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Les marchés
financiers africains
de 2002 à 2006
L’Afrique est généralement synonyme de maladies, de
famines, de pauvreté extrême et de violences ethniques. Dans les milieux
financiers internationaux, elle signifie aussi corruption, gouvernance laxiste,
risques politiques et financiers élevés, et région où il faut surtout éviter
d’investir. Cette perception négative, en très grande partie justifiée, persiste
et nuit considérablement aux opportunités d’investissements qu’offrent le
continent et ses marchés financiers. Toutefois, les performances économiques du
continent ces cinq dernières années et les récentes corrections enregistrées par
plusieurs marchés émergents et développés ont poussé quelques investisseurs
institutionnels étrangers, à la recherche de diversification et de meilleurs
rendements, à s’intéresser un peu plus aux marchés financiers africains. Ces
derniers sont, comme dans bon nombre d’économies émergentes, des marchés de
capitaux embryonnaires dominés surtout par des marchés des actions auxquels
s’ajoutent, depuis quelques années, des marchés de la dette hors côte. Ce sont
les marchés des actions qui sont principalement couverts dans ce rapport. Par
conséquent, les termes « marchés », « bourses », « marchés financiers », «
marchés des capitaux » et parfois le nom de pays sont utilisés invariablement
pour désigner ces marchés des actions, à moins d’indications contraires. Quant
au terme « dollar », il correspond au dollar américain.
Ce rapport comprend trois parties. La première partie présente le profil des
marchés financiers africains notamment l’évolution de leur capitalisation
boursière, de leur volume d’opération et de leur liquidité. La deuxième partie
examine la performance de ces marchés sur la période de 2002 à 2006. La dernière
partie analyse les contraintes qui entravent le développement des marchés
africains, et propose des solutions pour pallier ces contraintes.
I- PROFIL DES MARCHÉS FINANCIERS AFRICAINS
1.1- Capitalisation
En 1992, l’Afrique compte douze bourses dont la capitalisation totale est
d’environ 113 milliards de dollars. Elle en 20 en 2006 (voir encadré 1) dont la
capitalisation totale dépasse les 950 milliards de dollars, soit une croissance
de plus 740% par rapport à la capitalisation de 1992.
Encadré 1: Marchés financiers africains
Les 20 pays africains ayant une bourse des valeurs mobilières en 2006
sont : l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Botswana, la Côte d’Ivoire
(Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, établie pour les 8 pays de
l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine - UEMOA), l’Égypte, le
Ghana, le Kenya, l’Île Maurice, le Malawi, le Maroc, le Mozambique, la
Namibie, le Nigeria, le Soudan, le Swaziland, la Tanzanie, la Tunisie,
l’Ouganda, la Zambie, et le Zimbabwe. Ces bourses sont composées en
grande partie des marchés primaires et secondaires des actions et ceux
de la dette publique (obligations souveraines et bons du Trésor).
En plus des 20 bourses, au moins dix autres pays n’ayant pas de bourse
active possèdent un marché national embryonnaire de bons du Trésor. Ce
qui fait qu’en tout, au moins 30 pays africains ont un marché de bons du
Trésor. Parmi ces 30 pays, les 8 pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina-Faso,
Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) ont crée, en
2001, un marché régional de bons du Trésor pour remplacer le crédit
direct de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)
aux trésors nationaux. Ce marché très actif a connu une forte
croissance, atteignant 525 millions de dollars (290 milliards de Francs
CFA) en 2005 contre 88 millions de dollars (55 milliards de Francs CFA)
en 2002. Les ventes transfrontalières de ces bons du Trésor ont
également connu un essor spectaculaire dans la région puisque 50 % des
bons émis en 2004 et 2005 ont été achetés par des banques d’autres pays
de l’UEMOA.
Les autres marchés de bon de Trésor les plus actifs du continent sont
l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana, le Kenya et la Zambie.
Le graphique 1 (voir pdf) présente l’évolution de la
capitalisation boursière de l’Afrique de 1992 à 2006. Après une timide
croissance entre 1992 et 1995 suivie de deux légères chutes, l’une entre 1996 et
1998 et l’autre 1999 entre 2001, la capitalisation boursière du continent
connaît une forte progression depuis 2001. Entre cette dernière année et 2006,
la capitalisation boursière totale du continent a accru de 390 %, soit une
progression annualisée de 65 %.
La forte croissance de la capitalisation boursière du continent s’explique par
l’augmentation du nombre de bourses, mais aussi par deux autres facteurs.
D’abord, la taille de nouvelles compagnies qui choisissent d’entrer en bourse
est relativement plus imposante, particulièrement en Afrique australe et en
Afrique Nord, ce qui augmente la valorisation relative des bourses concernées.
Ensuite, il y a un regain d’activités des investisseurs, surtout étrangers, sur
les marchés africains à forte capitalisation et/ou à fort volume d’opérations
comme l’Afrique du Sud et l’Égypte.
1.1.1 – Niveau régional
Il existe une grande disparité entre la capitalisation boursière des différentes
régions du continent. L’Afrique du Nord avec ses quatre bourses (Algérie,
Égypte, Maroc et Tunisie) a une capitalisation de 37 milliards de dollars en
2002 et 147 milliards de dollars en 2006, soit une croissance de 297 % en 5 ans.
Néanmoins, cette croissance est 1,3 fois inférieure à la moyenne continentale
qui est de 379 % sur la même période. La bourse du Caire et d’Alexandrie (CASE)
en Égypte est la plus dominante de cette région et celle d’Alger reste la plus
marginale.
L’Afrique de l’Ouest compte trois bourses (Nigeria, Ghana et Côte d’Ivoire où se
trouve la seule bourse régionale au monde, la BRVM.). La capitalisation
boursière de cette région est de 8 milliards de dollars en 2002 et 50 milliards
de dollars en 2006. C’est la région qui a connu la plus forte croissance de la
capitalisation entre 2002 et 2006 avec 525 %, soit 1,4 fois la moyenne
continentale. Cette forte croissance est due en grande partie au dynamisme de la
bourse nigériane, la quatrième bourse la plus active et la plus importante du
continent en 2006. La BRVM qui représente huit économies nationales de la région
demeure très marginale par rapport à ces deux voisines anglophones, ce qui
démontre la faiblesse économique des huit pays de l’UEMOA par rapport au Nigeria
et au Ghana.
La région de l’Afrique de l’Est et de l’Océan indien a cinq bourses (Kenya,
l’Ile Maurice, Tanzanie, Ouganda et Soudan). Ces cinq bourses totalisent une
capitalisation boursière de 4 milliards de dollars en 2002 et 22 milliards de
dollars en 2006, soit une croissance de 400 % en 5 ans. Cette croissance, la
deuxième plus importante du continent, est légèrement supérieure de 5,5 points
de pourcentage à la moyenne du continent.
Enfin, l’Afrique australe compte huit bourses notamment en Afrique du Sud, au
Botswana, au Malawi, en Namibie, au Swaziland, en Zambie, au Mozambique et au
Zimbabwe. Cette région a la plus forte capitalisation boursière du contient à
cause du poids lourd Sud-africain. La capitalisation boursière de la région est
de 188 milliards de dollars en 2002 et 736 milliards de dollars 2006, soit une
croissance de 290 %. Cette dernière est nettement en deçà de la moyenne du
continent. Sans l’Afrique du Sud, la capitalisation de cette région est plutôt
marginale avec 6,5 milliards de dollars en 2002 et 20 milliards de dollars en
2006. Quant à la croissance de la capitalisation, elle se limite à 208 % sur 5
ans.
