|
OMC :
Solidarité par défaut ou accalmie trompeuse
Après les échecs éprouvants de l’OMC à Seattle et à Cancun[1], la stratégie du
"no surprise" de Pascal Lamy semble avoir payé. Adopté en novembre 2001 à Doha
au Qatar lors de la 4e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale pour
le Commerce (OMC), le programme de Doha, qui comporte 21 dossiers visant à
éliminer les obstacles au commerce. a enfin vu son volet développement être
réellement discuté. Sans surprise, les 149 pays membres de l’OMC sont tombés
d’accord pour refuser un nouvel échec mais ont repoussé l’essentiel des
négociations et des décisions à plus tard, suspendant ainsi toute amélioration
immédiate des conditions de vie des producteurs de matières premières agricoles
dans les pays pauvres.
1. L’OMC contribue-t-elle à l’amélioration du bien-être de tous ?
Les décisions de Hong Kong ne témoignent en rien d’une volonté réelle des pays
riches de supprimer le protectionnisme lequel se conjugue souvent sous des
formes multiples favorables aux États disposant de plus d’influence que
d’autres. Il s’agit, entre autres, de barrières tarifaires et non tarifaires
avec notamment une propension à privilégier les quotas, les contingentements,
les règles d’origine, les clauses de sauvegarde, les mesures de rétorsion et les
normes draconiennes forçant une mise à niveau immédiate du système productif des
pays du sud.
Les décisions de l’OMC à Hong Kong ne se distinguent pas vraiment de celles
prises lors du dernier G 8 à Gleneagles, notamment l’annulation de 3,3 milliards
de $ EU de dettes de 19 pays pauvres [2] alors que la dette extérieure des pays à
revenus faibles s’élevait déjà à plus de 424 milliards de $ EU en 2003[3]. Il
s’agit là encore de se mettre d’accord sur un minimum qui permet à l’ensemble du
système de se perpétuer avec des promesses de "faire mieux plus tard". Il n’est
d’ailleurs pas sûr que le compromis minimaliste de Hong Kong soit accepté par
les parlementaires américains (Congrès des États-unis). Ceux-ci n’ont pas exclu
la possibilité de renouveler la loi protectionniste (Farm bill) pour leurs
agriculteurs pour la période 2007-2012 si les résultats de Hong Kong sont jugés
non-satisfaisants et vont à l’encontre de la défense de leurs intérêts
nationaux.
Le grand "deal" du commerce mondial qui consiste à faire croire que les
négociations portent sur l’entrée des produits agricoles non transformés des
pays pauvres sur les marchés des pays riches contre l’entrée des produits
manufacturés et services des pays riches sur les marchés des pays pauvres est
considéré comme de la "réal politik" pour certains et comme une véritable
injustice pour d’autres. Selon les dossiers et les acteurs, les deux points de
vue présentent une certaine légitimité. Le monde a besoin d’un système mondial
de régulation et de structuration de règles équitables pour que le commerce
mondial ait pour objectif l’amélioration du bien-être pour tous. L’OMC vient
d’être confirmée à Hong Kong dans ce rôle à condition que les dossiers des
pauvres soient inscrits en priorité à l’ordre du jour et qu’ils y soient
discutés de manière démocratique.
2. Les pays riches surpris par la résistance des pays faiblement industrialisés
L’OMC est une institution où les États-membres sont ceux qui « gouvernent ». Le
poids économique et l’influence des uns et des autres y sont donc prépondérants,
au point de reléguer parfois la valeur ajoutée du Directeur Général à un rôle
second d’homme orchestre. Pour une fois, la pression des organisations non
gouvernementales, des organisations paysannes et professionnelles, relayées par
les pays émergents et les pays à revenus faibles, a permis, enfin, d’amener les
pays occidentaux à fixer des dates butoir pour la levée de leur système
protectionniste dans un monde globalisé.
Dans un tel système, la notion de liberté du commerce du capital, des biens, des
services et des personnes ne peut être la même pour tous. La notion de commerce
équitable ne peut plus se définir uniquement en fonction des intérêts des pays
riches. Les organisations non gouvernementales, suivies par les pays pauvres et
émergents, ont réussi à convaincre le monde de cette évidence qui semblait
échapper aux États membres dominateurs au sein de l’OMC. La liberté de commerce
ne peut plus se définir uniquement à partir des interprétations et
considérations occidentales. Le point de vue des pays pauvres et les dommages
collatéraux subis par les populations sans défense, africaines en particulier,
ne peuvent passer par pertes et profits uniquement parce que les médias
politiquement corrects, modelant l’information « mondiale », font l’impasse
dessus.
