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La "mondialisation libérale"
souffre de défauts de régulation.
Le capitalisme financier exploite les défauts de
régulation de la mondialisation libérale.
Un système économique n'a de justification que s'il permet d'éradiquer la
pauvreté et d'améliorer le sort matériel, intellectuel et moral des hommes. Ce
problème n'est pas posé dans le débat économique actuel, qui est phagocyté par
la question de la mondialisation. On devrait pourtant se demander à quoi sert
cette globalisation si elle ne s'accompagne pas d'un progrès d'ensemble. Or nous
constatons les tendances suivantes : précarisation des salariés , déflation
salariale, les solidarités sont mise l’épreuve, peur d’autrui, retour sur soi,
fracture sociale, montées des intégrismes, retour des idéaux qui animèrent les
croisades mais où nous entraine ce capitalisme débridé ? Comment le
réapprivoiser ?
Le retour des rentes de monopole
Le principal facteur pondérant de ce capitalisme non régulé est la tendance à la
concentration et à la création de monopoles et oligopoles privés. Cette tendance
naturelle du capitalisme n’est plus efficacement combattue depuis longtemps. On
peut le constater dans la plupart des domaines: eau, énergie, travaux publics,
armement, distribution, médias, éducation, informatique, agro-alimentaire,
chimie, métallurgie...
La première conséquence de ce retour des trusts est la création de rentes de
monopole. Il s’agit d’un simple déplacement de la répartition des revenus entre
capital et travail au profit du capital. Les salariés n’en profitent pas, au
contraire, on assiste plutôt à une régression de la rémunération de ceux qui
sont au cœur du processus productif, alors que l'instabilité des fonctions et
des conditions de travail s'est accrue. Nos sociétés laissent 15 à 20 % des gens
sur les bas-côtés de la route, notamment beaucoup de jeunes. Il leur est plus
difficile de vendre leur force de travail dans un marché qui enregistre une
diminution du nombre d’acheteurs.
La deuxième conséquence est la création de pouvoirs réels de nature politique,
sans en avoir la légitimité démocratique. Les trusts sont en mesure d’influencer
les gouvernements. Soit par corruption directe, comme cela a déjà été vu, dans
le cas des travaux publics, de la distribution d’eau, du pétrole, de l’armement.
Soit par la capacité à influer sur le destin électoral de certains candidats, ou
d’actions gouvernementales. Soit encore par le contrôle des médias et la
capacité à "faire" l’opinion. Ceci s’illustre par une perte de frontière entre
fonction publique et le privé. Le sommet a dû être M. Berlusconi, menant les
deux carrières de front.
Le déséquilibre capital/travail a trouvé dans le passé deux limites.
La première, ce déséquilibre finit par assécher la demande. On arrive alors à
une situation avec des capitaux et du travail disponibles, mais pas d’acheteurs
solvables. Cela a été une première raison, celle de Ford, pour payer plus les
employés.
La deuxième est la réaction du corps social, par exemple à travers les syndicats
et les partis politiques. Tout ceci a permis dans le passé de rééquilibrer le
curseur (voire de l’emmener trop à gauche, diraient certains).
La mondialisation a fait voler en éclats ces facteurs d’équilibre. Il n’y
a plus de sphère économique isolée dans laquelle les salaires constituent la
demande - adieu Ford. Les diverses régulations locales sont opérantes pour fixer
le coût du travail, mais pas le rendement du capital, qui se promène très
librement, en raison de la concurrence entre États pour accueillir des
investissements. On a supprimé cinquante ans d’équilibres et de régulations pour
renvoyer le curseur très loin à droite du côté du capital.
