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Une banque entre finance et
solidarité...
Au service du développement de l’Afrique
En 2005, avec une confortable majorité (78,82 % des
actionnaires), l’ex-ministre rwandais des finances et de la planification
économique, M. Donald Kaberuka, recevait le mandat de mettre en œuvre ses
ambitions pour le continent au service de la Banque africaine de développement
(BAD). Reconnu pour avoir redressé et modernisé l’économie du Rwanda après le
génocide de 1994, il se fixa pour objectif de "hisser la BAD au niveau de ses
homologues, la Banque asiatique de développement et la Banque interaméricaine de
développement, en termes d’efficacité et de résultats (1)."
Depuis, cette institution accompagne les priorités nationales et régionales des
Etats membres (lire "Points de repère"), non sans prendre en compte ses propres
visions fondées sur la promotion mondiale du continent, la réduction de la
pauvreté, l’intégration (2) et le renforcement de la compétitivité de l’Afrique
sur les marchés internationaux. Pareille action a été possible grâce à une
décentralisation des opérations vers des bureaux de représentation localisés,
une réduction de la bureaucratie et un renforcement des capacités d’anticipation
et d’analyse économique de l’institution, qui aspire à devenir un centre
d’excellence et de transfert des connaissances.
Créée en 1963 et installée en 1967 à Abidjan (Côte d’Ivoire), avec uniquement
des pays membres africains — elle accueillera en 1982 des Etats non africains
(dits "non régionaux") bailleurs de fonds —, la BAD a pour objectif de
"contribuer au développement économique et au progrès social durables de ses
Etats membres régionaux, individuellement et collectivement (3)". La lutte
contre la pauvreté a été ajoutée comme objectif de la BAD en référence aux
Objectifs du millénaire des Nations unies fixant à 2015 la réduction de moitié
de l’extrême misère. Priorité est donnée aux projets allant dans le sens de la
coopération et de l’intégration économiques régionales. Pour remplir ses
missions, la BAD mobilise des ressources financières (notamment des prêts)
destinées à promouvoir l’investissement dans les pays concernés. Elle fournit à
ces derniers une assistance technique ainsi que des conseils sur les politiques
à mettre en œuvre. Dans cette perspective, 1491 agents — dont 217 nouveaux
membres recrutés au cours de l’année 2008 — veillent au bon fonctionnement du
groupe de la BAD, dont le siège est provisoirement fixé à Tunis (Tunisie) depuis
2003.
Solidarisme et efficacité
En 1972, la banque s’est en effet métamorphosée en Groupe de
la Banque africaine de développement (GBAD), à travers la création du Fonds
africain de développement (FAD), auquel s’ajoutera en 1976 le Fonds spécial du
Nigeria (FSN) (4). S’attachant à la lutte contre la pauvreté, le FAD octroie des
dons et des prêts concessionnels (5) ou sans intérêts uniquement aux Etats dits
"fragiles" et solvables, ensemble composé des pays africains à faibles
revenus (6). Les ressources proviennent presque exclusivement des contributions
des pays membres dits "non régionaux", principalement des Etats de
l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à
l’exception de l’Afrique du Sud.
Tous les trois ans environ, le FAD doit être renfloué : il entame sa douzième
reconstitution. Le onzième FAD disposait de 6,53 milliards d’euros répartis
entre quarante pays (7). Entre 2004 et 2008, le fonds a vu ses engagements
chuter de plus de moitié, dans les secteurs de l’agriculture et du développement
rural d’une part, du social de l’autre, alors que les projets multisecteurs
(opérations diverses, comme la santé ou les réformes institutionnelles liées à
la "bonne gouvernance") et les infrastructures ont augmenté dans des
proportions inverses, du fait d’un retour sur investissement moins aléatoire.
Le FSN vise quant à lui à "appuyer les efforts de développement des pays
membres régionaux (PMR) à faibles revenus, dont la situation économique et
sociale et les perspectives d’évolution nécessitent des financements à des
conditions de faveur". Cette contribution du gouvernement nigérian reste
modeste, avec un portefeuille de prêts de 266,51 millions d’euros au 31 décembre
2008. Il s’agit de prêts concessionnels sur vingt-cinq ans, aux taux d’intérêt
faibles, compris entre 2 % et 4 %.
