LES DOSSIERS

Tavio Amorin: Le souvenir d’un panafricaniste

Débordant d’énergie et d’idées nouvelles, Tavio Amorin était l’espoir retrouvé d’une jeunesse togolaise trop longtemps opprimée. Premier Secrétaire national du Parti socialiste panafricain (Psp), membre du Haut Conseil de la République ( HCR)-Parlement de transition et Secrétaire général du Collectif de l’ opposition démocratique (COD II), il a vécu le temps d’un éclair.

 Agressé par deux limiers à la solde de la dictature togolaise, le jeune leader politique a succombé à ses blessures le 29 juillet 1992 dans un hôpital parisien. Retour sur le parcours d’un précoce en politique, son œuvre et sa fin prématurée

 Silence plat en cette soirée du jeudi 23 juillet 1992 à Tokoin- Gbonvié, un quartier de Lomé, capitale togolaise. Après une journée bien remplie au Collectif de l’opposition démocratique, Tavio Amorin avait décidé d’aller rendre visite à une parente domiciliée dans ce quartier Nord de la ville. Il y sera agressé par deux sinistres individus. Tapis dans l’ombre, ils l’interpellent et lui tirent dessus à bout portant. S’enfuyant après leur forfait, les assassins ont involontairement laissé leur signature ; un ensemble d’armes et de munitions retrouvé sur les lieux à savoir : un pistolet de calibre 9mm N° B85502 de marque française, un revolver Smith & Wesson 357 magnum N° de barillet 92143692 avec son étui AJZ 5370 modèle 2C 7566, des accessoires, des grenades, une paire de menottes et une carte professionnelle au nom de Kossi Karéwé, Gardien de la paix né en 1967 à Pya dans la Kozah. L’autre est le Sous –brigadier Yodolou Boukpessi.

Mortellement blessé à l’abdomen et à la jambe, Tavio Amorin a d’abord été conduit au Centre Hospitalier Universitaire ( CHU) de Lomé-Tokoin, puis du fait de son état critique, il a été transféré par avion sanitaire à l’hôpital Saint- Antoine de Paris. Malgré les soins intensifs dispensés par les spécialistes pour le sauver, l’intrépide combattant qui donnait tant d’espérance à une jeunesse togolaise, s’éteint le 29 juillet 1992.

L’annonce du décès du leader du Parti socialiste panafricain fut difficile à supporter par tout un peuple excédé par tant de barbarie et de lâcheté. La mort de Tavio Amorin fut condamnée à travers le monde entier. Taxé de radical et d’intransigeant, il faisait partie de ceux qui ont choisi de combattre la dictature togolaise à visage découvert. « Votre maintien nous est pénible. Nous avons mal au Togo. Mais puisque vous y êtes, tentez de jouer le rôle qui vous est dévolu. Ou dans un sursaut d’orgueil, de dignité et dans l’intérêt supérieur de la nation, démissionnez ! » a-t-il écrit dans une lettre ouverte adressée au dictateur Etienne Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février 2005.

 Qui était Tavio Amorin ?

Né le 20 novembre 1958 à Lomé, Tavio Ayao Tobias Amorin a fait ses études primaires à l’Ecole catholique de Kokétimé et secondaires au Collège Saint- Joseph de Lomé, sanctionnées par un Bac scientifique obtenu en 1977. Parti en France, il obtient un DEUG en Sciences exactes avant de s’orienter vers l’Informatique. Il se spécialise alors dans les systèmes industriels à l’Université d’Orsay.

Après avoir été Consultant en organisation d’entreprise en France pendant quelques années, Tavio Amorin s’installe en Côte d’Ivoire. C’est à la faveur de l’amnistie générale de 1991 obtenue par le peuple et la rue que le jeune leader est revenu au Togo pour prendre part à la vie politique marquée par le renouveau démocratique. Il se lance dans la bataille politique en mettant sur pied le Parti Socialiste Panafricain (PSP) avec d’autres jeunes téméraires : Jean –Claude Edoh Ayanou, Mouta Wakilou Maurice Gligli, Francis Agbagli et devient par sa fougue et son originalité, l’attraction de la Conférence nationale de juillet-août 1991 à la Salle Fazao à Lomé.

Jeune et authentique patriotique, féru de politique, formé à l’école marxiste, Tavio Amorin était sous-estimé par les vieux politicards qui lui faisaient remarquer son manque d’expérience dans le microcosme politique togolais. Afin que la pauvreté ne soit pas une tare ou une fatalité pour bon nombre de ses compatriotes, le leader du PSP avait préconisé la correction volontariste des déséquilibres structurels. Pour tous les citoyens, il rêvait des mêmes chances à la culture, aux emplois. Tavio Amorin voulait inventer un nouveau futur. Il avait d’exceptionnelles qualités morales et intellectuelles qui le prédisposaient à faire triompher ses idées.

 Courageux et clairvoyant, Tavio Amorin voulait réduire l’asservissement du peuple. En aidant les Togolais à retrouver leur dignité. Le Premier Secrétaire national du Parti Socialiste Panafricain dérangeait beaucoup les partisans de l’ordre établi. Il ne voulait pas faire du nouveau avec les vieux politicards corrompus. Audacieuse et périlleuse aventure qui lui coûtera la vie. Panafricaniste, Tavio Amorin était favorable à la création des Etats Unis d’Afrique.

Combattant suprême, assoiffé de démocratie, Tavio Amorin n’a pu étancher sa soif de liberté. Le 20 août 1992, il est inhumé au cimetière de la plage à Lomé .Treize ans après ce sordide assassinat, malgré les indices laissés sur le lieu du forfait par les agresseurs, ces derniers n’ont jamais été inquiétés. Aucune suite n’est donnée jusqu’alors à la plainte déposée par la famille éplorée auprès des tribunaux.

Sur un autre registre, la jeunesse dont la victime était le modèle, vit toujours dans l’expectative. Malgré la mort au pouvoir du despote Eyadéma, emporté par la maladie, l’alternance tant voulue par le peuple, n’a pas eu lieu. Celui qui pendant près de quatre décennies, a dirigé le Togo d’une main de fer s’en est allé. Mais ce sont les hommes du système Rpt qui tiennent les rênes du pouvoir politique.

 Fauché dans la fleur de l’âge, Tavio Amorin manque et manquera pendant bien longtemps au peuple togolais, engagé dans la lutte pour la liberté et la justice. Le leader du Parti Socialiste Panafricain, tes compatriotes restent fiers de toi pour l’œuvre accomplie durant ta courte vie. Ils rendent hommage à ta mémoire et à celle de tous ceux qui sont morts, victimes d’attentats et de répression dans la lutte pour s’affranchir de la dictature. Que ton courage, ta ténacité et ton engagement politique, guident les pas et les actes de tous tes compatriotes qui ont pris le relais.

Bruxelles,le 30 juillet 2005

 Ekoué Satchivi