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Congo: Vers l'indépendance
économique?
Avec plus de 100 partis politiques pour près de 4 millions d'habitants (3,8
millions en 2007), le Congo a peu de chance de voir des alternances politiques
devenir réalité sauf cas de force majeure et des luttes intestines. Avec des
élections présidentielles en perspective dans ce pays pour juillet 2009, le
décès de la fille du Président du Congo et femme du Président du Gabon, Edith
Lucie Bongo et la visite du Président français Sarkozy en fin mars 2009
pourraient avoir modifié la donne en faveur du Président actuel. La promotion de
la démocratie et les affirmations de non-soutien au Président Sassou Nguesso
après près de 27 ans de pouvoir par le Président français ont remis à l'ordre du
jour la définition du concept de "rupture".
1. La Gouvernance politique de la fragmentation-intégration
La fragmentation des candidatures a pris de nouvelles formes puisque des
alliances avec le parti au pouvoir risquent de dominer la scène politique avec
des élections présidentielles prévues d'abord en mars 2009, puis repoussées en
juillet 2009 . Les conséquences de la crise financière vont contribuer à revoir
à la baisse le programme de développement et de grands travaux en cours. Un
dérapage budgétaire est à prévoir du fait des cours baissiers du pétrole,
principale exportation du pays, des demandes en chute libre pour certains
secteurs d'exportation de matières premières sans transformation et les dépenses
pré-électorales ad hoc, budgétisées après coup.
Le mandat présidentiel est de 7 ans renouvelable une fois, ceci depuis le
référendum du 20 janvier 2002. Élu en mars 2002, l'actuel Président de la
République, Denis Sassou-Nguesso cherche donc à élargir sa base électorale avec
la nouvelle structure créée en 2008 : le Rassemblement pour la majorité
présidentielle (RMP) qui regroupe entre autres plus de 60 partis dont le Parti
Congolais du Travail (PCT) qu'il dirige et dont l'implantation est surtout
réelle au nord du pays.
Il faut rappeler que ces élections s'inscrivent dans le processus de
réconciliation nationale suite à la période difficile de la guerre civile.
Est-ce peut-être pour éviter des surprises que le Chef d'État est aussi le chef
du Gouvernement ? Une configuration qui ne permet en fait à aucun membre du
parti présidentiel de véritablement briller. Une autre forme d'astuce pour mieux
concentrer les pouvoirs qui prennent la forme d'un régime post-présidentiel.
En réalité, le poste de chef du Gouvernement est discrètement proposé comme une
carotte sans garantie de mise en œuvre. Il est tentant pour plusieurs
responsables de l'opposition, face à des contraintes budgétaires, de revoir leur
stratégie d'opposition et d'alternance pour favoriser une stratégie de
partenariat négociée qui permettrait d'occuper le poste de premier ministre dans
le second mandat du Président Denis Sassou-Nguesso. Cela a l'avantage de
permettre d'économiser des ressources financières limitées pour les partis qui
ne sont pas au pouvoir lors des prochaines campagnes électorales, notamment pour
accéder à des postes à l'Assemblée nationale ou au Sénat tout en s'assurant des
postes ministériels dans le cadre d'une démocratie apaisée. En réalité, c'est
une aussi une stratégie de non-marginalisation pour les partis d'opposition y
compris dans le cadre d'élections contestées et non transparentes.
La volonté de coopter les principaux protagonistes de chaque région congolaise
n'est pas absente des intentions du RMP. Le fait d'avoir offert des postes
ministériels au parti le plus influent à l'Assemblée nationale à savoir le
Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI)
tient de cette stratégie. Même le parti le plus important de l'opposition, à
savoir l'Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) avec Ange-Edouard
Poungui, ex-premier ministre dans le parti unique, qui dispose d'une forte
assise dans le centre du pays et les trois provinces de l'ouest notamment le
Niari, Bouenza et Lékoumou, pourrait être tenté de revoir ses critiques pour
participer, de manière sollicitée (négociation) ou non sollicitée (cooptation de
certains membres) dans la gestion commune du pays, surtout que les ressources
pétrolières seront en augmentation au plan quantitatif.
2. Partager pour mieux conserver le pouvoir
Les bénéfices engrangés lors de la hausse importante du pétrole en 2008 ont
permis au parti au pouvoir de constituer des marges et des réserves importantes
qui font de l'économie congolaise, au moins sur papier, une économie dont les
fondamentaux économiques ne posent pas de problème majeur à la communauté des
bailleurs de fonds.