Avec des organismes distincts, le Groupe de la BAD souffre parfois d’une lenteur
bureaucratique. Il y aurait donc lieu de fusionner les conseils d’administration
de la BAD et du FAD, tout en reléguant le FSN à sa fonction d’initiative
spéciale. Le Groupe de la BAD, qui n’offre ses services qu’aux pays africains, a
besoin de "solidarisme" financier et d’efficacité économique.
Du fait de leur solvabilité et de leur faible niveau de risque, quinze pays dits
"souverains" (8) (sur les cinquante-trois Etats africains) ainsi que le secteur
privé en général bénéficient principalement des prêts de la BAD à un taux
d’intérêt proche des conditions du marché. Les ressources proviennent des fonds
empruntés sur les marchés financiers, des contributions des Etats membres, des
remboursements des prêts et de la création monétaire, dans les limites définies
par des engagements autorisés par le conseil d’administration. En 1982, des pays
non africains ont été admis comme membres à part entière mais leur participation
restait limitée à 33 % des droits de vote. Elle est passée aujourd’hui à 40 %.
En 2008, la BAD fut dotée de 2 milliards d’euros. Par mesure de précaution, les
souscriptions au capital se font au regard du minimum légal autorisé par le
Conseil des gouverneurs. Si nécessaire, un appel est fait au capital-actions
souscrit pour faire face aux engagements de la banque. Si toutes les
souscriptions devaient avoir lieu, les membres régionaux (africains)
détiendraient 60 % du capital autorisé, composé d’actions, et les membres non
régionaux la différence, soit 40 % (9). En réalité, le capital autorisé n’est
constitué qu’à 10,81 % d’actions, celles-ci se trouvant à 89,19 % en réserve.
Jusqu’à présent, la BAD n’a pas eu besoin (cas de force majeure) d’y "faire
appel".
Composé d’un représentant par pays membre, le Conseil des gouverneurs est
l’instance de décision suprême du Groupe BAD. Il procède, entre autres, à
l’élection du conseil d’administration de la banque (dix-huit membres), qui se
voit déléguer les pouvoirs. Cinq pays disposent d’un large droit de vote
relatif, compte tenu de leurs souscriptions au capital : Japon (6,26 %),
Etats-Unis (5,87 %), France (5,04 %), Allemagne (5 %), Canada (3,85 %).
L’influence de la Chine reste très modeste pour le moment avec 0,92 % (10).
Les actions de la BAD peuvent être très diverses : financement de l’exploitation
d’une mine de titane au Kenya, de cuivre en Zambie, de nickel à Madagascar ;
soutien budgétaire destiné aux micro-, petites et moyennes entreprises en Egypte
; appui à la balance des paiements du gouvernement du Mozambique pour la
réduction de la pauvreté ; financement d’une route entre la Guinée et le
Sénégal, d’un barrage hydroélectrique en Ouganda ; réalisation d’études
conceptuelles pour l’aéroport d’Addis-Abeba en Ethiopie ; allégement de la dette
multilatérale pour les pays pauvres très endettés ; renforcement des capacités
productives et financières des pays membres régionaux ; financements d’urgence
ou de crises.
Un pompier économique
Entre 1967 et 2008, les deux principaux instruments
financiers que constituent les prêts d’appui à des projets ou à des réformes et
les dons ont été dévolus, par ordre de priorité, aux transports, à l’agriculture
et au développement rural, au multisecteur, à la finance et à la communication.
En 2008, les infrastructures et la finance occupaient respectivement 44,5 % et
23 % du total (11). Tout cela doit concourir à un développement de l’Afrique,
qui a vu sa marge de manœuvre budgétaire passer de — 0,1 % en 2000 à 2,8 % du
produit intérieur brut en 2009 (PIB) (12). En effet, la crise financière de 2008
a eu pour effet d’interrompre une croissance économique soutenue entre 2003 et
2008 (5,9 % en moyenne). En 2009, le taux est tombé à 1,9 %, mais le continent a
évité la récession économique (13).