En menaçant de se retirer d’un tel système injuste et non viable à terme car
profilant à l’horizon le spectre de la création d’esclaves du commerce mondial,
les pays faiblement industrialisés, ceux d’Afrique en particulier, ont réussi,
pour un temps, à imposer une solidarité par défaut. La surprise était donc du
côté des pays occidentaux qui n’étaient plus habitués à rencontrer une telle
résistance face à certaines de leurs méthodes dolosives et collectives
d’usurpation du bien d’autrui. On est bien loin des objectifs théoriques de l’OMC
consistant à organiser le monde sur la base d’un commerce libre et équitable. La
désillusion des pays les moins influents a fait place à de la résistance
collective et organisée. Malheureusement, ce ne sont pas tous les responsables
africains qui parlent au nom de leur population compte tenu des déficits
démocratiques en voie de progression sur le continent, notamment en zone
francophone.
En réalité, le monde du commerce est régi par des rapports de force qui font que
la concurrence entre pays disposant d’un niveau équivalent de développement
industriel et de productivité ne permet de se rapprocher que d’une liberté du
commerce de type "second best". Du fait des rapports de force, la concurrence et
la compétition entre les pays riches et les pays pauvres d’une part, la liberté
du commerce sans régulation acceptable par tous et applicable à tous d’autre
part, apparaissent simplement et purement comme une double usurpation dont
s’accommode une partie des pays riches :
- usurpation sur les termes de l’échange où le prix d’une matière première
agricole non transformée peut perdre jusqu’à près de 60 % en moyenne sur 35 ans
sauf pour quelques minerais rares ou le pétrole où le cartel joue son rôle de
pondération ;
- usurpation sur un système de production où des méthodes
diverses d’incitation, de subventions, et de protection permettent de soutenir
les producteurs dans les pays riches alors que justement la pauvreté et les
règles internationales actuelles du commerce mondial promues par l’OMC,
soutenues par ailleurs par les institutions de Bretton-Woods, ne permettent pas
aux pays pauvres d’en faire autant ; cela n’exempte pas les pays africains de
revoir à la baisse les barrières tarifaires freinant le commerce intra-régional
africain alors qu’ils se sont tous engagés sur des politiques d’intégration
régionale, peu respectées sur le terrain.
Ce n’est donc pas l’OMC en tant qu’institution qui est mise
en cause mais plutôt sa difficulté à questionner des règles injustes de commerce
qui ne favorisent pas les pays pauvres et émergents. Malgré sa légendaire
opacité de fonctionnement, même la mise en œuvre des décisions de l’organe des
règlements des différents (ORD) de l’OMC reste très laborieuse et les sanctions
ne deviennent réalité qu’à un rythme dicté par les États-unis. Sur demande du
Brésil, l’ORD a pourtant sanctionné récemment les États-unis pour concurrence
déloyale dans le domaine du coton. Le Brésil attend toujours patiemment les
compensations et les ajustements qui se feront selon le bon vouloir de la
puissance américaine.
Les pays pauvres et émergents ont finalement compris qu’il devenait crucial pour
leur propre avenir dans un monde de plus en plus interdépendant de réformer en
profondeur un tel système. Il leur faut proposer des solutions pratiques et
opérationnelles sans toutefois s’attirer les rétorsions discrètes mais efficaces
des puissances occidentales, adeptes du protectionnisme à sens unique.
Si en plus, les pays riches pour organiser leur indépendance alimentaire
préfèrent subventionner des productions agricoles déficitaires dans leurs pays
aux dépens des producteurs des pays pauvres, alors on frise l’injustice
commerciale au plan mondial. Les paysans sud-coréens, brésiliens ou burkinabés
en sont conscients et l’ont fait savoir bruyamment à Hong Kong. C’est donc cette
injustice dans le domaine du commerce que les pays pauvres et émergents ont
identifié et ont commencé à corriger. Cette correction risque de durer plus
longtemps que ne l’auraient souhaité et prévu ces pays.
Continuer à ne pas informer les populations des pays riches qu’elles bénéficient
partiellement et souvent inégalement des avantages d’un système qui condamne des
êtres humains dans les pays faiblement industrialisés à devenir des esclaves du
commerce mondial relève d’une forme perverse du non-respect des droits humains
qu’est le mépris. Pris dans les contradictions de leurs compromissions
antérieures, les décideurs africains, entraînés par le courage de leurs pairs
d’Amérique latine, ont finalement commencé à faire preuve de courage collectif,
et osent braver les menaces et pressions discrètes des gouvernements des pays
riches.
Du coup, les dirigeants africains prennent conscience du temps perdu à avoir
accepté, sans analyse, sans discussion, et sans revendication les conséquences
de l’application des principes de régulation du commerce mondial prônée par les
pays riches, et qu’avait épousés l’OMC jusqu’au volte-face des pays pauvres et
émergents à Hong Kong. A la différence de ses prédécesseurs qui avaient un parti
pris pour les pays influents et considéraient ces pays comme partie négligeable,
Pascal Lamy, le nouveau Directeur général de l’OMC, aura été celui qui aura
réussi :
- d’une part, à laisser les pays riches et les pays pauvres et émergents
discuter des contradictions du système commercial actuel, et
- d’autre part, à
permettre l’émergence de dates butoirs pour la mise en œuvre de solutions
concrètes même si elles sont repoussées dans le temps.