En fait, même l'influence du FMI est négligeable et se limite à un programme de
réduction de la pauvreté et une facilité pour la croissance signé depuis le 8
décembre 2008. Ce programme couvre la période 2009-2011 avec un prêt de 12,5
million de $ US, ce qui témoigne de la capacité du Congo à organiser son
développement à partir de ses ressources propres.
On est loin des conditionnalités draconiennes des institutions de Bretton-Woods.
Les critiques sur la transparence dans la gestion des finances publiques restent
d'actualité mais ne sont pas de nature à gêner le processus électoral. Le vrai
risque pour le Congo est celui de toutes les économies pétrolières, c'est sa
dépendance vis-à-vis du secteur hors hydrocarbure. Les réformes proposées par le
FMI sur l'amélioration de la transparence, l'opacité de la gestion des recettes
liées au pétrole, la difficulté à diversifier plus rapidement l'économie vers le
secteur manufacturier et les capacités productives en soutien à l'entrepreneuriat
pourraient limiter la compétitivité de l'économie congolaise en termes d'attrait
des investisseurs étrangers dans le secteur non-pétrolier.
Le secteur forestier qui subit des baisses de commandes du fait de la crise
financière pourrait voir le taux de chômage exploser et conduire à des crises
sociales sectorielles. Les velléités de crises sociales pourraient être
neutralisées par l'organisation de cooptation des principaux leaders des
différentes provinces du Congo, surtout que les réserves tirées du pétrole le
permettent.
Il convient de rappeler que la croissance réelle de l'économie congolaise, qui a
subi un sérieux accident de parcours en 2007 en passant à -1,6 %, devrait se
rapprocher d'un taux à deux chiffres (voir tableau ci-après), ceci malgré la
crise financière en 2009 et vraisemblablement en 2010 comme le suggèrent les
prévisions du FMI.
La vulnérabilité de cette économie est liée au prix du pétrole. Le prix du
pétrole est passé de 147 $ US le baril en juillet 2008 à 40 $US le baril en
décembre 2008 et cela n'a pas été anticipé par le Gouvernement. Les ajustements
dans les programmes de grands travaux dans le pays pourraient s'en ressentir.
Mais le fait que l'économie congolaise n'est que très peu intégrée au marché
international de la finance, la crise financière n'aura qu'un impact limité sur
la politique économique du pays. Par contre, les populations risquent d'être
très sévèrement touchées par des baisses de commandes dans le petit commerce
avec une chute prévisionnelle des transferts de fonds de la Diaspora congolaise
(11 millions de $ US en 2006) alors que les sorties de la Diaspora étrangère au
Congo s'élevaient à 45 millions de $ US en 2006 . En réalité, le manque de
fiabilité des statistiques sur les transferts informels, les transferts vers les
paradis fiscaux sont de notoriété publique. Il suffit de voir l'acharnement des
fonds vautours sur les sociétés écrans utilisées par le Gouvernement pour la
gestion de la manne pétrolière pour saisir l'ampleur du phénomène.
Par ailleurs, la production congolaise de pétrole est passée de 224 000 barils
par jour en 2007 à 245 000 barils par jour en 2008, essentiellement grâce à la
mise en production du site Moho-Bilondo qui inaugure les forages de plus en plus
profonds. Les prévisions estiment que le Congo devrait atteindre 300 000 barils
par jour d'ici 2010 avec l'aide de TOTAL (France) et de ENI (Italie). En
réalité, l'ensemble des ces prévisions de croissance et la solidité des
partenaires techniques tant dans le secteur hors pétrole que dans le secteur
pétrole ont permis au Congo de maîtriser graduellement les techniques d'accès
direct au marché international des capitaux, ce qui lui ouvre de véritables
marges de manœuvre au niveau de sa capacité à réaliser un développement endogène
à partir de ses ressources propres. Au plan politique, la stabilité devient une
condition sine qua non pour réussir un décollage économique. Il n'est pas
étonnant que la stratégie politique adoptée par la majorité présidentielle
consiste à renforcer une démocratie conviviale tout en organisant en amont des
promesses de distribution plus large des fruits de la croissance et des postes
politiques.