1.1.2- Niveau national
L’écart entre la taille des principaux marchés financiers africains est encore
plus prononcé lorsqu’on compare ces marchés entre eux. Selon le tableau 1 en
annexe (voir pdf), le marché des actions de la bourse de Johannesburg (JSE) en
Afrique du Sud domine complètement l’Afrique avec ses 711 milliards de dollars
de capitalisation en 2006, soit près des 2/3 de la capitalisation boursière
totale du continent et environ les 4/5 de celle de l’Afrique sub-saharienne. La
CASE en Égypte, le deuxième marché des capitaux le plus important du continent,
n’a que 93,5 milliards de dollars en capitalisation à la même période, soit 8,3
fois moins que la JSE. A part la JSE et la CASE, chacune des 18 autres bourses
du continent a une capitalisation boursière inférieure à 50 milliards de dollars
en 2006. En fait, de ces 18 bourses, le Maroc a une capitalisation de 49
milliards de dollars et le Nigeria 34 milliards de dollars. Tous les seize
autres bourses ont une capitalisation boursière individuelle inférieure à 13
milliards de dollars. Treize de ces size dernières bourses ont, chacune, une
capitalisation de moins de 5 milliards de dollars et une capitalisation totale
combinée de 32 milliards de dollars, ce qui équivaut à peine à la capitalisation
boursière de la compagnie de distribution internationale de courriers Fedex !
Les faibles valeurs de la capitalisation des bourses africaines en 2006
représentent, néanmoins, de très fortes augmentations par rapport aux valeurs de
2002. Par exemple, la taille du marché des actions au Ghana a accru de 1559 % en
passant de quelques 720 millions de dollars en 2002 à 12 milliards de dollars en
2006. En Zambie, la capitalisation du marché des actions est passée de 250
millions de dollars en 2002 à 3,2 milliards de dollars en 2006, soit une
croissance de 1196 %. La capitalisation boursière du marché ougandais a
progressé de 1085 %, atteignant 2,4 milliards de dollars en 2006. La plus faible
augmentation de la capitalisation enregistrée entre 2002 et 2006 est de 57 % et
elle appartient au Swaziland, l’une des plus petites bourses du continent.
Les données précédentes montrent à quel point les marchés financiers africains
sont très petits malgré l’extraordinaire croissance de leur capitalisation.
Toutefois, selon Moss, Ramachandran et Standley (2007), les faibles valeurs de
la capitalisation boursière des marchés africains ne sont pas hors des normes
mondiales lorsqu’on rapporte la capitalisation boursière à la taille de
l’économie du pays hôte. En général, plus la taille d’une économie est grande,
plus grande est la capitalisation boursière des marchés dans cette économie. Et
comme les économies africaines sont parmi les plus petites du monde, il n’est
pas surprenant que la taille des bourses y soit également petite.
1.2- Volume d’opérations, liquidité et nombre de titres cotés
1.2.1- Volume d’opérations
En 2006, le volume d’actions échangées est de l’ordre de 312 milliards de
dollars sur la JSE et seulement de 49 milliards de dollars sur la CASE (voir
tableau 1 en annexe - pdf), soit un écart de 263 milliards de dollars ou 6,4
fois de moins de transactions sur la CASE. Cet écart est encore plus marqué
lorsqu’on compare le volume d’opérations de la JSE à celui des autres marchés
frontières du continent. Par exemple, il ne s’est échangé que 9 milliards de
dollars d’actions sur le marché marocain, soit 34,7 fois moins que sur la JSE;
3,4 milliards de dollars sur la bourse du Nigeria, soit 92 fois moins que sur la
JSE; et 1,4 milliards de dollars seulement sur la bourse de Nairobi au Kenya,
soit 223 fois moins que sur la JSE.
Plus marginal encore est le volume de transactions de moins de un milliard de
dollars enregistré sur quinze autres bourses du continent en 2006. Le marché des
actions de Khartoum au Soudan domine ce groupe avec 969 millions de dollars de
transactions annuelles. Il est suivi par les marchés de Tunis avec 579 millions
de dollars d’actions échangées, de Zimbabwe 385 millions de dollars et de l’Ile
Maurice 181 millions de dollars. L’Algérie, la BRVM en Côte d’Ivoire, le
Mozambique et le Swaziland ferment le peloton avec moins de un million de
dollars de transactions.
Pour la grande majorité des 20 bourses du continent, le volume d’opération a
augmenté globalement en 2006 par rapport à 2002. Cependant, seules six bourses
ont enregistré un volume d’opérations qui a augmenté consécutivement pendant les
cinq années, depuis 2002. Il s’agit d’Afrique du Sud, du Kenya, du Maroc, de la
Namibie, du Nigeria et du Soudan. A ces pays s’ajoutent la Tunisie, l’Ouganda et
l’Égypte dont les marchés des actions ont progressé pendant quatre ans
consécutifs, à partir de 2003. Pour les toutes autres bourses, le volume
d’opérations a évolué plutôt en dents de scie entre 2002 et 2006.
En général, il existe un étroit rapport entre le volume de transactions et la
capitalisation d’un marché. Selon le graphique 2 (voir pdf), qui présente les
données d’un certain nombre de marchés émergents du monde y compris ceux
d’Afrique, le volume de transactions semble être proportionnel à la
capitalisation boursière. Plus cette dernière est élevée, plus grand est le
volume de transactions. Intuitivement, ce constat est logique dans une certaine
mesure car le rapport volume d’opérations / capitalisation boursière représente,
en réalité, la liquidité du marché. Cette dernière est présentée sous forme de
ratio dans le tableau 2 en annexe (voir pdf) pour chacun des marchés des actions
du continent de 2002 à 2006.
1.2.2- Liquidité et nombre de titres cotés
La liquidité donne une bonne indication sur la facilité avec laquelle un
investisseur peut entrer et/ou sortir d’un marché. Plus le ratio de liquidité
est élevé, plus liquide est le marché et plus ce dernier peut attirer des
investisseurs.
De 2002 à 2006, la liquidité du marché des actions de la bourse de Johannesburg
varie entre 37 et 44 % avec une moyenne autour de 40 %. Sur la même période, ce
ratio est de 29 % en moyenne pour l’Égypte, 17 % pour le Maroc, 12 % pour la
Tunisie, 10 % pour le Nigeria, 7 % pour le Kenya et 5 % pour l’Ile Maurice.
Chacun des autres marchés des actions du continent a un ratio de liquidité moyen
inférieur ou égal à 3,5 %. Parmi ces marchés, au moins cinq dont la BRVM ont un
ratio inférieur à 1 %.
Ces faibles ratios de liquidité, surtout ceux inférieurs à 10 %, indiquent que
les marchés africains des actions sont très peu liquides. Par conséquent, seuls
les investissements ayant un objectif de long-terme devraient se faire sur ces
marchés car il serait relativement difficile pour un investisseur actif de
prendre et/ou de liquider rapidement ses positions sur ces marchés. De plus, à
l’exception de la JSE et de la CASE, les marchés africains ont tendance à être
chers et saturés à cause du très petit nombre de titres d’actions négociables
qui y sont cotées. Les tableaux 2 et 6 en annexe (voir pdf) présentent le nombre
de compagnies cotées sur chacun des marchés africains en 2005 et en 2006, et le
ratio cours/bénéfice (P/E) de quelques marchés de 2002 à 2006.
En 2006, par exemple, 14 des 20 des bourses africaines ont moins de 50
compagnies à leur cote officielle. Six de ces quatorze bourses ont onze
compagnies ou moins, et deux bourses notamment l’Algérie et le Mozambique n’ont
que deux compagnies à leur cote, ce qui en fait les marchés les plus étroits du
contient. Pour la même année, la Tunisie a un P/E de 16, l’Ile Maurice et la
Zambie 12 chacun, et l’Ouganda 10. Ces quatre derniers marchés sont donc
relativement chers étant donné que chacun d’eux a moins de 50 compagnies à sa
cote officielle.