3. Une prise de conscience tardive : plus de justice pour
80 % de l’humanité
Les pays occidentaux avaient mis en place un système où les avancées en matière
de libéralisation du commerce ne pouvaient se faire qu’à sens unique et imposé
par eux. Pour éviter l’échec des négociations comme à Seattle ou Cancun, les
pays occidentaux ont préféré faire des concessions minimales. Ainsi, pour une
fois, faisant fi de leurs divergences et représentés par 120 pays membres de l’OMC
qui ont signé la déclaration commune après les quatre jours de
négociation-marathon à Hong Kong (13-18 Décembre 2005), les pays faiblement
industrialisés ont fini par faire évoluer l’OMC vers plus de justice. En
réalité, cette victoire, au goût amer, est celle de ces pays qui représentent
plus de 80 % de l’humanité. Ils ont enfin permis aux autres 20 % des pays riches
de se remettre en cause et d’accepter une réelle négociation commerciale sur des
bases démocratiques, sur au moins quatre points :
- le refus d’une libéralisation immédiate du commerce mondial sans ajustements
des capacités productives des pays les moins industrialisés ;
- la distorsion
commerciale engendrée par les excédents de productions subventionnées des pays
riches sur les producteurs des pays pauvres ;
- le rôle parfois pervers des
aides d’urgence des pays riches sur la production et la productivité agricoles
dans les pays pauvres ;
- l’affaiblissement induit de plusieurs institutions
spécialisées par une déformation calculée des analyses en faveur d’une approche
commerciale.
2.1 La libéralisation du commerce tout azimut et imposée à
des pays pauvres, dans l’impossibilité d’offrir la productivité, la qualité, les
gammes de produits et services nécessaires pour affronter une compétition au
plan mondial, n’est pas tenable à terme. Faut-il croire que les pays riches ne
veulent pas de développement durable pour les pays pauvres ? Ces derniers
sont-ils alors condamnés à servir les premiers comme de vulgaires fournisseurs
occasionnels et à bas prix de produits, services et de main d’œuvre selon les
besoins et les périodes ? Un tel système n’est-il pas porteur de risques
collatéraux de marginalisation et d’intégration parcellaire à l’économie
mondiale ? Comment alors organiser l’interdépendance des économies de manière
pacifique et évoluer vers une gouvernance mondiale au service des humains ? L’OMC,
seule, ne peut embrasser tous les dossiers du monde et doit accepter de laisser
aussi d’autres structures de la gouvernance mondiale jouer leur rôle de
régulation.
Les crises socio-économiques liées à la guerre commerciale peuvent à terme
conduire à des remises en cause de tout le système libéral et à l’accentuation
in fine du terrorisme si des réformes vers plus de justice n’interviennent pas
au plus tôt. Le coût social induit risque tout simplement d’empêcher les pays
riches de continuer à vivre dans un havre de paix et d’abondance pour quelques
privilégiés alors que d’autres, les pays marginalisés, en subissent de plein
fouet les conséquences. Les pays pauvres, pris en étau entre les possibles
rétorsions des pays occidentaux par l’élimination des aides aux développement et
les allégeances politiques n’ont pas véritablement pu aller jusqu’au bout de
leur revendication à Hong Kong. Le report dans un futur lointain des dates de
suppressions des subventions agricoles occidentales n’est qu’un exemple parmi
les règles structurant d’une inégalité commerciale mondiale basée sur le rapport
de force. Paradoxalement, ce sont les pays émergents qui ont fait pencher la
balance vers cette prise de conscience salutaire.
2.2 La prolifération des excédents des pays riches sur les marchés des pays
pauvres démunis de toutes protections et empêchant ces derniers de développer
leurs capacités productives et innovatrices endogènes s’apparente à une forme
d’ajustements par l’exclusion. Cela s’opère par le biais d’opérations d’échanges
monétaires mettant les balances commerciales des pays pauvres en situation de
déficit structurel avec les conséquences négatives sur l’endettement, la
dépendance et le développement d’initiatives génératrices de valeur ajoutée au
profit des populations des pays pauvres. En fait, si la division internationale
du travail et de la production sont maintenues dans l’état et compte tenu des
avancées technologiques et d’innovation des pays riches, il est fort probable
que les pays les moins avancés (PMA), ceux d’Afrique en particulier, risquent de
servir de dépotoirs des produits excédentaires des pays les plus productifs y
compris ceux de ces produits qui ne passent pas les tests de qualité et de
normalisation. Les friperies occidentale et chinoise ne sont que des signes
avant-coureurs de comment les pauvres se vêtiront dans un futur non lointain.
