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Air Afrique perd ses ailes : Retour à la case départ

Publication du 14 Janvier 2002
Lire aussi la publication de Mai 2002

Bilélé Benin

"Air Afrique, compagnie de transport aérien jadis prestigieuse et symbole de la coopération africaine vient d'être arrachée à l'affection des siens après plus d'une décennie d'agonie. Les dates d'inhumation et des funérailles seront publiées ultérieurement". Telle pourrait être la teneur du communiqué annonçant le week-end dernier à Abidjan, le dépôt de bilan de la multinationale africaine créée en 1961.

Certes, des tractations sont en cours entre les décideurs africains et Air France pour faire redécoller une nouvelle Air Afrique en lieu et place de celle engendrée à Yaoundé par une dizaine de chefs d'Etat, fraîchement indépendants. Mais quels que soient la forme, le capital et les recommandations qui vont mettre sur orbite la compagnie qui va renaître, elle ne marquera pas d'un sceau particulier le ciel africain comme celle qui disparaît.

Air Afrique a donc piqué du nez non seulement par manque de solidarité entre les Etats membres aux commandes de l'appareil Air Afrique mais surtout à cause de l'absence de courage de ses géniteurs devant les turbulences ayant marqué les dix dernières années de sa traversée du désert.

Née sur les fonts baptismaux des indépendances africains, cette compagnie a été marquée depuis sa naissance, de l'empreinte du système colonial français. C'est sans doute pourquoi elle périt aussi dans les bras de ce système représenté par Air France, appelée depuis juin dernier à la rescousse de la multinationale africaine. Mais la disparition de cette entreprise qui a fait autrefois la fierté de l'Afrique incombe plus dans aux décideurs africains qu'aux "docteurs" français appelés au chevet du moribond.

D'abord, nos chefs d'Etat ont plusieurs fois raté l'occasion de prendre courageusement les décisions nécessaires pour un véritable envol de la compagnie. Ensuite, notre partenaire français, représenté depuis la naissance de la compagnie par UTA et Air France n'a pas toujours mis au-devant, dans ses approches, l'intérêt de la multinationale.

Malheureusement aujourd'hui encore, au moment où on est en train de renégocier avec Air France pour la récapitalisation de l'entreprise, la situation demeure la même sinon tout simplement comme un retour à la case départ.

Oui le redécollage de la nouvelle Air Afrique est assujetti aux "meilleurs sentiments" d'Air France.

Entamée début février 2001 par le programme baptisé du nom de "plan de Washington" conduit par Jeffrey Erickson, la restructuration de Air Afrique devant conduire à la création d'une nouvelle compagnie était le week-end dernier à sa dernière étape dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan. Le dépôt de bilan et la renaissance d'une nouvelle compagnie du même nom à l'aide d'un apport d'Air France à hauteur de 50 % du capital étaient l'objet principal de la réunion de vendredi. Comme nous allons à la convention de partenariat avec une compagnie sous perfusion, la potion magique que propose Air France risque d'être amère à avaler. Air France prévoit en effet, dans son plan des mesures drastiques notamment : la réduction à une fréquence par capitale des dessertes sur l'axe Europe-Afrique, via Paris ; la desserte de New York ne sera possible qu'à la deuxième année d'exploitation (2003). Il est également exigé la suppression de la desserte de l'Afrique du Sud et du Moyen-Orient. Air France tient surtout à ce que les Etats membres conviennent de la cession des droits de trafic, à titre exclusif et gratuit pour une durée non inférieure à 10 ans.

Il y a enfin, une condition non négligeable, qui fait grincer les dents aux syndicats d'Air Afrique depuis belle lurette, le licenciement dans un premier temps de tout le personnel à dédommager à hauteur de 50 milliards de F CFA puis de son recrutement partiel par la nouvelle Air Afrique.

Seule l'acceptation de ces conditions permettra d'établir que Air Afrique, première formule aura vécu et aura été ressuscitée grâce aux bons soins de la France. Mais que de chemin parcouru et d'occasions ratées pour maintenir la multinationale dans les airs.

C'est en 1960 à Abidjan que le principe de création d'une société commune africaine de transport aérien est retenu sous l'oeil protecteur, dit-on, de l'ancienne puissance coloniale, la France, lors d'une réunion des pays francophones. Quelques mois plus tard le 28 mars 1961, Air Afrique prend son envol et entre avec force dans le monde de l'aéronautique. La jeune compagnie volera de succès en succès jusqu'au départ du premier directeur général, le Sénégalais Cheick Fall. A cette époque, elle comptait dans sa flotte dix neuf appareils dont deux DC 10 avec un chiffre d'affaires ayant progressé de 200 %, entre 1963 à 1974 passant notamment de 10 milliards à 32 milliards de F CFA. Si la compétence et la personnalité du PDG de l'époque ont pesé lourd dans ces résultats, le premier artisan et premier bénéficiaire aura été UTA. Le manque de personnel qualifié a en effet obligé le PDG à faire appel à des cadres "prêtés" par la compagnie française. Ce qui a certainement inspiré les décideurs africains lorsqu'ils ont fait appel en 1989 à Yves Roland Billecart après les échecs des deux successeurs de M. Fall, l'Ivoirien Aoussou Koffi et le Congolais Auxenne Ickonga.

Mais le Français n'a guère pu arrêter la descente aux enfers de la compagnie avec une pléthore d'effectifs estimé à 5883 personnes, et une perte de plus de 14 milliards.

En dépit des efforts que la France et son protégé Billecart ont fourni à cette époque, Air Afrique, la compagnie panafricaine a piqué du nez. Le personnel reproche encore de nos jours à la France, à travers Billecart, d'avoir laissé une dette d'exploitation de 40 milliards de F CFA pour l'achat d'Airbus inadaptés au trafic de la compagnie.

Espérons que la renaissance annoncée de la compagnie conduira chacun des acteurs en présence actionnaires, responsables de l'administration et travailleurs à guider les pas du "revenant" dans le transport aérien afin qu'il ne reprenne plus jamais du plomb dans l'aile.

Source : AllAfrica

"Depuis sa nommination au poste de directeur général d'Air Afrique, à la mi-septembre 2001, le Togolais Marcel Mensah Kodjo n'a jamais eu les coudées franches, sans doute à cause de la multiplicité des centres de décision(...)Propulsé du jour au lendemain à la tête d'une compagnie exsangue,(...) l'ancien élève de l'Ecole nationale d'administration, à Paris, n'a jamais vraiment décollé. Il a même fallu une indiscrétion pour qu'il apprenne l'existence de plusieurs comptes ouverts au nom d'Air Afrique dans des banques luxembourgeoises.

Source: Internet



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