La BAD a joué un rôle important dans cette résilience, malgré des différences
notables entre les régions et les pays. Avec le doublement en 2009 des prêts et
dons (de 4 milliards d’euros avant la crise à plus de 8 milliards d’euros en
décembre 2009 (14)), la BAD est devenue le premier pompier économique africain
en répondant, avec une flexibilité personnalisée, aux demandes de soutien des
Etats. L’assèchement du crédit sur les marchés risquait, en effet, de
transformer plusieurs pays à revenus faibles et intermédiaires non plus en Etats
fragiles mais en Etats défaillants. La BAD a donc été un instrument déterminant
pour surmonter le krach de 2008.
Dans le cadre de son plan stratégique à moyen terme 2008-2012, elle a anticipé
les turbulences externes autant que les crises systémiques internes à l’Afrique
en mettant l’accent sur la trilogie anticipation-notabilité-réalisation (15). Le
Groupe s’était préparé à répondre à une augmentation des demandes de soutien
financier sur ses deux principaux guichets : BAD et FAD. Avec l’assèchement du
marché du crédit suite à la crise financière, il s’est révélé un excellent
substitut, fournissant de la liquidité à certains Etats qui, sans ce concours,
auraient été acculés à la faillite. Même le Botswana s’est rapproché de la BAD
pour parer à des difficultés ponctuelles d’accès au crédit sur le marché
international (16).
Assistance post-conflit
Selon son compte de résultats du 31 décembre 2008, la BAD a
généré un revenu avant distribution de 337,18 millions d’euros contre 358,21
millions d’euros fin 2007. La banque ne distribue pas de dividendes à ses
actionnaires, mais ses profits, dits "revenus", sont alloués comme réserves, ou
sont dirigés directement vers des initiatives propres de l’institution. Cette
affectation, qui a doublé entre 2007 et 2008, est toujours considérée comme une
dépense en comptabilité alors qu’il s’agit en fait d’un transfert de solidarité
qu’il serait préférable de confirmer sous le concept de "solidarisme
contractuel".
Compte tenu de l’augmentation imprévue des demandes des Etats après la crise
financière, le Conseil des gouverneurs de la BAD a choisi en 2008 de réinjecter
ses revenus dans les activités opérationnelles du FAD : assistance post-conflit,
apurement de la dette dans le cadre de l’initiative des "pays pauvres très
endettés" (PPTE), financée par les pays donateurs (17).
L’effet de levier que constitue la BAD dépend du niveau de diversification des
sources de richesse, de la structure des économies et de la qualité de la
gestion des Etats. Car, en réalité, il n’y a pas toujours de corrélation entre
la croissance et le développement. Le rôle de la BAD est ainsi indissociable des
actions des pouvoirs publics locaux. Lorsque les Etats font de mauvais
investissements, des arbitrages stratégiques erronés ou encore recourent à la
corruption, il va de soi que le Groupe BAD ne peut atteindre l’objectif
économique recherché. Paradoxalement, il doit alors se résigner à assurer le
remboursement de ses engagements au travers d’allégements de dette. Cela
n’encourage nullement les Etats à devenir plus vertueux, au contraire ! Ce
d’autant que les délais de grâce importants (en moyenne entre cinq et dix ans)
conduisent les décideurs à se déresponsabiliser, rejetant les errements sur les
gouvernements précédents (18).
Des performances reconnues
Les remboursements de prêts à la Banque sont tributaires des
risques liés à la dépendance des Etats vis-à-vis des matières premières, de
l’environnement des affaires, de la corruption, de la faiblesse des
infrastructures et de l’intégration régionale (19). En cas de chocs externes et
de crises socio-économiques, cette situation réduit considérablement la marge
budgétaire et fiscale des pays. Réciproquement, toute mauvaise gestion
économique des Etats bénéficiant des services de la BAD se répercute à terme sur
la réputation de la banque, malgré ses performances reconnues par les organismes
internationaux de notation (20). Anticipant cette éventualité, compte tenu de la
crise mondiale, il est actuellement question de procéder à la sixième
augmentation de capital du Groupe.