Les contraintes de taille, de volume d’opérations, de liquidité et de nombre de
titres disponibles obligent les marchés financiers africains à fonctionner un
peu comme des investissements privés où seulement quelques traders/dealers
peuvent structurer la grande majorité des demandes des investissements
institutionnels. Les marchés financiers africains se retrouvent donc isoler dans
le système financier international. Cet isolement rend à priori les marchés
africains moins attrayants pour les grands gestionnaires de fonds pour qui la
capacité de pouvoir déplacer rapidement les capitaux est un critère sur lequel
ils font rarement des compromis. Paradoxalement, l’isolement des marchés
africains met ces derniers à l’abri des tourbillons et des effets boule-de-neige
des autres marchés développés et émergents (voir encadré 2). L’isolement fait
également en sorte que les performances des marchés africains dépendent
essentiellement des fondamentaux de l’économie du continent et des pays hôtes.
Encadré 2 : Illustration de l’effet de l’isolement des marchés frontières
africains par rapport aux autres marchés émergents et développés
Mai-juin 2006 : Face à la montée apparente de l’inflation et à la peur
de voir les banques centrales augmenter les taux d’intérêts, les
investisseurs ont liquidé leurs positions sur plusieurs marchés
émergents entraînant ainsi une forte correction de ces derniers. Entre
le 11 mai et le 6 juin 2006, le Brésil a chuté de 16,3 % en dollar US ;
l’Argentine de 18,1 % ; la Colombie de 19,3 % et la Turquie de 28,8 %.
Par contre, pendant la même période, plusieurs bourses africaines ont
affiché des rendements positifs et ont battu le MSCI Emerging Markets
Equity Index, l’indice de référence des actions des marchés émergents de
la firme Morgan Stanley Capital International. C’est le cas notamment du
Nigeria qui a enregistré une hausse de 1,5 % ; du Ghana 1,2 % et de
l’Ile Maurice 0,1 %. D’autres marchés africains ont subi de baisses
marginales. Seuls l’Afrique du Sud et l’Égypte ont enregistré de pertes
significatives de 15,2 % et 17,2 % respectivement et comptent parmi les
six bourses émergentes au monde ayant le plus chuté durant cette
période. Ces deux bourses africaines sont d’ailleurs les seules du
continent qui semblent être réellement intégrées au système financier
international.
27 Février 2007 : Les principaux marchés émergents et développés ont
subi une sévère correction à la suite de l’annonce du Conseil d’état du
gouvernement chinois, deux jours plus tôt, de son intention de créer un
groupe spécial de lutte contre les activités illégales sur ses marchés
financiers. Le retrait massif des investisseurs qui a suivi cette
annonce a effacé près de 107,8 milliards de dollars US sur le marché
chinois. L’indice Shanghai & Shenzhen 300 a plongé de 9,2 % et a
entraîné vers le bas les autres places boursières émergentes. L’indice
du marché russe a perdu 3,3 %, ceux de la Pologne 4,5 %, de la
République tchèque 4,1 %, du Brésil 6,6 %, d’Argentine 6,7 %, du Mexique
5,8%, du Chili et de la Colombie plus de 4,5 %. Le MSCI Emerging Equity
Market Index a chuté de 3,1 %, effaçant du coup tout son gain de
l’année. Plusieurs marchés développés ont également chuté à cause de la
spéculation selon laquelle les compagnies qui font affaire en Chine
seraient aussi sévèrement affectées par le resserrement du contrôle sur
l’investissement dans ce pays. Toutefois, pendant ce réveil brutal des
différentes places financières, les marchés africains étaient encore une
fois à l’abri du tumulte. Par exemple, la Tunisie enregistrait 0,1 % et
la BRVM 1,8 %. Une fois encore, seules l’Afrique du Sud (-3,2 %) et
l’Egypte ont fait exception sur le continent et ont suivi le mouvement
de baisse générale des autres marchés émergents et développés.
1.3- Performances
Les marchés africains des actions ont obtenu de solides performances en dollar
de 2002 à 2006 comme le montrent les tableaux 1 et 3 en annexe (voir pdf).
Quatre marchés notamment la BRVM, la SEMDEX (Île Maurice), le Nigeria et la JSE
ont eu des rendements positifs sur cinq années consécutives. Huit autres bourses
ont eu des rendements positifs pendant quatre des cinq années. Au cours des deux
années les plus difficiles pour les marchés un peu part tout dans le monde (2002
et 2005), seulement neuf bourses africaines étaient dans le rouge en 2002,
l’année de l’éclatement de la bulle technologique, et six bourses seulement ont
subi une correction en 2005. Pour cette dernière année, le Ghana était le plus
sévèrement touché (–30 %) à cause principalement du recul des titres miniers.
A la fin de l’année 2006, 19 des 20 bourses du continent ont enregistré un
rendement positif en dollar. Le seul rendement négatif du continent, celui de la
bourse de Khartoum (-0,2 %), est purement marginal. Parmi les leaders du
continent cette année là, il y a le Malawi qui a enregistré un rendement en
dollar de 128 %, le Maroc 87 %, le Kenya 48 %, la Tunisie 44 %, l’Ile Maurice 38
% et le Nigeria 36 %. En fait, à part le Soudan, le Ghana (3 %) et l’Égypte (8
%), toutes les bourses du continent ont un rendement supérieur à 10 %. Ceci
constitue un remarquable exploit pour le contient et montre que ses marchés des
actions pourraient constituer de sérieux alternatifs aux autres marchés mondiaux
dans une stratégie de diversification des actifs.
Les indices boursiers africains ont donné de meilleurs résultats que les
principaux indices de référence S&P et du MSCI des marchés émergents (voir
tableau 3 en annexe - pdf). En 2006, au moins neuf bourses du continent ont fait
mieux que le S&P/IFC Global qui composé des actions de plusieurs compagnies des
marchés émergents y certains marchés africains.
Quant au S&P/IFC Investable qui ne contient que des actions des compagnies dans
lesquelles les étrangers sont autorisés à investir sur certains marchés, il a
été battu par sept bourses africaines.
Le MSCI Emerging Markets Equity index, qui a fait mieux que le S&P/IFCI avec un
rendement en dollar 40,9 %, a été battu de loin par cinq bourses africaines
notamment le Malawi, le Mozambique, le Maroc, le Kenya et la Tunisie.
Au moins cinq bourses africaines ont battu également les indices S&P/IFCG Asie
et S&P/IFCI Asie alors que le rendement de MSCI Asie a été moins élevé que celui
de sept marchés africains.
Les seuls indices régionaux des marchés émergents qui ont fait globalement mieux
que la majorité des bourses africaines en 2006 sont le S&P/IFCI Europe (47,6 %)
et le S&P/IFCI Amérique latine (46,4 %). Cependant, ces deux indices n’ont pas
pu dépasser la performance du Mozambique, du Malawi et du Kenya.
Les observations précédentes sont relativement les mêmes lorsqu’on analyse les
rendements moyens annuels sur trois et sur cinq ans. L’Égypte, le Kenya, le
Malawi, le Maroc, la Zambie et le Zimbabwe ont un rendement moyen annuel en
dollar sur trois ans supérieur ou égal à 32,8 % (le rendement moyen sur trois
ans de S&P/IFCI), et au moins sept marchés africains ont un rendement moyen
annuel sur cinq ans supérieur à 28,7% (le rendement moyen sur cinq ans de S&P/IFCI).
Quant au MSCI, au moins quatre bourses africaines l’ont dépassé pour le
rendement moyen sur trois ans et dix bourses ont fait mieux que lui pour le
rendement moyen sur cinq ans.