Alors que les secteurs non pétroliers tendent à progresser sereinement entre 5,9
% du Produit intérieur brut (PIB) en 2006 et 7,4 % en 2011, la volatilité du
secteur pétrolier avec ses amplitudes (-17,2 % en 2007 et une prévision de 23,1
% en 2009 du PIB) pose le problème de l'urgence d'un fond de stabilisation et
d'anticipation qui n'existe pas pour le moment (voir tableau) ainsi que sa
gestion au service de l'ensemble de la population et l'ensemble des régions
congolaises.
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Réduction de la pauvreté et
Facilité de croissance -
Indicateurs choisis, 2006 - 2011
(en %, changement annuel) |
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2006* |
2007* |
2008** |
2009** |
2010** |
2011** |
|
PIB réel |
6,2 |
-1,6 |
7,6 |
12,7 |
12,3 |
1,3 |
|
dont pétrole |
6,8 |
-17,2 |
9 |
23,1 |
21,6 |
-10,2 |
|
dont hors pétrole |
5,9 |
6,6 |
7,0 |
8,5 |
8 |
7,4 |
|
* Estimations et
** Projections
Source : FMI |
D'après les autorités congolaises, le PIB réel en 2008 aurait atteint 9,5 % de
croissance annuel , le niveau le plus élevé jamais atteint par l'économie de ce
pays principalement du fait du prix du pétrole. Ce point est indirectement
confirmé par le FMI qui estime que le taux de croissance de 8 % sera atteint
entre 2009-2011, rien qu'avec le secteur non pétrolier alors que l'inflation
sera maîtrisée autour de 3 % en moyenne. En effet, malgré la crise financière,
le secteur non-pétrolier congolais est en train d'avancer à grands pas. La
compagnie canadienne MAG industries est en train d'investir dans
l'infrastructure dans la région de Pointe-Noire dans l'exploitation de potasse
avec des productions d'environ 600,000 tonnes/an au cours des deux premières
années qui seront rapidement doublées dans les années qui suivront. Les sociétés
françaises telles que Foraco International ne sont pas de reste puisqu'elles
récupèrent des contrats dans le forage et dans la construction d'entrepôts dans
le port de Pointe-Noire. L'approche adoptée par la société canadienne d'associer
les entreprises partenaires dans le capital de la société facilite l'accès au
crédit international et limite les retards dans l'exécution du projet. Aussi, le
syndrome chinois n'atteint pas le Congo. Par contre, la non-compétitivité des
entreprises françaises sur les grands contrats devrait être une matière à
réflexion et pourrait transformer les sociétés françaises en sous-traitants sur
les importants contrats de transformation de matières premières dans le projet
du Gouvernement.
Le niveau élevé des réserves liées à la hausse passagère du pétrole risque de ne
pas être pérenne du fait du bas prix du pétrole et surtout du fait de
l'incapacité du Gouvernement à réduire son train de vie en termes de dépenses
publiques. La période pré-électorale ne fera qu'aggraver cet état de fait avec
des dépenses hors budgets importants, ce qui risque non seulement de baisser le
niveau des réserves mais surtout d'empêcher une large majorité de la population
congolaise de goûter aux fruits de la croissance engrangée au cours de 2008.
30 août 2008
Par Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du Groupe de réflexion et d'action "Afrology"
Director of the Think Tank "Afrology"
Internet: www.afrology.com
1. Voir aussi Yves Ekoué Amaïzo, "Cooptation et diversification", in
Risques internationaux, 15mars 2009, n. 116, p.11-12.
2. Stéphane Ballong, "Edith Bongo serait morte", 10 février 2009, par voir <
http://www.afrik.com/article16231.html>
3. Philippe Wojawer, "Sarkozy au Congo, pays emblématique de la Françafrique",
Reuters, <http://fr.reuters.com/news/pictures/articleslideshow?articleId=FRPAE52P0Y620090326&channelName=topNews#a=1>
4. Election Guide, <http://www.electionguide.org/country.php?ID=50>
5. WB, WDI 2008, p. 372.
6. Risques internationaux et Afrology, "Les fonds vautours : droit de créanciers
et transparence", voir <http://www.afrology.com/eco/pdf/amaizo_vautours.pdf>
7. EIU, Congo (Brazzaville), Country Report, January 2009, p. 15. |
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Ekoué Amaïzo

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