L’interaction entre la BAD et les Etats africains dans le soutien au
développement du continent pourrait être améliorée si l’approche participative
de la banque ne reléguait pas trop souvent les associations à un rôle non
sollicité de vigilance et d’influence. Les organisations non gouvernementales
(ONG) considèrent en outre que les risques pour l’environnement et le changement
climatique seraient mieux pris en compte si elles étaient mieux associées à la
définition et à la mise en œuvre des projets.
Il convient, en effet, de comprendre le développement comme une dynamique
systémique entre plusieurs acteurs et actions. A la lumière de ces contraintes,
le développement est redéfini comme la capacité individuelle et collective à
s’organiser à des fins d’accumulation continue et diversifiée, à partir de
contenus issus de l’expérience, de la culture, de la technologie ou de la
connaissance ; il ne s’agit pas uniquement de survivre, mais d’atteindre un
bien-être évolutif reposant sur des valeurs universelles et de proximité, sans
que cela ne se fasse au détriment de l’équilibre écologique et des générations
futures.
Les principales caractéristiques qui distinguent une banque de développement
d’un autre intermédiaire financier résident dans sa capacité à analyser et
évaluer les projets, à œuvrer comme prêteur en dernier ressort et à fournir des
formes diversifiées d’assistance technique et de transfert de savoir. Un projet
est recevable parce que les ressources financières disponibles sur le marché ne
sont pas accessibles à l’emprunteur, en partie ou en totalité, mais aussi parce
qu’il démontre son impact sur la réduction de la pauvreté, tout en assurant une
rentabilité financière et économique — parfois indirecte.
Après la distribution de revenus, la BAD a enregistré des pertes de 62,33
millions d’euros en 2008 alors qu’elle enregistrait un solde positif de 250,46
millions d’euros en 2007 (21). En effet, la banque ne peut servir, sur une base
régulière, de pompier financier. La situation d’urgence créée par la crise a
entraîné une accumulation des revenus vers des activités non productives qui
pourrait considérablement entamer les notations de qualité (AAA) actuelles de la
BAD.
La notion de profitabilité constitue alors une priorité seconde, eu égard à la
détérioration du portefeuille de prêts lié soit à l’impact de la crise
financière, soit à la non-productivité des arbitrages effectués par les
gouvernements africains. La nécessité de secourir des Etats ressemble fort aux
attributs d’une banque de solidarité appuyant le développement. Or le Groupe de
la BAD ne peut réaliser ses activités d’utilité publique de long terme que si
d’autres activités productives et rentables liées à l’économie réelle dégagent
des revenus.
Le Groupe étant d’abord au service des Etats, il peine à répondre aux attentes
du secteur privé malgré des efforts certains. Une meilleure sélectivité des
projets dans la stratégie 2008-2012 témoigne d’une bonne prise en compte de ces
exigences, mais les prêts au secteur privé sans garantie publique ne constituent
encore que 20,7 % (soit 808,81 millions d’euros) de ses opérations.
Versatilité des bailleurs
Autre souci rencontré par la BAD : la versatilité des
bailleurs de fonds, notamment occidentaux, qui sélectionnent les projets en
fonction de préoccupations qui ne sont pas forcément celles des pays africains.
En outre, les budgets sont trop souvent construits sur une base seulement
annuelle. Les fonds spéciaux, attribués par exemple au secteur de l’eau, ont
ainsi chuté de 38,4 % (de 45,8 millions d’euros en 2007 à 28,2 millions en
2008). Il y a lieu de douter de la pérennisation d’un développement fondé sur
des bases aussi fragiles.