Enfin, c’est surtout en terme de rendement total sur trois et cinq ans que la
performance des bourses africaines est la plus spectaculaire comme le montre le
graphique 3 (voir pdf). Les rendements totaux sur trois ans et sur cinq ans sont
positifs pour tous les marchés. L’Égypte et la Zambie mènent le bal avec des
extraordinaires rendements sur cinq ans respectifs de 928 % et 526%. Le Kenya,
le Ghana, le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, le Nigeria, le Malawi, la
Côte d’Ivoire et le Botswana ont chacun un rendement cumulé sur cinq ans
supérieur à 100 %. Quant aux rendements totaux sur trois ans, toutes les bourses
ont un rendement supérieur à 22 % avec l’Égypte, le Malawi, la Zambie et le
Zimbabwe dont les rendements dépassent 300 %.
Sources : Banques centrales et bourses locales, Pazisma Corporation, S&P
En terme de dividende, le graphique 4 (voir pdf) montre que l’Ouganda a un
rendement moyen sur cinq ans en dividende en dollar de 6,8 %; le Botswana 6,5 %
; la BRVM 5,8 %; l’Ile Maurice 5, 7% ; la Zambie 5 %; la Tunisie et le Maroc 4 %
chacun. Selon le tableau 4 en annexe (voir pdf) qui présente le rendement en
dividende de 2002 à 2006 pour huit marchés africains pour lesquelles des données
fiables sont disponibles, il y a une tendance générale à la baisse depuis 2003
pour de la distribution de dividendes par les compagnies cotées sur les marchés
africains. Cette tendance laisse supposer que ces compagnies font de moins de
moins de profits ou bien qu’elles recommencent à réinvestir une bonne partie de
leurs bénéfices ou encore qu’elles font les deux.
Les spectaculaires rendements en dollar des bourses africaines comportent en
réalité un effet du taux de change de la monnaie locale par rapport au dollar.
Cet effet a un impact positif ou négatif sur le rendement en dollar selon que la
monnaie locale s’apprécie ou se déprécie par rapport au dollar. Par conséquent,
la robustesse de la monnaie locale a une importance capitale pour l’investisseur
étranger quant au rendement que celui-ci obtient. Le rendement en dollar de
l’indice industriel de ZSE (Zimbabwe) en 2006 illustre bien l’effet du taux de
change. Cet indice a connu la plus forte performance en monnaie locale du
continent avec un incroyable 2854 %! Même si on tient compte de l’inflation
galopante qui est de l’ordre de 1216 % dans ce pays, la performance nette de
l’indice en monnaie locale est toujours aussi impressionnant, soit 1638 %.
Cependant, à cause de la forte dépréciation du dollar zimbabwéen par rapport au
dollar américain, cet impressionnant rendement de 2854 % en monnaie locale se
transforme à un maigre 14 % en dollar US!
Plusieurs raisons justifient la bonne performance de ces cinq dernières années
des marchés financiers africains notamment l’adoption de bonnes politiques
macroéconomiques; une croissance économique supérieure à 5 % ; la diminution du
niveau des dettes publiques ; le niveau élevé des réserves ; une forte
croissance des exportations drainées par la progression de la demande chinoise
pour les denrées africaines ; le surplus des comptes courants surtout dans les
pays exportateurs de pétrole.
II- INVESTISSEMENTS DE PORTEFEUILLE ÉTRANGERS
Grâce aux nombreuses réformes de ces dernières années, plusieurs marchés
africains sont maintenant plus ouverts aux investisseurs étrangers. Les
graphiques 5 et 6(voir pdf) et le tableau 7 en annexe (voir pdf) présentent le
mouvement des capitaux étrangers investis de 2002 à 2006 dans les titres
d’actions sur quatre marchés africains pour lesquels les données sont
disponibles. En 2006 par exemple, un portefeuille total net de 10,5 milliards de
dollars a été sur ces marchés notamment en Afrique du Sud (10,4 milliards), en
Tunisie (33,8 millions), à l’Ile Maurice (30,7 millions) et en Zambie (15,4
millions).
Sources : Banques centrales et bourses locales
L’investissement net varie beaucoup d’année en année parmi ce groupe de quatre
marchés. C’est l’Afrique du Sud qui attire la plus grande partie de ces
investissements, mais c’est la Zambie qui enregistre la plus constante
croissance annuelle de capitaux nets depuis 2002. En fait, la Zambie constitue
un cas particulier car les investisseurs étrangers semblent toujours anticiper
une chute du marché des actions dans ce pays et par conséquent, ils y vendent à
découvert depuis presque cinq ans. Ceci a pour effet d’augmenter le montant net
des investissements. Cette stratégie de vente à découvert est d’ailleurs
consistante avec l’interprétation du ratio P/E. Ce dernier oscille toujours
entre 12,14 et 19,48 pour la bourse de Lusaka depuis 2003 et indique par
conséquent que le marché zambien est cher. Et puisque ce marché a un rendement
positif quatre années consécutives depuis 2003, il est normal que les
investisseurs anticipent une correction. La seule surprise est que la magnitude
de la correction anticipée n’est pas encore atteinte.
Il est important de noter que les montants des investissements mentionnés
précédemment correspondent à la somme des investissements faits par tous les
types d’investisseurs étrangers dans les titres d’actions dans les pays
concernés. Ces investisseurs étrangers sont des fonds de pensions, des fonds
communs d’investissement, des fonds spéculatifs de couverture (Hedge funds),
etc. Certains de ces fonds sont des fonds régionaux spécialisés qui
n’investissent que dans des régions précises parce qu’ils ont un objectif de
long-terme et/ou des ressources locales suffisantes pour surmonter les
asymétries d’information. D’autres sont des fonds globaux qui investissent
globalement dans les marchés financiers sans un focus régional prédéterminé.
D’autres encore n’investissent que dans des actions (fonds d’actions), ou
uniquement dans des titres de la dette (fonds d’obligations, fonds de marché
monétaire, etc.), ou dans une combinaison de tous les instruments financiers
possibles. Cependant, les fonds que les marchés africains attirent généralement
depuis les années 1990 sont en grande majorité des fonds régionaux et quelques
fonds globaux, qui investissent prioritairement dans des titres d’actions et/ou
de la dette publique dans les marchés émergents et frontières.
2.1- Fonds d’actions des marchés émergents
2.1.1- Fonds régionaux d’actions des marchés africains (FRAMA)
De nombreux fonds régionaux d’actions, généralement de taille modeste,
spécialisés dans les investissements en Afrique (FRAMA) ont fleuri dans les
années 1990 (voir tableau 4 en annexe - pdf). Cependant, la majorité de ces
fonds ont été liquidité avant 2004, faute de rendements probants, de
disponibilité de larges blocs de titres, de manque d’intérêt des investisseurs
ou de mauvaise gestion (Moss, Ramachandran, Standley, 2007). Le graphique 7
(voir pdf) montre l’évolution du nombre de ces fonds de 1990 à 2006.
Seuls huit FRAMA demeurent actifs sur le continent en 2006. L’Africa Emerging
Markets Fund, un des deux fonds rescapés des années 1990, est le plus important
avec 1,07 milliards de dollars sous gestion au 30 avril 2007. Quatre des huit
fonds n’investissent qu’en Afrique du Sud alors qu’un seul investit partout sauf
en Afrique du Sud.