2.3 Les enveloppes budgétaires des pays riches réservées pour l’aide alimentaire
d’urgence dans les pays pauvres ne font souvent l’objet d’aucune appropriation
permettant aux pays récipiendaires de l’affecter à bon escient. Il ne faut pas
s’étonner que cette aide dans le secteur agricole, en plus des subventions déjà
octroyées par ailleurs au monde agricole des pays riches, vient financer
directement un excédent de production dans les pays riches, excédent qui ne
pourrait s’écouler autrement et contribue à faire vivre de nombreux experts
internationaux. Un tel artifice permet de stabiliser les prix mondiaux pour les
pays riches, de conserver les emplois et les profits issus de la valeur ajoutée
créée au Nord ; il s’agit bien là d’un obstacle majeur à la libre circulation
des biens, ce qui annihile l’essentiel des efforts des pauvres vers
l’amélioration de leurs capacités productives endogènes.
2.4 L’OMC, au même titre que la Banque mondiale et le Fonds monétaire
international, tend à favoriser indirectement un affaiblissement des
institutions spécialisées des Nations Unies. Celles-ci auraient du venir en
soutien et ne pas rencontrer de difficultés pour obtenir des budgets de ces
institutions. La réalité est que les fonds d’assistance technique sous forme de
dons restent très limités et se servent pas à appréhender les problèmes de
manière compréhensive et intégrée. La question a été soulevée par José Bové,
l’activiste français défenseur des droits des paysans au plan mondial, d’enlever
purement et simplement la question de l’Agriculture de la responsabilité de l’OMC
pour la traiter au niveau de l’organisation des Nations Unies en charge de
l’alimentation et de l’Agriculture (FAO). Il ne s’agit pas d’enlever à Messanvi
pour le donner à Abdoulaye, mais de trouver une nouvelle forme de coopération
où, par exemple, OMC et FAO peuvent travailler autrement sur une base équitable
en termes d’influence et de budget.
On peut se demander si, à l’identique, les problèmes liés à la propriété
intellectuelle ne devraient pas tout simplement se faire conjointement avec
l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle, ou l’industrie avec
l’Organisation des Nations Unies pour le Développement industriel, etc. Pourquoi
affaiblir ces institutions spécialisées des Nations Unies au profit d’une OMC
qui vient de démontrer qu’il faut une pression et une union des pays pauvres et
émergents pour que les sujets qui concernent la majorité des populations
mondiales soient enfin débattus avec la participation de tous ? Pourquoi
neutraliser la CNUCED au profit de l’OMC alors que des synergies bénéfiques pour
toutes les parties sont possibles ? C’est peut-être cette incapacité de l’OMC de
travailler avec les autres institutions qui explique que les décisions
importantes sont repoussées dans le temps. En effet, auparavant, l’OMC était
censée ne refléter que la position des pays riches. Mais les pays pauvres en ont
décidé autrement en faisant des avancées sur l’Agenda de Doha notamment :
- Agriculture : l’élimination de toutes les formes de subventions à
l’exportation sont repoussées à la fin de 2013 si des accords interviennent
entre-temps ; sur le volet « agriculture », les gouvernements africains se sont
engagés à investir un minimum de 10 % de leur budget national pour ce secteur
qui occupe l’essentiel de la population active africaine ; mais beaucoup sont
bien loin d’honorer leur engagement vis-à-vis de leur population sur ce point ;
-
Coton : les pays les moins avancés d’Afrique de l’Ouest pourront exporter leur
coton non transformé sans droits, ni quotas vers les pays riches dès 2008, si
les pays riches ne reviennent pas sur cette position acceptée sous pression,
plus pour éviter un échec des négociations commerciales à Hong Kong que par
conviction et volontarisme ;
- Accès au marché des pays riches pour les pays
faiblement industrialisés : avec en filigrane les renégociations de la politique
agricole commune (PAC) de l’Union européenne et l’après-élection présidentielle
en France, la même date butoir de 2008 a été choisie pour faciliter l’accès aux
marchés sans droits de douane et sans contingent pour plus de 97 % des produits
non transformés des pays pauvres ; il faut espérer que la relance des
négociations commerciales, et celle en parallèle au niveau de l’Union européenne
à 25 sur la PAC, ne rendra pas caduque cette promesse ;
- Produits industriels
et services : les négociations sur la libéralisation des services ont été
simplement et purement ajournées et rien n’a été décidé sur la réduction des
droits de douane sur les produits industriels qui restent pour le moment à des
niveaux maximums et cumulatifs. En effet, il faut savoir que plus les pays
pauvres et émergents transforment leurs matières premières et y injectent donc
de la valeur ajoutée, plus les pays riches augmentent, en cascade, leurs
barrières tarifaires. Cela a pour conséquence de décourager le développement et
d’augmenter les entraves au commerce. Ce protectionnisme, effectif sur le
terrain, est progressif selon que l’on fait commerce de matières premières non
transformées, de biens intermédiaires ou de produits manufacturés finis.