Le succès de la BAD réside principalement dans le respect de règles
prudentielles internes. L’une d’entre elles impose un niveau de liquidité
minimum permettant de fonctionner pendant au moins un an sans faire appel à une
augmentation de capital. A la fin de 2008, ce niveau se situait deux fois et
demie au-dessus du niveau plancher (soit 2,7 milliards d’unités de comptes ou
2,9 milliards d’euros). Une telle assise a facilité l’accès du GBAD aux marchés
des capitaux, à des conditions avantageuses, lors de la crise financière de
2008.
Pour pérenniser l’action de la GBAD sans modifier les équilibres entre les pays
membres régionaux (africains) et les Etats membres non régionaux (non
africains), il sera sans doute nécessaire de rechercher une augmentation de
capital additionnel auprès de non-membres, principalement des pays donateurs
occidentaux. Cette contrainte révèle l’incapacité de certaines nations
africaines disposant de ressources confortables (l’Afrique du Sud, par exemple)
à jouer le jeu de la solidarité continentale.
Au-delà de ces considérations panafricanistes, il semble que les
conditionnalités politiques — véritables injonctions d’alignement sur les
positions des nations à forte influence — conduisent certains pays régionaux à
opter pour une assistance financière bilatérale hors GBAD, ce qui profite, entre
autres, à la Chine.
Le rôle des Etats développés
Si de telles attitudes devaient persister, le groupe de la
BAD pourrait se muer en une banque dite africaine, mais dont le financement
serait essentiellement assuré par les pays industrialisés, principaux créanciers
du continent. L’intérêt et l’influence grandissants des Etats développés se
traduisent déjà dans la répartition des fournitures de biens et services du
Groupe en 2008 : 353,05 millions d’euros pour les pays régionaux et 2,06
milliards d’euros pour les pays non régionaux, la Chine et la France se
détachant comme les deux premiers bénéficiaires (22).
L’éventualité d’une succession de crises systémiques pourrait conduire au
versement du capital non libéré, principalement par les pays industrialisés. Il
s’agit de fraction du capital-actions souscrit mais qui n’a pas fait l’objet
d’appel par le Conseil des gouverneurs du Groupe. Cela aurait pour conséquence
de transformer cette institution en une banque européenne en Afrique, assurant
en priorité des fonctions de réduction de la pauvreté, ce qui n’est pas toujours
équivalent à du développement, encore moins à de l’indépendance.
Entre 1968 et 2008, les transferts nets de ressources du Groupe (essentiellement
sur la BAD) aux pays membres régionaux sont passés de 100 % à 46,6 %. Bien
qu’aucun transfert ne se fasse en faveur des pays non régionaux, la différence
provient, en fait, des remboursements décalés des pays régionaux (africains) au
Groupe de la BAD. A compter de 1995, celui-ci a été incapable de repasser la
barre des 50 % de transferts nets vers les pays africains.
Un jeu tripartite
En ce qui concerne le FAD et le FSN, les transferts nets à
ces mêmes pays sont en diminution, passant de 100 % en 1975 à 87 % en 2008, avec
un taux plancher de 65,1 % en 2000 (23). Il existe bien des difficultés
rampantes de solvabilité et donc de remboursement des Etats du continent.
Le jeu tripartite GBAD - Etats emprunteurs - bailleurs de fonds (principalement
des Etats non régionaux) — ce qui n’exclut pas d’autres structures comme le
Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale, voire un investisseur
privé comme l’homme d’affaires d’origine soudanaise Mo Ibrahim ou des fonds
arabes — suppose de fixer des priorités. Le Groupe s’occupe du développement en
assurant sa notabilité grâce à la profitabilité de ses activités d’engagement et
de placement. Mais la non-distribution de dividendes aux actionnaires et le
redéploiement des revenus vers des fonds spéciaux en soutien à la réduction de
la pauvreté en font une banque de stabilité de l’Afrique.