Malgré le décevant parcours des FRAMA, les marchés africains regagnent
néanmoins, depuis 2005, l’intérêt d’autres types de fonds comme les fonds
spéculatifs qui investissent en partie dans les titres d’actions. Le regain
d’intérêt laisse supposer que de nouveaux FRAMA seront créés. En 2005, par
exemple, le groupe financier sud africain Investec a lancé 2 fonds. L’Investec
Africa Fund, destiné aux investisseurs institutionnels sud-africains, est un
fonds d’actions panafricain mais qui n’investit pas en Afrique du Sud. L’Investec
Pan Africa Fund est, lui, destiné aux investisseurs étrangers et ciblent les
titres d’actions dans tous les marchés financiers africains y compris l’Afrique
du Sud. Depuis sa création, ce dernier fonds a investit dans dix marchés
africains et seulement 30 % de son portefeuille sont investis en Afrique du Sud
en 2006.
Les FRAMA actuellement actifs sont catégorisés comme des fonds très risqués
parce qu’ils investissent justement en Afrique, le continent de tous les
risques! Cependant, comparés à leurs pairs d’autres marchés frontières et
émergents, les FRAMA ne sont pas plus risqués. En réalité, ils ont un risque
moyen à élevé selon le contenu de leur portefeuille . En plus, ils obtiennent
des rendements défiant toute concurrence. Le tableau 5 en annexe (voir pdf)
présente les rendements de quatre de ces fonds.
Au premier trimestre de l’année 2007, le rendement en dollar de chacun des fonds
dépasse les 14 % alors que pendant la même période, la chute de la bourse
chinoise a plongé la grande majorité des marchés développés et émergents dans le
rouge. Les rendements cumulés sur trois ans se terminant le 30 avril 2007 sont
encore plus impressionnants. Le fonds Orbis Africa Equity a obtenu un rendement
de 234 %, le fonds Africa Emerging Market 217 % et le fonds EMIF South Africa
Index Plus 151 %. Ces fonds dépassent largement les meilleurs fonds des autres
marchés émergents hors Afrique.
Le rendement des fonds dépend de la compétence de ses gestionnaires mais surtout
de la qualité des titres qui le composent. La majorité des titres d’actions que
comportent les fonds mentionnés ci-dessus appartiennent aux compagnies
sud-africaines qui sont généralement mieux gérées que leurs homologues des
autres parties du continent. N’empêche, les extraordinaires rendements de ces
fonds démontrent que malgré les risques élevés généralement associés aux marchés
africains, ces derniers peuvent offrir des opportunités de gains non
négligeables pour les investisseurs disciplinés ayant une vision de long-terme.
2.1.2- Fonds globaux des marchés émergents (FGME)
Les fonds globaux des marchés émergents ont en général plus de capitaux que les
fonds régionaux des marchés émergents. Les FGME investissent dans les marchés
émergents sans un focus régional prédéfini, mais ils peuvent limiter à un seuil
donné la proportion de leurs investissements dans une région précise. Par
conséquent, les marchés africains des capitaux se retrouvent en concurrence avec
les autres marchés émergents pour attirer ces fonds.
Selon les données de la firme Emerging Portfolio Fund Research , représentées
par le graphique 8 (voir pdf), seulement 10 % des 95 milliards de dollars sous
gestion des 94 FGME en 2005 ont été investis en Afrique subsaharienne. Sur ces
10 %, soit 9,5 milliards de dollars, seulement 28 millions de dollars sont
investis ailleurs qu’en Afrique du Sud. En d’autres termes, les investissements
dans les marchés frontières subsahariens, excluant l’Afrique du Sud, ne
représente que 0,03 % des actifs totaux sous gestion des FGME, en 2005.
En fait, l’investissement des FGME en Afrique du Sud est en nette progression
depuis 11 ans. Il est passé de 1,5 milliards de dollars en 1995, soit 5% des
actifs des FGME, à 9,5 milliards de dollars en 2005 ou 10 % des actifs. Par
contre, pendant la même période, la part des investissements des FGME dans les
autres marchés frontières africains ne cesse de décliner, passant de 0,56 % des
actifs totaux des FGME en 1996, soit à peu près 240 millions de dollars, à
seulement 0,03 % ou 28 millions de dollars en 2005.
Quant à la région du Maghreb et du Moyen Orient, quelques 3,5 milliards de
dollars seulement y ont été investis en 2005, soit 4 % des actifs des FGME. Il
est difficile de déterminer la part exacte de ces investissements qui est allée
aux quatre marchés nord-africains.
La situation n’a pas beaucoup changé en 2006. Selon les estimations les FGME ont
investi moins de 16 % de leurs actifs sur les marchés africains dont la majeure
partie en Afrique du Sud. L’intérêt quasi exclusif des investisseurs étrangers
en général et des FGME en particulier pour le marché sud-africain peut se
justifier par la forte capitalisation et le grand volume annuel d’opérations de
ce marché. En effet, selon Moss, Ramachandran, et Standley (2007), les FGME
n’investissent généralement que dans les marchés émergents qui ont au moins 50
milliards de dollars de capitalisation boursière et/ou 10 milliards de dollars
de volume annuel de transactions. En Afrique, seuls les marchés sud-africain et
égyptien, considérés tous les deux comme les seuls « véritables » marchés
émergents du continent, respectent le critère de la capitalisation boursière.
Quant au critère de volume d’opérations, seules cinq autres bourses du continent
le respectent. Mais même pour ces cinq bourses, le nombre de titres viables qui
y négocient, reste assez marginal aux yeux des gestionnaires de FGME. Il est
clair que pour attirer plus de FGME, les marchés africains des capitaux doivent
augmenter la valeur de leur capitalisation boursière et/ou de leur volume de
transactions.
2.2- Fonds spéculatifs et autres fonds de la dette
L’intérêt de ces fonds pour les marchés frontières d’Afrique subsaharienne a
considérablement accru en 2006. Ces types d’investisseurs ont été très actifs
sur les marchés africains des capitaux, plus précisément sur celui de la dette
publique en monnaie locale.
Selon l’Association des Courtiers de Marchés Émergents , le volume de
transactions sur la dette subsaharienne a atteint 12,7 milliards de dollars en
2006, soit le double de la valeur de 2005. Cet afflux de capitaux sur le
continent est cependant concentré dans les pays à haut rendement qui exportent
des produits de base et dans ceux qui ont des perspectives macroéconomiques
attrayantes ou des marchés des capitaux plus ouverts comme le Nigeria, la
Zambie, le Malawi, le Botswana et le Ghana.
Le Nigeria a attiré un total estimé d’environ un milliard de dollars dans la
première moitié de l’année 2006, soit plus de 5 fois les capitaux étrangers
totaux attirés en 2005. Plus modestement, le marché zambien de la dette a attiré
quelques 250 millions de dollars alors que celui de la Tanzanie en attiré un
plus de 150 millions de dollars. Le Ghana, la Cote d’Ivoire (BRVM) et dans une
moindre mesure le Kenya et l’Ouganda ont également attiré des capitaux sur leur
marché respectif de la dette.
Les investisseurs étrangers qui investissent dans les titres de la dette
publique des pays africains sont motivés essentiellement par l’amélioration des
fondamentaux qui indiquent des perspectives de croissance soutenue dans ces
pays. Les quatre groupes de facteurs qui expliquent principalement l’engouement
de ces investisseurs pour l’Afrique en 2006 sont :
- L’existence de beaucoup de liquidité sur le plan mondial, et le
rétrécissement de l’écart de taux entre les obligations gouvernementales (ou
souveraines) des pays développés et celles des pays émergents ;
- La diminution de la prime de risque (de cessation de paiement) sur
certains emprunts souverains et l’amélioration de la côte de crédit de plusieurs
pays grâce à leurs bons résultats macroéconomiques et à la diminution
substantielle de leur niveau d’endettement. Cette diminution découle, elle-même,
du consensus de la politique internationale pour la réduction de la dette à
travers les initiatives en faveur des pays pauvres très endettés et de
l’allégement de la dette multilatérale, et à travers l’annulation de la dette
par le Club de Paris ;
- La hausse des prix des matières premières (pétrole, bois, minerais,
etc.) qui a induit une bonne pression appréciatrice sur les monnaies locales
notamment celles des pays exportateurs ;
- L’amélioration considérable de l’habileté des investisseurs étrangers
à accéder aux marchés africains. Un plus grand nombre d’actifs financiers du
continent africain peut se régler maintenant à travers Euroclear , ce qui réduit
les coûts de transaction. Avant 2006, par exemple, parmi toutes les monnaies de
l’Afrique subsaharienne, seul le Rand sud-africain est réglé à travers Euroclear.