En guise d’exemple, l’Australie, le Canada, le Japon, les États-unis, la
Nouvelle-Zélande et l’Union européenne pratiquent ce genre de protectionnisme
discret mais efficace et retardent ainsi le développement des pays pauvres. Il
faut savoir qu’un bien non transformé a subi en moyenne en 2004 un niveau de
taxe équivalent à 2 % en entrant au Canada, 4,5 % en entrant au Japon, 6 % aux
États-unis et 14 % en entrant dans l'Union européenne [5]. Pour les biens
intermédiaires, les chiffres sont respectivement de 4 %, 10 %, 7 % et 16 %. Pour
les biens finis en provenant des pays pauvres et qui s’échangent avec les pays
riches, la barrière tarifaire s’élève en moyenne à 7 % au Canada, 15 % au Japon,
14 % aux États-unis et 24 % en Union européenne. Ce système de cascades
tarifaires a pour conséquence de retarder sérieusement et tout particulièrement
le développement industriel des pays pauvres. En conséquence, l’exportation de
biens à valeur ajoutée vers les pays riches est freinée ou se fait selon une
sélectivité unilatérale basée sur des négociations bilatérales du tout ou rien.
S’agissant de biens manufacturés et comportant un maximum de valeur ajoutée, la
propension des pays riches à mettre des obstacles au commerce mondial n’a d’égal
que leur volonté de cacher cet état de fait, tant à leur propre électeur, qu’au
citoyen des pays faiblement industrialisés. A la lumière de ces quelques
chiffres et en excluant les règles d’origine, les blocages par les normes
modifiées de manière intempestives et autres contingentements déguisés, on
comprend mieux la grande avancée obtenue à l’arrachée par les pays pauvres et
émergents à Hong Kong.
4. Pour un financement mondial de la mise à niveau des capacités productives et
capabilités commerciales des pays pauvres
Le pari de Doha, qui semblait devoir rester lettre morte comme beaucoup de
promesses faites aux pays pauvres au G 8, a finalement accouché non pas d’une
souris, mais d’une prise de conscience de la contradiction profonde des
positions occidentales. Il transparaît quelque part la difficulté pour les pays
riches de soutenir à terme une concurrence et un système libéral qu’ils ont
voulu et continuent de promouvoir lorsque des géants comme la Chine [6], l’Inde ou
le Brésil commencent à émerger et se rangent du côté des pays pauvres. La
difficile application des clauses de sauvegarde en Union européenne face à
l’arrivée massive des produits manufacturiers chinois et autres pays asiatiques
témoigne déjà des affrontements économiques à venir.
Pour les pays pauvres toutefois, il s’agit en fait d’une solidarité par défaut,
tout au moins au niveau des promesses. Personne pourtant n’a précisé le coût de
la mise à niveau des capacités productives dont il faudra s’acquitter pour
permettre aux pays faiblement industrialisés d’acquérir une aptitude à absorber
les chocs d’une compétitivité mondiale. Personne ne peut croire qu’une partie ne
sera pas prise en charge par les pays riches qui, vraisemblablement, ne
manqueront pas d’y injecter à nouveau leur conditionnalité d’usage, fondue et
diluée dans la notion de gouvernance [7].
Si les pays pauvres sous-estiment le manque à gagner dans leur budget national
du fait justement de la suppression des barrières tarifaires locales, ils ne
doivent pas s’attendre à ce que le coût de mise à niveau industriel soit pris en
charge totalement par les pays riches. Il y a plus de risque à terme pour les
pays pauvres sur les dossiers d’accès aux marchés de produits non agricoles
notamment les produits manufacturiers. En effet, si au cours des négociations à
venir, le financement des capacités et capabilités productives ne sont prises en
charge, la plupart des pays pauvres se retrouveront d’ici 2013 à avoir supprimé
ou réduit au minimum leurs barrières tarifaires sans pour autant avoir utilisé
ces fonds pour soutenir leur mise à niveau industrielle.
Entre la fin du 19e et le milieu du 20e siècle, la plupart des pays
industrialisés pratiquait des taux de barrières tarifaires variant entre 40 % et
50 % [8], niveau bien plus élevé que ceux des pays pauvres et émergents aujourd’hui.