Il y a lieu alors de s’interroger sur la vitesse à laquelle le continent se
développe grâce au GBAD, lequel demeure solide en termes de gestion interne, à
l’écoute des Etats, ce qui peut expliquer l’effet de levier sur la résilience
économique de l’Afrique en 2009. Le rôle malgré tout modeste du secteur privé et
sa spécificité posent toutefois la question de soustraire ce secteur d’activité
à la BAD pour le confier à une future banque africaine qui s’y consacrerait en
associant la diaspora.
L’Afrique ne dispose pas encore de "son" instrument financier dédié
exclusivement au développement des capacités productives, à la création de la
richesse et de la prospérité. Au-delà de la courroie de transmission de l’aide
internationale par le GBAD, le continent saura-t-il créer des intermédiaires
financiers lui permettant de devenir le principal acteur de son destin ?
Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action, l’influence "Afrology"
29 avril 2010
(1) Jeune Afrique, Paris, 15 mars 2005.
(2) Cf. à ce sujet Conférence des Nations unies sur le commerce et le
développement (Cnuced), "Le développement économique en Afrique. Rapport 2009.
Renforcer l’intégration économique régionale pour le développement de
l’Afrique", Nations unies, Genève, 2009.
(3) "Comprendre la Banque africaine de développement : guide d’introduction pour
les ONG", BAD, Tunis, mai 2007, p. 1.
(4) Autres fonds spéciaux et de fiducie : Fonds pétrolier arabe, Fonds spécial
d’urgence pour la sécheresse et la famine en Afrique, Fonds spécial de secours.
(5) Type de prêt assorti de conditions, par exemple redevance, réalisation d’un
ouvrage public, etc.
(6) Trente-huit pays : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert,
Centrafrique, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Erythrée, Ethiopie,
Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Kenya, Lesotho, Liberia, Madagascar,
Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, République démocratique du
Congo, Rwanda, São-Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan,
Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie.
(7) Les comptes de la GBAD sont libellés en unités de compte (1 unité de compte
= 1,106750 euro au 31 décembre 2008). Tous les chiffres mentionnés dans
l’article ont été recalculés en euros pour faciliter la lecture.
(8) Afrique du Sud, Algérie, Botswana, Egypte, Gabon, Guinée-Equatoriale, Libye,
Maroc, Maurice, Namibie, Nigeria, Namibie, Seychelles, Swaziland et Tunisie.
(9) "Rapport annuel 2008", BAD-FAD, Dakar (Sénégal), 12-14 mai 2009, p. 179 et
180.
(10) "Rapport annuel 2008", op. cit., p. 263.
(11) Ibid., p. 286, 48 et 49.
(12) "Annuaire statistique pour l’Afrique 2009", BAD, Tunis, 2009, p. 53.
(13) "Regional economic outlook : Sub-Saharan Africa. Weathering the storm",
Fonds monétaire international (FMI), Washington, DC, 2009.
(14) Donald Kaberuka, "From the digital divide to the silent digital revolution.
Statement at the Assembly of the African Union", BAD, 14e session ordinaire, 31
janvier 2010, Addis-Abeba, Ethiopie, p. 3.
(15) Il s’agit du mode de notation par les agences spécialisées (Standard &
Poor’s, Moody’s, Fitch Ratings, Japan Credit Rating, etc.).
(16) Le Botswana fait figure de modèle de "bonne gouvernance" en Afrique,
acquérant, par une gestion "transparente" de ses ressources, une certaine
"autonomie".
(17) Moody’s Global Sovereign, "African development bank. Credit analysis",
Londres, septembre 2009.
(18) Lire Anne-Cécile Robert, "De Conakry à Nairobi, les Africains votent mais
ne décident pas", Le Monde diplomatique, février 2010.
(19) Lire Manière de voir, n° 108, "Indispensable Afrique", décembre 2009 -
janvier 2010.
(20) Les agences Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch Ratings et Japan Credit
Rating ont accordé des notations de AAA et AA+, témoignant de la stabilité des
perspectives d’un "créancier privilégié et prudent".
(21) "Rapport annuel 2008", op. cit., p. 24, 34, 35.
(22) Ibid., p. 274-275.
(23) Ibid., p. 24, 34, 35.
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Ekoué Amaïzo

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