En 2006, sept autres monnaies locales des pays de l’Afrique subsahariens y sont
ajoutées et ceci grâce au leadership de la Banque africaine de développement qui
a émis des obligations dans ces monnaies locales en travaillant, chaque fois,
avec les autorités concernées pour s’assurer que les exigences d’Euroclear sont
respectées.
L’afflux de capitaux de ces types d’investisseurs étrangers
vers les pays frontières peut avoir, certaines fois, des effets négatifs sur les
marchés locaux surtout sur ceux de la dette et causer de sérieuses perturbations
sur les politiques monétaires des pays concernés. L’encadré 3 ci-dessous donne
l’exemple de la Zambie entre 2005 et 2006 pour illustrer les effets du reflux de
capitaux étrangers sur les marchés locaux. Les autorités locales doivent donc
s’assurer que le développement des marchés et les réglementations tiennent
compte des impacts des afflux de capitaux étrangers. Le Nigeria, par exemple, a
développé un vigoureux secteur de fonds de pension locaux qui devient une source
constante de demande pour les actifs libellés en monnaie locale, le Naira, d’une
part et permet au marché secondaire de continuer à croître d’autre part.
Plus important encore, l’augmentation de flux de capitaux étrangers requiert une
grande discipline dans la gestion de la politique financière et macroéconomique
afin d’éviter des distorsions dans le prix des actifs financiers locaux et afin
d’établir et de garder la confiance des investisseurs étrangers.
Encadré 3: Impact des flux de capitaux étrangers sur le marché de la dette
en Zambie en 2006.
En 2006, la Zambie respecte les conditions nécessaires pour bénéficier
de la réduction de sa dette à travers l’initiative en faveur des pays
pauvres très endettés. De plus, étant exportateur du cuivre, la montée
du prix de ce métal de près de 173 % en 2005, avec un sommet en mai
2006, a renforcé les perspectives d’une bonne performance
macroéconomique du pays. Les taux d’intérêt nominaux élevés et les
anticipations de gains substantiels dues à l’appréciation de la monnaie
locale, le kwacha, attiraient les investisseurs étrangers malgré la
liquidité limitée et le sous-développement des marchés locaux surtout de
celui de la dette publique.
Le flux de capitaux étrangers acheteurs de titres gouvernementaux a
considérablement augmenté à tel point qu’au 2e trimestre de 2006, 15 %
des obligations souveraines et 23 % des bons du Trésor en circulation
sont détenus par des non-résidents. Ce massif afflux de capitaux a monté
la pression appréciatrice sur la monnaie zambienne. Ce dernier a grimpé
de 44 % entre la deuxième moitié de 2005 et le 1er trimestre de 2006. À
la même période, l’afflux de capitaux dans les titres gouvernementaux a
provoqué une chute prononcée des rendements nominaux, suivie d’un déclin
de l’inflation. Le rendement d’un an a chuté de 7% à la fin mai 2006
alors que l’inflation a décliné d’environ 10 points de pourcentage pour
se situer à 8,6 %.
Toutefois, les incertitudes liées aux élections du 28 septembre 2006 et
la chute des prix du cuivre ont poussé les investisseurs étrangers à se
retirer des marchés locaux. Ce retrait a ajouté une pression
dépréciatrice significative sur le kwacha et sur le marché de la dette.
Entre la fin mai et la fin septembre 2006, le kwacha s’est déprécié de
16 % par rapport au dollar américain alors que la baisse du cours du
cuivre n’était que de 4 % seulement. La part de bons du Trésor en
circulation détenue par des investisseurs étrangers a chuté de 24 à 19 %
durant cette période. À la fin de l’année, le rendement d’un an est
revenu à 9 %, reflétant, en partie, l’impact que le retrait des
investisseurs étrangers peut avoir sur les marchés locaux.
III- OBSTACLES ET PERSPECTIVES D’AVENIR
Depuis leur création dans les années 1990 et surtout à partir de 2000, la
plupart des bourses africaines ont entrepris de sérieuses réformes pour
dynamiser leurs activités. Parmi ces réformes, on peut noter l’adoption de
système électronique de cotation et de transactions, la création d’indices
boursiers pour refléter les activités boursières, la création d’une autorité des
marchés financiers (ou l’équivalent) pour surveiller les activités reliées aux
marchés financiers, la mise en place d’une chambre de compensation ou de
règlement, la réduction de la durée de règlement des transactions, l’ouverture
des marchés aux investissements étrangers en réformant le cadre réglementaire et
fiscal pour leur permettre de rapatrier en tout ou en partie leurs capitaux et
leurs gains non (ou peu) taxés. Toutefois, ces réformes demeurent insuffisantes
pour permettre aux marchés africains des capitaux de se développer pleinement,
d’intégrer le système financier international et d’attirer réellement beaucoup
plus de capitaux étrangers tant nécessaires au développement des infrastructures
et des entreprises locales.
La petite taille, le nombre limité de titres négociables, le faible volume de
transactions et la liquidité médiocre des bourses ainsi que l’étroitesse des
économies nationales qui les abritent, restent les plus importants handicaps qui
empêchent les marchés financiers africains, hormis l’Afrique du Sud, de jouer
pleinement leurs rôles de sources de financement pour les entreprises et de
véhicules d’investissement pour les investisseurs, surtout locaux. Ces handicaps
sont eux-mêmes des conséquences de facteurs qui minent le développement d’un
vigoureux secteur privé. L’un (sinon le plus important) de ces facteurs est la
lourdeur du climat des affaires qui décourage carrément le développement
d’entreprises locales formelles viables dans les pays africains. Pour attirer
plus de capitaux locaux et étrangers, les décideurs et autorités des pays
africains devraient donc s’attaquer principalement à ces contraintes et à leurs
facteurs sous-jacents afin d’accroître l’offre et la demande des titres sur
leurs marchés des capitaux.
3.1- Augmenter l’offre des titres financiers
Pour augmenter l’offre de titres financiers, les décideurs devraient mettre en
place des mesures permettant d’accroître le nombre de compagnies qui choisissent
de s’inscrire à la bourse. Ces mesures sont principalement de deux ordres :
favoriser le développement d’entreprises locales viables et rendre attrayantes
les conditions d’inscription de ces entreprises à la cote officielle.
3.1.1- Favoriser le développement des entreprises locales
Les entreprises locales structurées, plus particulièrement celles qui évoluent
hors du secteur des produits de base, ont besoin des conditions des affaires
saines pour se développer pleinement. Or selon des enquêtes de la Banque
mondiale sur le climat d’investissements et sur le climat des affaires dans les
pays africains, principalement dans ceux de l’Afrique subsaharienne, les
entreprises locales sont confrontées à plusieurs obstacles qui limitent
considérablement leur productivité et leur croissance. Les obstacles les plus
significatifs sont la lourdeur administrative, la médiocrité des infrastructures
(transports, électricité, logistiques, etc.), le manque de main-d’œuvre
qualifiée et la faiblesse des systèmes bancaires.