Proposer ainsi de ramener toutes les barrières tarifaires à zéro d’ici 2015
n’est pas une proposition tenable pour les pays en développement, les pays
pauvres d’Afrique en particulier. C’est donc tout le paradigme de la
libéralisation accélérée du commerce qu’il convient de « questionner » sans
fausse pudeur et sans dogmatisme. Est-il vrai que tous les pays bénéficieront
équitablement des bienfaits du libre-échange s’ils réduisent à zéro à terme
toutes les barrières tarifaires et non tarifaires ? Rien n’est moins sûr
d’autant plus que la date butoir de 2015 semble bien fantaisiste pour les pays
pauvres d’Afrique qui ont besoin d’au moins deux à trois décades pour affirmer
leur efficacité et leur compétitivité industrielle dans l’économie mondiale.
En réalité, les agendas des discussions sur le commerce mondial sont souvent
décidés en fonction des intérêts des pays industrialisés et des grandes
multinationales exportatrices de produits agricoles. Les divisions à répétition
des pays du sud ont permis, ici et là, de croire à des solutions limitant ou
excluant les sacrifices à consentir par les pays riches. Le « non » des pays
pauvres et émergents à Hong Kong témoigne d’une renaissance de l’action
collective parmi les pays disposant d’une capacité d’influence faible. La
possibilité de débattre et d’obtenir des avantages dans des négociations
bilatérales ou régionales pour les pays riches n’augure rien de bon en termes
d’avancée sur le plan des négociations multilatérales. Il semble d’ailleurs que
les accords intervenus dans le cadre de négociation régionale seraient peut-être
la voie la plus sûre pour obtenir des consensus au niveau multilatéral. Cela
évitera de convoquer 149 pays pour faire des avancées lilliputiennes et se
mettre d’accord sur des promesses dépendantes de la bonne volonté des
partenaires les plus influents.
Hong Kong n’est donc qu’un signe avant-coureur de sacrifices additionnels à
consentir par les pays riches, compte tenu des nombreuses années passées par
ceux-ci à protéger leur industrie et leur compétitivité sans intégrer les
conséquences néfastes sur les économies des pays du sud. Sur un autre plan, en
délocalisant massivement dans les pays émergents en pensant contrôler les
capacités productives par le biais des privatisations, les pays riches ont été
pris dans leur propre piège puisque les pays qui ont justement refusé
d’appliquer les préceptes du consensus de Washington chers aux institutions de
Bretton-Woods sont les pays qui semblent se tirer d’affaire en termes de
croissance et d’agressivité commerciale. Il convient de nommer la Chine, l’Inde,
le Brésil et partiellement l’Afrique du Sud.
Il est donc clair que l’érosion des tarifs préférentiels pour les pays
faiblement industrialisés est une forme d’injustice commerciale tant que ces
pays n’auront pas bénéficié d’un programme de mise à niveau comme ceux financé
par l’Union européenne dans le cadre du programme euro-méditerranée (MEDA). L’OMC
gagnerait à renforcer sa coopération avec les autres agences spécialisées
actives au niveau multilatéral afin d’aider à trouver les financements pour la
mise à niveau des capacités productives et capabilités commerciales des pays
pauvres dans les différents secteurs d’activités. Un consensus sur une période
de transition pour soutenir cette mise à niveau doit aller de pair avec la
période de transition réclamée par les pays industrialisés pour réduire et faire
disparaître leur système protectionniste. 2015 peut alors servir de référence
puisqu’il sera alors temps d’évaluer les résultats obtenus dans la poursuite des
objectifs de développement du Millénaire proposés par les Nations Unies.
5. Revoir la structuration des groupes invités à la table de négociation
La structuration du commerce mondial et la division internationale du travail et
du système productif ne peuvent plus être dissociées des graves problèmes posés
par l’immigration massive des pays pauvres vers les pays riches. A coup de
médias, les dirigeants des pays riches se gardent bien de montrer comment les
politiques d’immigration ont pour objectif affiché d’aller chercher les cerveaux
des pays pauvres et de rejeter la main d’œuvre non désirable, d’une manière
souvent parfois bien brutale, en pensant faussement en faire des exemples. Ils
oublient que les pays pauvres ne disposent pas de télévisions et que les
candidats à l’immigration sont souvent des "sans papiers" en transit dans les
pays menant vers l’Occident. Venir jouer aux pompiers aux frontières de l’Europe
et repousser aux calendres grecques la demande formulée par le président de
l’Union africaine Alpha Omar Konaré de poser sur la table tous les problèmes
liés à l’immigration dans le cadre des États généraux entre le Nord et le Sud
témoignent d’une difficulté des pays riches à faire des sacrifices pour
faciliter pacifiquement l’avènement d’un monde de l’interdépendance. Pourtant,
cette conférence mérite d’avoir lieu. On ne pourra y faire l’économie des
discussions sur les conséquences du système mondial de production et circulation
du capital, des biens et des personnes.
