait se voit imposer la plupart des accords
internationaux décidés par l’Occident.
En conséquence, au sein des pays africains vulnérables,
l’accroissement de la pauvreté avec pour corollaire la corruption, les fractures
sociales, la mauvaise gouvernance, etc. semblent se pérenniser.
Si dans les économies dites industrialisés, les effets de la
crise financière internationale se font sentir avec autant d’acuité à savoir
récession, licenciement massif, restriction budgétaire, désinvestissement, etc.,
dans les pays africains où la dérégulation a été imposée alors que de nombreux
dirigeants ne maîtrisent pas les leviers de leur économie pour avoir oublier de
soutenir les capacités productives et le secteur privé, les chances de résister
à cette crise économique ne sont pas moins existante, si les Africains
décidaient de travailler de manière collective au niveau supranational
(sous-régional et continental) et non en ordre dispersé. De plus, la plupart des
économies africaines sont totalement extraverties et on peut s’attendre, sans
vouloir jouer les cassandres, à des répercussions désastreuses si leurs mesures
urgentes, opérationnelles ne sont pas prises par les responsables politiques et
économiques africains.
En effet l’Afrique en général et le Cameroun en particulier,
souffrent de plusieurs handicaps majeurs : économie de rente basée sur les
quelques matières premières, termes de l’échange en sa défaveur (le prix de ces
produits d’exportations étant fixés par les acheteurs sur les bourses de
matières premières dans lesquelles ils n’ont pas d’emprise) la non maîtrise de
sa politique monétaire et donc économique, la gouvernance, etc.
Un des effets pervers de cette crise est qu’elle entraîne une
instabilité permanente des monnaies, des circuits des marchés financiers et
réduit les disponibilités d'accès au crédit tout en limitant les sources d'appui
à l’investissement dans les États africains.
En conséquence, l'Afrique court le risque d’assister à une
crise économique sévère multiforme du fait de son économie extravertie et des
effets de la mondialisation qui a créé des interdépendances inextricables. Les
conséquences sociales risquent aussi de se faire sentir durement.
Cette crise économique aura des conséquences tangibles sur la
baisse de la demande internationale, du fait de la chute des prix des matières
premières exportées. La raréfaction des sources de financements sur les marchés
internationaux risquent d’entraîner la baisse des investissements directs
étrangers, (l’aide publique au développement, et les actions des ONG
internationales), l’arrêt ou le retard de grands projets d’infrastructures
orchestrées par les firmes internationales multinationales, l’augmentation du
coût de la dette, la baisse des transferts d’argent vers les pays par la
Diaspora du fait des vagues de licenciements massifs en Occident mais aussi en
Afrique auprès des sociétés sous-traitantes. Le corollaire est que la marge de
manœuvre en matière de gestion économique sera réduite, en raison de la baisse
tendancielle des moyens d’interventions financiers de l’État. Cela va entraîner
une baisse de ressources pour le financement des entreprises, des ménages et la
réduction du crédit à l’économie.
Les risques de crise alimentaire, d’aggravation de la
pauvreté et le ralentissement de la croissance économique, voire de récession
économique, sont donc bien élevés pour l'Afrique.
Aujourd’hui, la vision et le dogme fondés sur la dérégulation
ont montré leurs limites et leurs contradictions, non sans conséquences sur les
ressources humaines en Afrique. Elle a entraîné une crise globale aussi bien
économique, sociale, et environnementale (réchauffement de la terre,
catastrophes écologiques). Ces concepteurs et contemplateurs sont amenés à une
révision déchirante de leurs positions idéologiques, quand on observe les
solutions prônées par les pays occidentaux pour résorber la crise dans leurs
pays. Toutes sans exception prônent l'interventionnisme de l'État après l’avoir
interdit aux pays africains. Certains pays africains ont même subi des sanctions
pour cela.
Les pays africains pour parer aux effets néfastes de cette
crise doivent procéder à la reprise en main par l’État, par la régulation qui
s’avère incontournable. Il importe de retrouver un équilibre, entre l’État, le
capital et le travail. Des pistes alternatives doivent pouvoir émerger au niveau
des politiques nationales. Les dirigeants africains se doivent de donner plus de
priorité à la réflexion et l’imagination locale africaine et celle de la
Diaspora afin d’inventer le futur en fonction de la culture africaine tout en ne
faisant pas ombrage à l'émergence d'acteurs nouveaux et dédiés à l'Afrique. En
effet avec la cette crise, le dogme néolibérale est mise à mal, ses préceptes
sont remis en cause, ceci de manière durable.