3.1.1.1- Réduire la lourdeur administrative
Créer une entreprise formelle en Afrique demeure un parcours de combattant. Il y
a encore beaucoup trop de règlements et d’obligations qui découragent
l’entrepreneur africain et le forcent à rester dans le secteur informel. La
complication des règlements sur l’immatriculation des sociétés, sur l’embauche
du personnel, sur l’accès au crédit, sur le commerce, sur l’exécution des
contrats et sur les réinvestissements constitue une importante barrière à
l’entrée du secteur formel et limite le développement des entreprises locales.
Simplifier les démarches administratives est par conséquent une étape capitale
pour inciter les entrepreneurs africains du secteur informel à rejoindre le
secteur formel et pour encourager ceux qui sont déjà dans le secteur formel à se
concentrer sur la croissance de leurs entreprises.
3.1.1.2- Améliorer les infrastructures
Le mauvais état des routes, le manque de fiabilité des réseaux électriques et
des télécommunications, l’inefficacité des ports et les nombreux contrôles et
formalités douaniers freinent considérablement la production de biens, l’offre
de services et le développement du commerce. Les coûts indirects de production
reliés à la faiblesse des infrastructures sont substantiels dans la plupart des
pays africains, surtout dans ceux d’Afrique subsaharienne. Par exemple, le Kenya
perd 9 % de sa production à cause des coupures d’électricité; en Afrique
centrale, le producteur de café ne reçoit que le 1/5 du prix du café alors que
les autres 4/5 sont engloutis par le coût élevé de transport et la lourdeur
administrative entre le lieu de production (par ex., Rwanda), et le port de
chargement (par ex., Mombassa au Kenya); l’exportation des produits textiles en
Ouganda est 80 % plus chers à cause du coût élevé de transport; le propriétaire
togolais d’un centre de services bureautiques paie sa communication (sur ligne
fixe) 112 % plus son cher que son homologue bangladeshi. Améliorer les
infrastructures devient donc un impératif pour permettre aux entreprises
africaines de réduire leurs coûts de production et d’exploitation excessifs et
d’accroître leur productivité et leur compétitivité.
3.1.1.3- Encourager la bonne gestion et la bonne gouvernance corporative
Le lien entre la bonne gestion et la bonne santé des entreprises n’est plus à
démontrer. Plusieurs études montrent que les entreprises africaines sont
relativement moins bien gérées que leurs homologues asiatiques ou celles des
pays développés. La mauvaise gestion serait, selon certains, un important
facteur qui limite la croissance des entreprises publiques et privées du
continent. Selon Elfert, Benn, Gelb et Ramachandran (2005), Klein (2006), et
Ramachandran et Shah (2007), les pays africains peuvent rapidement réaliser des
progrès significatifs si les entreprises existantes sont mieux gérées, forment
correctement et utilisent plus adéquatement leur main-d’œuvre. La mise en place
des mesures pour encourager la bonne gouvernance corporative, en dynamisant, par
exemple, les associations, corps et chambres professionnelles, et surtout en
luttant efficacement contre la corruption, devrait permettre d’améliorer la
productivité et la performance des entreprises existantes.
3.1.1.4- Renforcer les systèmes bancaires
Un système bancaire forte, efficace et stable est un préalable non seulement
pour un secteur privé robuste mais aussi et surtout pour un marché des valeurs
mobilières efficient et dynamique. Malgré plusieurs réformes du secteur bancaire
dans la majorité des pays africains ces dernières années, il reste encore
beaucoup à faire afin de renforcer ce secteur (McDonald et al., 2006 ;
Christensen et al., 2006 ; Guilde et Pattilo, 2006). Plusieurs actions
concrètes, comme l’harmonisation de la réglementation, l’élimination des
distorsions, la réduire des coefficients de réserves obligatoires, et le
développement d’autres institutions non bancaires, pourraient permettre
d’accélérer le renforcement du secteur bancaire.
3.1.2- Améliorer les structures organisationnelles des bourses
3.1.2.1- Accélérer le développement interne
Le développement des entreprises locales viables est un travail de collaboration
entre les gouvernants politiques et les acteurs du secteur privé. L’amélioration
des structures de fonctionnement et de l’efficacité des bourses demeure, elle,
en grande partie, du ressort du conseil d’administration et des équipes de
gestion de ces institutions. Les gestionnaires/administrateurs des bourses
africaines devraient sans tarder mettre en place des conditions qui
faciliteraient l’accès des entreprises (et des investisseurs) aux marchés des
capitaux. Certaines des ces conditions sont :
- L’allégement des structures de gestion des bourses et peut-être la
démutualisation de ces dernières ;
- L’élimination, si ce n’est pas encore
fait, des restrictions qui entravent la libre circulation des capitaux sur ces
marchés ;
- La mise en place de systèmes et de standards efficaces de collecte
et de dissémination d’information de qualité sur les activités et opérations
boursières. La plupart des bourses africaines publient déjà, sur leur site
internet, certaines de ces informations. Mais ces informations publiques sont
souvent insuffisantes et surtout de qualité douteuse. Actuellement, il faut des
ressources et de la volonté hors pair pour recueillir des informations viables
sur les marchés africains des capitaux. Néanmoins, certaines bourses sont
exemplaires et se démarquent en terme de disponibilité et de fiabilité de
l’information qu’elles mettent à la disposition du public. Il s’agit d’Afrique
du Sud, de l’Ile Maurice, du Maroc, de la Tunisie et de la Côte d’Ivoire (BRVM).
3.1.2.2- S’atteler sérieusement à l’intégration régionale des
marchés
Il faut reconnaître que l’étroitesse des économies nationales des pays africains
ne justifie pas toujours la création de bourses nationales des valeurs
mobilières. Or sur la cinquantaine de pays africains, les plus pauvres et les
plus en faillite de la planète, au moins 20 possèdent une bourse. Pour de ces
pays, créer une bourse nationale semble devenir beaucoup plus un moyen pour
affirmer la souveraineté nationale et territoriale que pour accélérer le
développement économique. Ces pays se retrouvent alors avec des marchés
financiers exigus qui ont de la difficulté à se développer.
En se régionalisant à travers le regroupant de leurs ressources, les marchés
embryonnaires et fragmentés africains pourraient accroître leurs liquidités et
leurs capacités à mobiliser des capitaux locaux et transfrontaliers, diversifier
leurs risques, accroître leurs compétitivités, diminuer leurs coûts de
transactions, améliorer leurs rendements et accélérer leur intégration au
système financier international. Selon Irving (2005), si l’intégration régionale
est correctement faite, elle pourrait aussi réduire le risque de fuite de
capitaux de la région et même accélérer l’intégration économique dans d’autres
domaines comme ceux de la taxation, des standards comptables, de la gouvernance
corporative, et des pratiques légales. En ce sens, la BRVM en Afrique de l’Ouest
est un exemple d’intégration qui fonctionne bien, même si elle n’a toujours pas
encore réussi à tirer beaucoup de capitaux étrangers (principalement à cause des
contraintes générales mentionnées plus haut).
Il est encourageant de constater que l’idée d’intégration ou de régionalisation
des bourses fait son chemin sur le continent et que seule la forme que prendra
cette intégration demeure encore le sujet de discorde entre certains pays. Par
exemple, certaines personnalités des pays anglophones d’Afrique de l’Ouest
notamment du Ghana et du Nigeria, pensent à l’intégration de leurs bourses pour
créer une bourse de la CEDEAO ; en Afrique australe, dès l’année 2000, les pays
de la SADC qui ont une bourse locale (Botswana, Malawi, Ile Maurice, Mozambique,
Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) se sont basés
sur les principes de la JSE pour harmoniser les conditions d’inscription des
entreprises à leur bourse. Cette harmonisation a permis d’augmenter le nombre de
compagnies inscrites simultanément à la cote officielle de deux ou de trois
bourses de la région ; d’autres discussions sont encours entre certains pays de
la SADC, de la COMESA et de l’Afrique de l’Ouest pour régionaliser les bourses
africaines en une bourse virtuelle, où les bourses locales garderaient leur
autonomie (Irving, 2005).