Finalement, à la différence des conférences ministérielles de l’OMC de Seattle
et de Cancun, les pays du Nord ont perdu sur deux tableaux :
- d’une part, il n’y a pas eu de consensus de leur part pour évacuer de
l’agenda les dossiers chers aux pays pauvres et pays émergents, et
- d’autre
part, les pays du Sud ont pu témoigner d’une coalition, bien qu'hétérogène,
assez solide pour éviter d’être considérés comme les principaux responsables du
blocage des avancées sur le terrain de la libéralisation du commerce.
Face à une stratégie des pays riches de "deux poids, deux
mesures" lorsqu’il s’agit de libérer leurs marchés agricoles (Australie, Canada,
Union européenne, États-unis, Nouvelle-Zélande et Japon), les pays du Sud ont
préféré laisser les pays émergents imposer leurs points de vue. Ainsi, lorsque
les pays pauvres font bloc, ils arrivent à démontrer les contradictions d’un
système de protectionnisme occidental qui estime légitime que les excédents
subventionnés des pays riches aillent se déverser dans les pays pauvres, au
mépris du combat pour l’amélioration de la dignité humaine que permet l’emploi
productif, décent et endogène.
En filigrane, il est demandé aux pays pauvres de se contenter de ne pas modifier
intempestivement l’état de la division internationale du travail et de fournir
aux pays riches des matières premières au prix le plus bas et en quantité fixée
par les pays riches, dans le cadre d’un marché mondial que ces derniers
contrôlent. Ce système n’est durable que si les dirigeants des pays faiblement
industrialisés acceptent, paradoxalement, de ne pas servir leur population mais
d’agir pour le compte des grands groupes multinationaux et les dirigeants des
pays occidentaux. Le changement notable de la gouvernance en Amérique latine
vers une plus grande appropriation de son destin et un meilleur contrôle de ses
richesses nationales devrait faire réfléchir plus d’un chef d’État africain,
plus particulièrement ceux d’Afrique francophone, prompts à s’aligner sur ce que
la France n’a souvent même pas demandé.
Curieusement, l’échec de la conférence ministérielle de Hong Kong a aussi été
évité grâce à une prise de conscience des pays riches. Le monde n’acceptera plus
que seuls les intérêts de quelques groupes influents des pays riches soient pris
en compte. On peut légitimement se demander comment est-ce que l’on pourra
boucler avant fin 2006, une libéralisation généralisée des échanges en occultant
de poser le problème de la solidarité et de l’interdépendance du monde. L’OMC
apparaît comme un cadre trop restreint pour traiter des problèmes du monde, ou
comme un cadre réducteur qui réduit la dimension des problèmes au seul aspect
commercial où l’approche et la vision des groupes les plus influents, notamment
ceux des pays riches, semblaient toujours prévaloir. Il faut donc nécessairement
"re-calibrer" les négociations multilatérales et globales en les segmentant pour
tenter de neutraliser les rapports de force et d’influence actuels en quatre
sous-groupes principaux :
1. une négociation entre les Pays industrialisés (PI) et les pays émergents (PE) ;
2. une négociation entre les PI et les pays faiblement industrialisés (PFI) ;
3. une négociation entre les PE et les PFI ; et enfin :
4. des négociations régionales pour faire émerger les grands axes des dossiers
sectoriels pour ne plus appréhender les solutions uniquement sous l’angle
commercial.
6. Du commerce "sans entraves" à la solidarité "sans entraves"
A défaut d’une avancée rapide à Hong Kong, il y a au moins un calendrier sur les
dates butoirs des promesses avancées. Mais la faible participation des pays
pauvres dans les décisions futures, l'exploitation des rivalités au sein des
groupes notamment entre les intérêts divergents entre les pays émergents et les
pays faiblement industrialisés, les effets nocifs de la corruption et des
allégeances multiples de certains responsables africains peuvent conduire à une
contagieuse désillusion, qui risque de porter en elle la tentation de jeter le
bébé : "le commerce sans entraves" avec l'eau du bain de ses artifices
trompeurs à savoir : "la solidarité sans entraves".
2010 était la date proposée par les membres du groupe du G20
pour que les pays riches mettent fin aux subventions aux exportations agricoles
considérées comme les plus «amorales» des distorsions aux échanges mondiaux. 90
% des subventions accordées au plan mondial (soit 2,7 milliards d’euros par an)
se font par les pays européens à leurs agriculteurs. On se demande comment les
producteurs des Etats pauvres peuvent ne pas être pénalisés lorsque l’échéance
est repoussée à 2013.
