Politique macro-économique : économie togolaise
Nous voulons tenter un exercice difficile qui consiste à passer en revue en toute objectivité l’évolution de l’économie togolaise depuis la période coloniale. Pour faire cet exercice nous avons choisi le PIB réel (en million de F CFA) comme indicateur économique. Les données utilisées proviennent de plusieurs sources dont les méthodes de collectes diffèrent et ne couvrent que la période post-coloniale de 1960 à nos jours. Le manque de données sur la période allant de 1884 à 1960 peut s’expliquer par le fait que sous la domination allemande et française, les données sont comptabilisées par le département des affaires d’Outre-Mer de ces puissances coloniales et incorporées dans les productions des territoires d’Outre-Mer. Nous avons tenté par des recoupements et des ajustements de produire une certaine uniformité dans ces données.
Le présent article est très sommaire et constitue une introduction à un deuxième article qui s’attardera sur la période 1990 - 2001. Cet article présente brièvement l’économie togolaise, sa composition, les différentes phases qui ont marqué son évolution et les impacts des événements socio-économiques qui y ont laissé leurs empreints. Le deuxième article, qui suivra sous peu, sera non seulement plus élaboré mais aussi présentera une analyse de plusieurs autres indicateurs économiques répartis en six catégories : Comptes nationaux, situation monétaire, commerce extérieur et balance des paiements, dette intérieur et extérieure, indicateurs de convergence, et autres indicateurs budgétaires. Il tentera de déterminer les impacts sociaux des diverses politiques économiques entreprises adoptées les gouvernants du Togo.
Économie en bref
L'économie togolaise repose sur l'exportation du phosphate, du coton, du cacao et du café ainsi qu'un secteur commercial dynamique. La plupart des plantations de café, de cacao et de coton se trouvent à l'Ouest dans les régions montagneuses vers la frontalière du Ghana. Ces trois produits d'exportation représentent environ 20% de la production agricole du pays. La savane boisée dans la région centrale est aussi fertile et sert pour la production vivrière. Le paysage des régions du Nord correspondant à la savane sèche se prête à l'élevage du bétail. Le plus important produit d'exportation est néanmoins le phosphate. Ce dernier provient des mines situées à proximité des côtes (à Hahotoe) et dont l'extraction représente environ 21% du PIB du pays mais n'employant cependant qu'un peu plus de 10% de la main d'œuvre [1]. Le PIB est composée de l’agriculture: 42%, l’industrie: 21%, et les services: 37% (1997) [2].
Principales phases de développement de l’économie
L'économie togolaise a connu quatre phases de développement distinctes depuis le début de la période coloniale en 1884.
a) La première phase remonte à la période coloniale (1884-1914) pendant laquelle les Allemands, voulant faire du Togo une colonie autosuffisante, ont introduit les infrastructures de base ainsi que l'industrialisation. L'agriculture vivrière s'est développée au Sud. Ce dernier sert aussi à la production et à l'exportation de café, de cacao, d’huile de palme et de coton. La livraison de ces produits a été facilitée par la construction des trois premières lignes de chemin de fer du Togo. On assista cependant à un ralentissement de cet élan et l'économie stagna entre 1920 et 1940 (période entre les deux guerres) suite à la partition franco-anglaise de la colonie après la première guerre mondiale et la récession globale des années 30.
b) La seconde phase de la croissance arriva après la deuxième guerre mondiale, la partie occidentale étant rattachée à la Gold Cost britannique et la partie orientale bénéficiant de l'assistance française au développement.
c) La troisième phase commença avec le boom soudain du phosphate en 1974. En effet, la montée des cours de phosphate sur les marchés mondiaux a permis au Togo d’accroître substantiellement ses recettes d'exportation du phosphate. La France et l'Allemagne augmentèrent leur volume d'aide au développement attribué au Togo en 1970. Alimentée également par le boom à court terme du phosphate, l'économie togolaise renoua avec la croissance vers la fin des années 70 provoquant l'émergence des entreprises aussi
bien publiques que privées dans le secteur commercial. Les politiques économiques libérales adoptées par le régime, en dépit de son autoritarisme, ont favorisé l'épanouissement du commerce transfrontalier et de la contrebande, ce qui a non seulement stimulé des nouvelles initiatives mais aussi permis d'introduire pour la première fois une politique de développement dans le nord du pays. Cette période a également connu beaucoup de projets de développement dont la plupart financés par des emprunts internationaux se sont révélés, à long terme, inadéquats et non profitables tant sur le plan économique que social.
d) Le début de la quatrième phase se situa autour de 1990. Cette phase fut marquée par un drame social sans précédant : une grève générale de plusieurs mois, des violences excessives commises par les milices armées proches du pouvoir, la fuite de milliers de familles togolaises (la force active et productive) vers les pays voisins, la dévaluation du franc CFA etc... L’économie togolaise a pris un dur coup et depuis lors l’inefficacité des politiques économiques des autorités ne fait qu’aggraver la situation.
