Économie - Point de vue
Le Franc CFA: Un instrument de
domination économique?
Depuis les indépendances, le Franc CFA mis en circulation dans ses colonies
par la France, continue d’être utilisé par une grande partie des pays, devenus
indépendantes depuis. Et malgré le passage du Franc français à l’Euro, ces pays,
pourtant autonomes voici bientôt un demi-siècle, gardent encore paradoxalement
le Franc CFA qui, par l’intermédiaire du Trésor français et de la Banque de
France, est lié à l’Euro.
Mais pourquoi la France continue-t-elle de maintenir ce Franc
CFA alors que certains pays francophones ne font que peu d'efforts au niveau de
leur gouvernance économique face aux résultats économiques obtenus au niveau de
l'amélioration de la pauvreté et du bien être des populations ?
1. La domination par la démultiplication de la monnaie : l'exemple du franc
CFA
Dans les pays d’Afrique ayant subi la colonisation française, le Franc CFA est
introduit pour le commerce des matières premières car il faut les acheter à bon
marché (la monnaie de la Métropole ayant une valeur nettement supérieure à celle
des pays colonisés (1F français = 50 Francs CFA) dès la mise en circulation de
cette monnaie africaine. Ce qui fait que le Français qui vient en Afrique,
rémunéré au même titre que celui qui est resté dans son pays, voit l’argent que
lui verse la Métropole multiplié par cinquante. Et avec cette conversion, les
matières premières coûtent extrêmement moins cher, ainsi que la main d’œuvre
payée avec la monnaie locale. Paradoxalement les Occidentaux Blancs venus pour
travailler en Afrique sont payés dans leur monnaie qu’ils convertissent ensuite
en Francs CFA. Et cette situation fait d’eux des nantis et des privilégiés.
2. Franc CFA et néo-colonisation
Contre toute attente, l’indépendance, juridique ne s’accompagne pas de
l’indépendance économique ; les territoires français d’Afrique s’étant
transformés en Républiques, continuent à être liés économiquement à leurs
anciens maîtres par le même Franc CFA qui, au fil des années, subira une
dévaluation de 50 % en 1994. Les Africains doivent se rappeler que cette
dévaluation avait été décidée unilatéralement par les autorités monétaires
françaises de l'époque sans réelle concertation avec les États africains.
Décision unilatérale démontrant la main mise de la France sur ses ex-colonies.
Et cette nouvelle donne monétaire va créer un grand malaise dans les économies
et pouvoir d’achat des africaines.
Géré en fait par le Trésor français par le biais du compte d'opérations, le
Franc CFA en Afrique occidentale et centrale est sous le contrôle de deux
banques régionales créées pour la circonstance (Banque des États d’Afrique
Centrale et Banque des États de l’Afrique de l’Ouest regroupant la plupart des
pays francophones). Aussi, la néo-colonisation se poursuit à travers ces
institutions financières par un certain nombre de compétences françaises
travaillant en leur sein dans le cadre de l’assistance technique et ayant un
droit de veto quand les intérêts de la France se voient compromis. Ce droit de
veto s'exerce surtout au niveau du conseil d'administration des banques
centrales puisque la France y participe. Et c’est ce qui fait que l’institution
d’une monnaie nationale s’avère compliquée dans ces ex-colonies françaises où la
France continue à tirer beaucoup de bénéfices dans les échanges économiques avec
ses ex-colonies, surtout quand il s’agit de l’achat des matières premières. Même
avec le passage du Franc français à l’Euro, la France maintient toujours la
survie du Franc CFA, ce qui permet de tirer des avantages non négligeables de
ses ex-colonies fonctionnant comme des territoires d'appoint.
3. Mariage Franc CFA/Euro : une infidélité monétaire
Alors que l’on croyait que le passage du Franc français à l’Euro ferait que le
Franc CFA trouverait son indépendance en changeant même d’appellation, on
constate que la France continue à le parrainer en attendant que la Banque
centrale européenne ne prenne un nouveau rôle dans les deux banques centrales
régionales d'Afrique occidentales et centrales. Aussi, à travers ce parrainage,
se remarque la continuation implicite de l'exploitation monétaire des pays
francophones d’Afrique par la France. Aussi avec la parité fixe, il est possible
de comprendre la stabilisation théorique du Franc CFA alors que souvent l’Euro
dont il dépend, subit parfois des contre coups dus à sa fluctuation par rapport
à d’autres monnaies comme le dollar des États-unis.
On constate une autre infidélité entre l’Euro français et le Franc CFA :
souvent, on se rend compte, quand on envoie de l’argent d’un pays à un autre,
que les transactions monétaires dans la zone euro se font sans frais de
commission, ce qui n’est pas le cas entre les zones euro et CFA, ni entre les
deux zones FCFA de l'Afrique de l'ouest et FCFA de l'Afrique centrale. On ne
comprend pas que le Franc CFA, qui est sous la protection de l’Euro par le biais
de la Banque de France, demande des frais de commission dans les transactions
entre L’Union européenne et les États d’Afrique francophones. Ce point a été
maintes fois soulevé par la Diaspora et Afrology qui ont proposé alors que les
pays francophones ne subissent pas de discrimination monétaires au niveau des
transactions monétaires dans le même espace Euro, car il s'agit bien d'un FCFA
devenu une annexe de l'Euro. Les agences de transactions monétaires comme
Western Union et Moneygram, pour ne pas les citer, prélèvent des commissions, un
certain pourcentage pour service rendu quand l’argent est transféré de la France
aux pays d’Afrique et vice versa. Normalement ces transactions ne devraient pas
être payantes car le franc CFA et l’Euro au niveau des relations financières
France-Afrique ont un dénominateur commun qui est la Banque de France. Une
situation qui devrait pousser les autorités monétaires africains ainsi que les
économistes africains de la zone CFA à la réflexion.
Faut-il une monnaie africaine commune pour le continent ? Certainement, puisque
les économistes africains réunis lors de leur Congrès annuel (2-5 mars 2009,
Nairobi, Kenya) ont répondu positivement en offrant quelques alternatives. Une
autre question aux spécialistes de l’économie africaine, particulièrement ceux
qui travaillent avec le groupe du G 20 qui va revoir l'architecture financière
et économique du monde. Car nous pensons qu’il n'y a pas de véritable autonomie
politique au niveau continental sans indépendance économique et financière qui
repose sur une monnaie commune, tant aux niveaux sous-régional qu'africain comme
au demeurant dans l’espace de l’Union européenne et celui des États-unis
d’Amérique.
En définitive, nous dirons que l’Union africaine, tout en organisant, bon an mal
an, son essor économique par l’intermédiaire de plusieurs zones monétaires,
devrait faire appel aux compétences en la matière, des économistes africains de
renom car il y en a tant au niveau du continent que celui de la diaspora. La
véritable indépendance du continent africain commencera par la maîtrise de sa
propre monnaie, gage d’une autonomie financière qui mène vers une véritable
indépendance économique. Cette monnaie commune a plus de chance de voir le jour
au niveau des communautés sous-régionales.
Noël KODIA
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