Quoi qu’il en soit, au lieu de tergiverser sur la forme de l’intégration ou de
la régionalisation, les pays africains pourraient simplement se baser sur le
modèle de la BRVM et exploiter le savoir-faire de la bourse de Johannesburg pour
déterminer le modèle qui leur permettrait d’être efficaces. Regrouper les 20
bourses du continent en quatre ou cinq bourses régionales, serait à notre sens
l’idéal. Ceux qui avancent l’argument de la disparité entre les technologies et
surtout des problèmes de souveraineté pour retarder l’intégration, manquent soit
d’imagination soit de volonté. Bien sûr, cela prendre du temps, une dose de
courage politique et la mise au placard du chauvinisme pour arriver à donner le
plein potentiel aux projets de régionalisation des bourses africaines. Mais,
pour concurrencer réellement les autres marchés émergents qui attirent de gros
capitaux étrangers, comme les bourses latino-américaines par exemple, les
bourses africaines n’auront pas le choix que de grossir et d’offrir une variété
d’instruments financiers convaincants. Se regrouper serait le meilleur moyen
pour y arriver. Si rien n’est fait, si chacune des petites économies africaines
s’entête à disposer de sa propre petite bourse, les marchés financiers africains
resteront marginalisés et quelle que soit la solidité des rendements qu’ils
enregistreront, les gros joueurs financiers continueront à les ignorer.
3.2- Stimuler la demande des titres financiers
Une bourse des valeurs mobilières doit cibler, avant tout, la
clientèle locale constituée de petits porteurs et de gros investisseurs
institutionnels comme les fonds de pension, les fonds communs de placement, les
compagnies d’assurance, les banques etc. Si ces investisseurs sont assez actifs
sur les marchés, le volume de transactions et le ratio de liquidité
s’améliorent. Ce qui suscite à son tour l’intérêt des investisseurs étrangers et
incite d’autres compagnies à inscrire leurs titres à la bourse.
Les responsables des bourses africaines devraient donc orienter, dans un premier
temps, leurs efforts de promotions vers les investisseurs locaux. Ils devraient
encourager les investisseurs institutionnels locaux à investir dans les titres
existants (comme c’est le cas au Nigeria) et les entrepreneurs financiers
qualifiés à développer des fonds communs de placement afin de permettre à un
plus grand nombre de citoyens, surtout ceux de la classe moyenne, d’investir
dans ces véhicules de placement (comme c’est le cas au Ghana et au Kenya). Une
forte participation des investisseurs locaux pourrait aussi prémunir les marchés
des effets spéculatifs des flux étrangers. Toutefois, tous ces efforts
resteraient vains si la pauvreté extrême des populations, le bas niveau de
revenu et le faible taux d’épargne persistent. Les efforts de promotions
devraient donc s’accompagner de ceux de la résolution des problèmes liés au
sous-développement du secteur privé mentionné plus haut, pour créer et maintenir
des emplois afin d’atténuer en partie le problème de la pauvreté.
Dans un deuxième temps, les bourses africaines devraient cibler surtout les
FRAMA et d’autres fonds régionaux à travers des campagnes de promotions
adéquates tant sur le continent qu’à l’extérieur. Comme bon nombre des ces fonds
sont suivis par des systèmes internationaux de bases de données financiers (Morningstar,
S&P, Bloomberg, Thompson-reuters, etc.), leurs investissements en Afrique
pourraient accroître la visibilité des titres et des marchés africains sur le
radar d’autres grands gestionnaires de fonds globaux (FGME). Quoi qu’il en soit,
les autorités des bourses africaines devraient organiser régulièrement des
évènements financiers ciblés (forum, conférence, road-show, etc.) hautement
médiatisés sur les opportunités que pourraient offrir leurs marchés à ces types
investisseurs (Atiopou, 2005).
Enfin, le diagramme à la page suivante présente succinctement toutes les mesures
énoncées précédemment pour stimuler l’offre et la demande des financiers et
montre comment ces mesures interagissent pour permettre le développement des
marchés financiers africains.
CONCLUSION
Les marchés financiers africains ont connu un important développement et de
solides performances ces cinq dernières années (2002-2006). Leurs performances
dépassent de loin ceux de plusieurs places financières émergentes et
développées. L’amélioration des conditions macroéconomiques, le bas niveau et la
bonne gestion de la dette publique et le prix élevé des produits de base ont
encouragé récemment quelques investisseurs à s’intéresser aux marchés financiers
du continent, en particulier aux marchés obligataires dans les pays exportateurs
de matières premières.
Cependant, à l’exception de l’Afrique du Sud, la petite taille, le faible volume
d’opérations, la médiocrité des ratios de liquidité des marchés africains
continuent de limiter considérablement leur potentiel de développement et leur
attrait aux yeux des investisseurs surtout des investisseurs institutionnels
étrangers. Pour remédier à ces faits, les responsables gouvernementaux et les
autorités des marchés financiers africains devraient prendre des mesures pour
attirer et maintenir l’intérêt des investisseurs tout en limitant le risque lié
aux retraites de capitaux. Ses mesures passent par la stimulation de l’offre et
la demande de titres financiers.
Pour stimuler l’offre des titres financiers, les décideurs politiques doivent se
concentrer avant tout sur la résolution des problèmes de développement du
secteur privé. Ils doivent porter une attention particulière à l’allègement des
démarches administratives, à l’amélioration des infrastructures, au renforcement
des systèmes bancaires et à une bonne gouvernance afin de favoriser le
développement et la croissance du secteur privé surtout du segment non
traditionnel et hors matières premières. Un secteur privé forte, composé
d’entreprises viables sera, à son tour, le moteur de la croissance économique
(et de la réduction de la pauvreté). Les entreprises de ce secteur pourraient
alors choisir les marchés des capitaux comme alternatives pour financer leurs
activités et leur croissance. Les marchés dont la taille se trouverait améliorée
pourraient attirer, à leur tour, plus d’investisseurs surtout institutionnels
(locaux et étrangers), ce qui pourrait en retour encourager d’autres
d’entreprises locales à entrer en bourse.
Parallèlement, des efforts doivent aussi être faits pour poursuivre la voie de
l’intégration ou la régionalisation des bourses, un moyen efficace éliminer,
entre autre, les contraintes de taille et de liquidité des bourses africaines.
Il appartient aux décideurs politiques de le vouloir et de s’y atteler.
La stimulation de la demande des titres financiers passe principalement par des
promotions ciblées orientées d’abord vers les investisseurs locaux (individuels
et institutionnels) et ensuite vers les fonds régionaux d’investissement qui
opèrent dans les marchés émergents et frontières comme ceux du continent
africain. De ces fonds, ceux qui investissent dans des titres d’actions
encourageraient les compagnies cotées en achetant leurs titres alors que ceux
qui ciblent les titres de la dette publique comme les obligations souveraines et
les bon du Trésor en monnaie locale donneraient un sérieux coup de pouce aux
finances des gouvernements. Ces derniers pourraient utiliser les capitaux frais
pour améliorer les infrastructures, par exemple. L’amélioration des
infrastructures permettrait la réduction des coûts indirects de production et
d’exploitation et l’amélioration de l’efficacité et de la compétitivité des
compagnies locales. Le nombre élevé des ces derniers à la côte officielle
permettrait, à son tour aux investisseurs d’avoir accès à un plus grand éventail
de titres financiers.
Médard Amévi Atiopou
Analyste financier
Amevi M. Atiopou est Président-Directeur général de Pazisma Corporation et
Chef de la division Pazisma Turnaround Management
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Medard A. Atiopou
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