Nous voyons les États européens, les États-unis, le Japon et
bien d'autres, procéder à des ajustements de leurs économies respectives par le
retour à l’interventionnisme de l’État. En effet on assiste à la nationalisation
des banques (NorthernRock en Angleterre), les états prônent le protectionnisme à
leurs concitoyens. Le plan américain de relance, demande aux américains de
consommer local, pareil en Europe. La France, l’Angleterre, etc, soutiennent et
sauvent leurs banques en difficultés par des prêts, (Lehman, Washington Mu,
Fortis) de mêmes que leurs grandes entreprises ( Peugeot, Renault, etc) et
demande aux entreprises soutenues de ne pas délocaliser leurs productions. Tout
ceci se fait avec l'argent des contribuables. On assiste donc au retour de
l’État stratège qui régule et intervient dans la production.
C’est l’occasion pour les pays africains, dit "pays
faiblement industrialisés" et sous tutelle économique, de s’affranchir de
certains de ces "accords", programmes, "aides", les plus léonins
qui obèrent le développement de nos pays. Ceci en revendiquant le droit à la
dissidence intellectuelle, car comment alors expliquer que les mesures qui nous
étaient jadis interdites quand nos économies étaient en difficultés sont
appliquées dès lors en Occident ? En effet on se souvient que pendant la période
de "crise des années 80", l’État n’a pu aider les nombreuses banques en
difficultés et les ont laissées tomber en faillite, compromettant ainsi
l’épargne des millions d’Africains, alors qu’en Occident à l’heure actuelle face
aux mêmes situations, on nationalise les banques ayant des problèmes.
Quelque soit les secteurs, l'Afrique a du subir des
privatisations, des licenciements, le désengagement de l’État surtout dans les
secteurs plus stratégiques! Comment justifier les positions des institutions
internationales telles que le FMI garant de la surveillance économique mondiale
et de la stabilité du système de changes qui sanctionnent l’État africains
lorsque ce dernier souhaite intervenir en période de crise pour redonner la
confiance. Pourquoi laisser les États occidentaux intervenir et refuser des
mesures de régulation en Afrique? Comment expliquer ce fonctionnement
asymétrique qui se fait au détriment du peuple africain ?
Les Etats africains doivent retrouver leur autorité et leur
souveraineté et leur aptitude à penser en fonction des intérêts des populations
africaines. Ils prendront des mesures urgentes de régulation financière pour
protéger notre économie, créer des déficits budgétaires pour relancer la demande
publique afin d'impulser la production, combattre les dangers de la
déréglementation à travers le contrôle des changes et des mouvements des
capitaux. Les politiques nationales et régionales qui militent en faveur de la
souveraineté et la sécurité alimentaires (soutien à l’agriculture
traditionnelle, garantie des prix aux producteurs par un retour des caisses de
stabilisation des produits, protectionnisme, contrôle des prix,…), subventions
aux entreprises en difficultés devront par exemple être menées pour faire face à
la crise. Et aussi, exiger le transfert de technologie en cas d'investissement
direct étranger, exercer son contrôle sur les ressources naturelles du pays,
récupérer sa souveraineté monétaire, renforcer les accords d’échanges
interafricains par des complémentarités, etc.… Tout ceci suppose de la volonté
et une certaine indépendance financière ou une autonomie de décision… Ce qui
n'est pas toujours présent du fait des démocraties usurpées en Afrique.
Cette crise mondiale fait apparaître la nécessité de
questionner et repenser l’architecture financière et économique mondiale, en
intégrant tous les pays avec leurs sensibilités et surtout les pays émergents
(Inde, Chine, Brésil, Russie, pays d’Asie du Sud-Est, et d'Amérique du Sud et
Centrale) qui tirent actuellement la croissance mondiale vers le haut, comme au
demeurant l'Afrique avec plus de 5,2 % en 2008.
Pour L’Afrique, il y a besoin d'explorer le champ de ses
propres possibilités et de retrouver la "bonne" vraie sagesse africaine selon
laquelle "la Sagesse, c’est comme un jardin, non cultivé ; elle ne peut être
récoltée". Si L’Afrique veut récolter les fruits de son jardin (croissance
et développement endogène), elle doit elle-même cultiver son jardin.
Patricia NGUEGANG NGUEBA
Consultante en Ingénierie de Projets
Email : mandjudja@gmail.com
02 Mars 2009
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Patricia Nguegang
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