La domination de la logique financière et sa course au rendement à court terme
aurait pour effet de tuer la croissance et l'emploi dans les pays
industrialisés. Les salariés apparaissent comme les grands perdants d’une
mondialisation qui tire les rémunérations vers le bas. Nous avons donc une
mécanique dévastatrice bien en place. Une entreprise mondiale améliore
sensiblement ses résultats en délocalisant. Les actionnaires peuvent ainsi
récolter des retours sur capital investi supérieurs à 10% sans aucune création
de valeur. Et si l’une d’elles traîne la patte, les hedge funds veillent. Il est
vrai que les richesses détruites à l’origine sont en partie recréées à
l’arrivée, mais en petite partie. Globalement, la demande solvable s’assèche
effectivement. Les revenus du capital sont en partie recyclés dans l’économie,
mais ils n’ont pas le même effet sur la consommation que les revenus du travail,
ce que Ford savait. Quand on veut relancer la consommation, on donne aux
pauvres. Pour créer de la richesse, il faut qu'il y ait une demande suffisante,
donc que tous ceux qui travaillent et leurs ayants droit qui viennent sur le
marché de la consommation aient les moyens d'acheter cette production. Il faut
aussi que ceux qui travaillent bénéficient d'un certain respect et d'une
stabilité, même relative. Or on assiste plutôt à une régression de la
rémunération de ceux qui sont au coeur du processus productif, alors que
l'instabilité des fonctions et des conditions de travail s'est accrue. De plus,
quand nos sociétés laissent 15 à 20 % des gens sur le bas-côté de la route,
notamment beaucoup de jeunes, on peut craindre que cela ait un jour - au cours
d'une crise économique forte - de dangereuses répercussions politiques.
Tous ces mouvements se sont accompagnés d’une production de dogme économique que
l’on trouvera bien résumée sur le site de l’OCDE ou dans les polycopiés de la
London School of Economics. La mondialisation est inéluctable et positive (sic,
Jean-Marie Messier). En pratique, la mondialisation est positive pour le capital
et pas pour le travail. Et elle est parfaitement évitable. Il suffit de ne pas
décider de mettre en communication des marchés du travail sans régulation
commune. Les mots-clé de la scholastique sont: compétitivité, flexibilité,
spécialisation des nations, avantages comparatifs. La liturgie a été bien
exécutée par des médias qui appartiennent aux trusts.
Deux structures ont été idéales pour démultiplier le pouvoir d’influence des
trusts: l’OMC et l’Union européenne. Ces structures ne sont en effet
responsables de rien du tout, n’ont aucune légitimité représentative, sont très
sensibles au lobbying faute de gouvernance, et peuvent néanmoins enregistrer des
décisions économiques importantes. L’UE a été habilement détournée de sa
vocation à créer un concurrent stratégique des États-Unis, et est devenue une
chambre d’enregistrement des volontés des trusts.
Créer des profits hors normes.
Quand on travaille sur un marché, en concurrence, on a un profit qui est le
profit moyen de l’économie. Or l’objectif des entreprises capitalistes, ce n’est
pas de faire le profit moyen, c’est de faire un profit supérieur au profit
moyen. Parce que s’ils ne font que le profit moyen, ils peuvent se faire
racheter très facilement par d’autres qui font un profit supérieur ; donc ceux
qui ne font qu’un profit moyen sont des entreprises qui sont à terme condamnées.
Comment peut-on faire un profit supérieur au profit moyen ?
En contrôlant des rentes:
- soit en arrivant à construire des monopoles, pour pouvoir fixer les prix
comme l’on veut, ce qui donne une rente;
- soit en contrôlant des sources de
matières premières, ce qui permet soit de les payer moins cher, soit au
contraire d’en tirer un profit supérieur en les revendant plus cher aux autres;
-
soit en créant ou en s’appropriant des rentes technologiques à travers les
brevets : on fait une découverte, par un laboratoire pharmaceutique, mais les
autres ne peuvent pas l’utiliser et donc on a une rente puisqu’on peut vendre au
prix que l’on veut son brevet. Donc effectivement, la course est au surprofit et
à la rente.
On peut définir la rente de monopole comme les bénéfices supplémentaires qu'une
entreprise peut réaliser grâce au fait qu'elle domine à elle seule ou avec un
petit groupe d'entreprises le marché entier. L'ouverture des frontières ouvre
certes un plus grand marché comprenant plus de joueurs, mais a déclenché en même
temps une lutte entre les monopoles actuels pour le contrôle de ce marché
européen. Le grand marché donne ainsi naissance à une concentration et à une
monopolisation au niveau européen, la rente de monopole se traduisant par un
prix supérieur au prix qu'aurait fixé un marché de concurrence pure et parfaite,
ce surprofit de l'entreprise peut, en réalité, se traduire par un surplus de
paiement de la part du consommateur. C'est une partie de ce que l'on appelle le
surplus du consommateur que le monopole cherche à s'approprier. En quelque
sorte, le consommateur est contraint, en situation de monopole, de choisir entre
- payer un prix supérieur à celui qu'il devrait payer en situation de
concurrence pure et parfaite ou - renoncer à consommer.