Selon la Banque mondiale, et à l’exception de l’Inde qui
gagne déjà sur le marché des services, les pays émergents seraient les grands
gagnants de l’ouverture des marchés agricoles avec une hausse de 40 % de leurs
revenus. L’Afrique subsaharienne ne gagnerait que 6 %. En plaçant tout ceci en
perspective, il faut rappeler que les aides attribués par les pays riches à
leurs agricultures sont passées d’environ 315 milliards de $ des Etats-Unis (EU)
en 1990 à 320 milliards de $ EU en 2003 après une légère baisse en 2000-2001
autour de 290 milliards de $ EU [9]. La somme demandée par les Nations Unies de
doubler l’aide au développement se situe autour de 60 milliards de $ EU et les
promesses du G 8 et de la commission pour l’Afrique ne semblent pas avoir été
mises en pratiques, sauf pour une réduction marginale des intérêts de la dette
de quelques pays pauvres.
Si le commerce était effectivement sans entraves, le gain,
inégalement réparti, pour les pays en développement, se situerait entre 20 et 54
milliards de $ EU selon les interprétations. Le cycle de Doha a été relancé et
les partis n’ont consenti à faire des concessions que pour éviter un "remake"
de Cancun. Un tel esprit n’est pas propice pour des négociations saines. La
libéralisation généralisée des échanges pour 2006 doit accepter de faire une
parenthèse dans le système de re-calibrage en offrant une véritable réforme sous
la forme d’une feuille de route de mise à niveau des capacités productives et
des capabilités commerciales pour les pays les moins avancés. Ces pays, les plus
faiblement industrialisés par excellence, apparaissent comme les grands perdants
à terme d’un commerce libre mais non équitable qui considère comme quantité
négligeable la mise à niveau des capacités productives des pays pauvres.
On ne peut standardiser un système qui promeut l’esclavage
commercial. Le président des producteurs agricoles du Kenya, Leonard Nduati
Kariuki, (Kenya National Federation of Agricultural Producers - KENFAP) a bien
résumé la situation en rappelant que le prix du café payé au producteur kenyan
est de 50 cents alors que ce café se vend entre 15 et 20 $ EU au consommateur
européen. Lorsqu’il s’exprime sur la chaîne de valeurs coton, textile et
habillement du Kenya, il n’y a pas d’hésitation : "Elle a été détruite par
les programmes d’ajustements structurels. Les kenyans portent aujourd’hui vos
[pays occidentaux] vêtements de l’été dernier". Faut-il croire
paradoxalement que le "socialisme" est finalement pour les riches qui
s’organisent pour se protéger aux dépens des pauvres et que « l’économie de
marché » avec la compétition et la concurrence, sans mise à niveau préalable,
sont réservées pour les pauvres ?
Il faut espérer que la solidarité "sans entraves" sera au
rendez-vous de 2015 à moins que les négociations commerciales de Hong Kong ne
soient qu’une accalmie trompeuse…
Par Yves Ekoué Amaïzo
23 décembre 2005
Auteur et Économiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement
industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.
1. Bernard Cassen, « OMC : AGCS, vers la
privatisation de la société ? », in Le Monde diplomatique, Janvier 2004 et Yves
Ekoué Amaïzo, “OMC : Solidarité sans contrepartie pour les pays faiblement
industrialisés ?”, 19 Juillet 2005, sur http://www.afrology.com (économie)
2. Confirmant les promesses minimalistes faites par les pays
riches lors de la réunion du G 8 de Gleneagles (Royaume Uni, juin 2005), le
Fonds monétaire international (FMI) a confirmé le 21 décembre 2005 l’annulation
de la dette des 19 pays suivants : Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Cambodge,
Ethiopie, Ghana, Guyana, Honduras, Madagascar, Mali, Mozambique, Nicaragua,
Niger, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Tadjikistan, Ouganda et Zambie, in Le Monde,
23 décembre 2005, p. 6.
3. World Bank, World Development indicators 2005, p. 260.
4. Jacques Berthelot, L’Agriculture, talon d’Achille de la
mondialisation, L’Harmattan, Paris, 2001.
5. World Bank, Global Economic Prospects : Realizing the
Development Promise of the Doha Agenda, 2004, p. xvi.
6. Jean-Christophe Servant, « Ambivalence du commerce Sud-Sud:
La Chine à l’assaut du marché africain », in Le Monde diplomatique, mai 2005
7. Voir le colloque sur la Gouvernance organisé par l’Université
de Montréal sous www.cerium.ca notamment le volet sur la gouvernance et la
régionalisation.
8. Chang Ha-Joon, “The WTO negotiations on Non-Agricultural
Market Access: A Development Perspective”, Paper presented at the Asia-Pacific
Conference on Trade on “Contributing to Poverty Reduction and Human Development,
Penang, Malaysia, 22-24 November 2004; voir aussi Kinking Away the Ladder:
Development Strategy in Historical Perspective, Anthem Press, London, 2002
9. United Nations, The Millennium Development Goals Report 2005,
p. 39.
|
 |


 Télécharger cet article au format PDF
 Réagissez à cet article!
|