POINT PRESSE

PROJETS

Mémoire d’esclaves

Inscrite à l’agenda de l’UNESCO en 2004, la Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition (JISTNA) est célébrée le 23...

La banque de demain…

Afrology a lancé en 2020 un projet de création d’une banque d’épargne et d’investissement. La Banque de demain regroupe des africains de la diaspora répartis...

Commerce de carburant toxique vers l’Afrique

Commerce de carburant toxique en direction de l’Afrique
Au Nord, Ecolo – Pollueur au Sud

Les statistiques le prouvent: la Suisse est un pays écologique. Selon plusieurs études en effet, la Suisse est l’un des premiers pays au monde à promouvoir le développement durable, déclare le site Myswitzerland.

Et pourtant…

Nous apprenons que dans une enquête intitulée « Diesel sale », l’ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne) dévoile les pratiques peu scrupuleuses de traders pétroliers suisses en Afrique. Quatre enquêteurs ont travaillé durant trois ans pour percer les mystères toxiques de l’essence et du diesel distribués sur le continent africain par les géants suisses du négoce de matières premières.

C’est le résultat de trois ans d’enquête : l’ONG suisse Public Eye publie le 15 septembre 2016 un rapport inquiétant qui met en lumière les pratiques des traders suisses dans le secteur des carburants en Afrique. Dans ce document, on apprend que le continent est inondé par des carburants toxiques. Les négociants profitent de la faiblesse ou de l’absence de législations dans de nombreux pays pour vendre sur le continent des produits bon marché, mais extrêmement dangereux pour la santé des populations.

Public Eye a analysé la qualité des carburants disponibles à la pompe dans huit pays africains : l’Angola, le Bénin, le Congo-Brazzaville, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Sénégal et la Zambie. Du carburant fourni par quatre grands négociants suisses. La conclusion est édifiante et sans appel : sur les quarante échantillons prélevés, aucun ne pourrait être vendu ailleurs que sur le continent africain.

Concrètement, les analyses ont révélé des teneurs en soufre entre 200 et 1 000 fois plus élevées que le niveau autorisé en Europe ou aux Etats-Unis avec un triste record enregistré au Mali. Sans oublier la présence de certains métaux lourds et d’autres produits toxiques comme le benzène, très fortement réglementé, alors que ces produits sont pourtant fabriqués en Europe et exportés par des entreprises européennes.

Pas illégal, mais « illégitime »

Ce que montre le rapport, c’est que les négociants profitent de la faiblesse des standards des pays africains où les taux de soufre autorisés restent très élevés. Concrètement, pour augmenter leurs marges, les négociants mélangent les carburants avec des produits toxiques qu’ils achètent en gros à faible coût. Des opérations souvent risquées qui s’effectuent à quai, notamment à Rotterdam, Amsterdam et Anvers, ou en pleine mer à quelques miles des côtes de Gibraltar ou des ports d’Afrique de l’Ouest. Dans le milieu, il y a même un nom pour qualifier ces produits pétroliers : on parle de « qualité africaine ». Plus de deux tiers des échantillons contiennent un taux de soufre supérieur à 1 500 parties par million (ppm). Avec une pointe à 3 780 ppm au Mali. La limite est de 10 ppm en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, à compter de 2017.

Ce n’est pas illégal, mais pour les auteurs du rapport, c’est pour le moins illégitime. Surtout lorsque l’on sait que le pétrole qui sert de base à ces mélanges vient parfois du continent africain. Public Eye incite donc les Etats à adopter des législations plus contraignantes. Car selon eux, si rien n’est fait, le continent africain pourrait rapidement avoir le taux de mort prématurée lié à la pollution automobile le plus élevé au monde.

Les grandes villes africaines pâtissent déjà d’une qualité de l’air déplorable et d’une urbanisation préoccupante. D’ici 2050, la population urbaine devrait tripler sur le continent. Et le nombre de véhicules devrait considérablement augmenter. Les grands acteurs suisses de ce marché du « diesel sale » disent respecter les normes en vigueur. Et ils insistent sur les efforts fournis par l’Association des raffineurs africains (ARA), une organisation basée… à Genève et dont ils sont membres, pour améliorer la qualité des carburants qu’ils importent, mélangent, revendent et distribuent sur le continent.

Interdits en Europe car très polluants et cancérigènes

Ces carburants, ajoute Public Eye, contiennent en outre d’autres substances nocives, telles que du benzène à des « niveaux généralement interdits par les normes européennes ». Public Eye ajoute que les négociants suisses fabriquent ces carburants en mélangeant divers produits pétroliers semi-finis à d’autres substances afin de créer ce que l’industrie appelle « la qualité africaine ». Ces carburants très polluants sont principalement produits aux Pays-Bas et en Belgique, dans la zone ARA (Amsterdam, Rotterdam et Anvers). Les négociants suisses y ont des raffineries et des entrepôts.

West Africa Dirty Diesel

« Les sociétés suisses produisent en Europe des carburants qui ne pourraient jamais y être vendus », car très polluants et cancérigènes. Devant cette situation, Public Eye a lancé une pétition pour que Trafigura, dont le siège est à Lucerne, s’engage à ne vendre que des carburants conformes aux standards européens partout dans le monde. Selon les projections de l’International Council on clean transportation (ICCT) en 2030, la pollution de l’air liée au trafic routier devrait causer trois fois plus de décès prématurés en Afrique que dans toute l’Europe, les États-Unis et le Japon réunis.

Fin septembre, Public Eye et des organisations de la société civile en Afrique de l’Ouest prévoient d’envoyer un conteneur rempli d’air pollué de la capitale ghanéenne aux bureaux de Trafigura à Genève.

La question que nous nous posons, toujours sans réponse chez Afrology: La planète occidentale est-elle différente de celle du continent africain? Le nuage de pollution va-t-il s’arrêter aux frontières de l’Europe? Sans vouloir nous poser en donneurs de leçons, nous pensons qu’il serait temps pour le continent africain de se doter d’outils de contrôle ne souffrant d’aucune compromission pour la santé du consommateur…

Sources: internet