Les trois piliers du libéralisme économique sont le libre échange, la libre
circulation des capitaux et la mondialisation de la production. Cela correspond
à : Financer là ou les capitaux sont les moins cher, Produire là ou les coûts
sont les plus bas et Vendre là ou est le marché est le plus "consommateur"
et les profits sont les plus élevés.
Qualifier le processus de mondialisation des activités économiques de
"libéral" est une erreur. Parce que le libéralisme n’est pas un système
entendu comme une organisation économique et sociale concrète mais relève du
domaine des idées. L’erreur est d’autant plus regrettable que le libéralisme
présente deux facettes distinctes quoique liées entre elles. Le libéralisme est
une philosophie politique qui met l’individu libre au centre de sa
problématique. C’est aussi une doctrine économique qui elle-même contient deux
volets. Le premier est une justification du capitalisme fondée sur le fait que
la propriété privée serait un droit naturel – et non pas circonstanciel et lié à
une société particulière, datée historiquement – et qu’ainsi la recherche de
l’intérêt individuel conduirait au bien-être général. Il en découle un discours
normatif sur ce capitalisme qui constitue le second volet du libéralisme
économique : la régulation de la société doit se faire par le libre jeu des
mécanismes de marché, hors de toute intervention publique. Et c’est là que le
jeu est faussé.
Le libéralisme authentique vise, au contraire, à élargir l’autonomie réelle de
chacun et ses possibilités de développement personnel dans un cadre sociétal
(dont l’état est garant) plus juste en coupant l’omelette politique sur les deux
bords : l’ultra capitalisme inégalitariste et monopoliste d’un côté et le
social-étatisme totalitaire de l’autre qui sont deux ennemis des libertés
concrètes de tous les citoyens et qui, nous le savons, peuvent tout à fait
fusionner comme dans certains pays d’Extrême-Orient avec les conséquences
despotiques qui en découlent. Dans ce contexte la démocratie n’est pas une fin
en soi, mais le moyen de la liberté.
Il serait possible d’arrêter cette tendance, mais c’est peu probable. Il
faudrait réintroduire de la régulation, mais au niveau international il n’y a
pas de structure pour cela, ni la volonté d’en avoir, et le niveau national a
été court-circuité en Europe par une UE sans légitimité constitutionnelle.
Pas besoin d’être grand druide pour prévoir que tout cela s’achèvera par une
grande explosion, sauf si d’aucuns prennent conscience du changement fondamental
de la dimension espace/temps auquel nous tous sommes confrontés depuis
l’avènement des moyens de communications, de la rapidité des moyens de
transports, des standardisations techniques et réglementaires multiples rendant
par ces faits la planète virtuellement plus petite. Ce changement d’échelle nous
oblige à raisonner macroscopiquement et à nous organiser en conséquence d’où la
nécessité urgente de régulations sociale, écologique, économique, financière et
politique concertées interculturellement et planétairement.
A défaut de réaliser cette gouvernance démocratique mondiale, le postulat de
Rothschild Brothers restera valable pour très longtemps encore: “Les rares
personnes qui comprendront le système seront soit si interéssées par ses
profits, ou si dépendantes de ses largesses qu'il n'y aura pas d'opposition à
craindre de cette classe-la! La grande masse des gens, mentalement incapables de
comprendre les immenses intérêts en jeu, en supportera le poids sans se
plaindre!" [1]
Luigi Chiavarini [2]
1. Rothschild Brothers of London, communiqué aux associés à New York 25 Juin,
1863
2. Luigi Chiavarini, professeur d’économie et finance auprès d’INVESTA et
International Account Director GETRONICS.
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Luigi Chiavarini
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