Évolution du PIB réel et évènements socio-économiques qui l’ont influencée
Le graphique suivant montre l’évolution du PIB réel du Togo entre 1960 et 1998
 Sources: 1) International Historical Statistics Africa, Asia & Oceania 1750 – 1988, Second Revised Edition, B.R. Mitchell et 2) les Bulletin des statistiques économiques, BCEAO, 1980-1999 |
Détails du graphique
1- 1960- Indépendance politique et « économique? » du Togo.
2- 1967- Entrée en production de nouvelles exploitations de café et de cacao (mises en place quelques années avant l’indépendance); et augmentation de la production du coton au centre-nord du pays.
3- 1974- Boom phosphatier caractérisé par l’augmentation du cours international de phosphate; Augmentation particulière de la demande allemande et française pour le phosphate togolais
4- 1975- Nationalisation la Compagnie Togolaise des Mines du Bénin (COMITAB), société qui s'occupe de l'extraction du phosphate et dont le capital est détenu à plus 70% par les intérêts français. Cette nationalisation a provoqué la réduction de plus ¾ de la demande française pour le phosphate togolais et ceci en guise de protestation.
5- 1982- Entrée en vigueur des premières mesures des Programmes d’Ajustement Structurel conclu avec le FMI et la Banque mondiale pour assainir les finances publiques et stimuler la production et l’exportation des produits agricoles surtout le coton.
6- 1988- Début de la chute des cours internationaux des produits agricoles comme le Cacao et le Café et de la croissance de la concurrence des pays de l’Amérique latine surtout la Colombie et le Brésil. L’exportation togolaise pour ces produits à l’instar de celle des autres pays africains commence à diminuer.
7-1990-1991- Diminution de la production et de l’exportation de phosphates due au boycott par les Allemands et les autres pays européens. Sous la pression des environnementalistes dans ces pays, le phosphate togolais est boycotté parce qu’il contient un fort taux de Cadinium, un métal toxique qui rend le raffinage très polluant. Pendant la même période, les exportations du Cacao, du Café du Coton ont également commencé à chuter. Ceci est surtout dû d’une part à une sécheresse particulière prolongée dans la partie centrale du pays (affectant le coton) et au renouvellement complet d’une partie des plantations de café dans la partie Ouest sous les directives de la société d’état l’OPAT (Office des produits agricole du Togo). Enfin la même période marque le véritable début de la concurrence accrue des autres produits agricoles de l’Amérique latine sur le marché européen (longtemps réservé aux produits ACP avec l’appui de la France).
8- 1992-1993- Tout le pays est paralysé par une grève générale qui a duré presque un an dans les secteurs privés et publics. Cette grève a été déclenchée par les syndicats indépendants soutenus par les partis politiques de l’opposition. L’usine de production de phosphate a été fermée pendant plusieurs mois et seule la production excédentaire de la période d’avant la grève est exportée. Le secteur commercial est également bloqué et la production du Café, Cacao et coton, en chute libre, n’a pu être adéquatement exportée.
9- 1994- Sous la pression du FMI, de la Banque mondiale et de la France, les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest ayant en commun le franc CFA (qui a une parité avec le FF –soit 50 F CFA pour 1 FF) ont été contraints d’accepter la dévaluation de 100% de cette monnaie. Selon les institutions de Breton Woods ainsi que leurs « amis » français et ceux du Club de Paris, cette dévaluation devra stimuler la croissance économie des pays concernés. La courbe ci-dessus semble leur donner raison mais la réalité sociale ou l’impact social de cette mesure combinée aux crises politiques donnent toute autre image de nos jours! Il suffit de faire un tour dans la capitale togolaise pour le constater.
En définive, le PIB réel du Togo est en général en croissance progressive. Cependant la dépendance de l’économie togolaise envers la demande du reste du monde pour ses produits ainsi les politiques macro-économiques adoptées y font fluctuer le PIB réel.
Références
1- International Historical Statistics Africa, Asia & Oceania 1750 – 1988, Second Revised Edition, B.R. Mitchell
2- Bulletin des statistiques économiques, BCEAO, 1980 à 1999
3- Kossi Tenou, Les déterminants de la croissance à long terme dans les pays de l’UEMOA, rapport d’étude, BCEAO, 1998
4- CIA, the world factbook 2000, Togo, http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/goes/to.html
5- Togo- Transition démocratique bloquée, Center for democracy and development, www.cdd.org.uk
6- West African Economic and Monetary Union (WAEMU): Recent Economic Developments and Regional Policy Issues in 2000, Country Report No. 01/193, IFM publications
Amevi Atiopou, MBA
Finance & Planification Stratégique
[1] Togo, Transition démocratique bloquée, Center for democracy and development
[2] CIA, the world factbook 2000, Togo
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Amevi Atiopou est CEO de MAA Investments. Il détient un MBA en
Finance et Investment Strategy. Il a été Analyste financier à la Banque
du Canada et Conseiller financer à la Financière Sun Life.
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