Les sectes en Afrique – le cas du Togo

Les sectes en Afrique – cas du Togo
Un drame social et humanitaire…

Les sectes sont de véritables forteresses en Afrique noire. Leur progression fulgurante inquiète la population et « certaines » autorités. Selon diverses sources, l’Afrique au sud du Sahara compterait en 2004 plus de deux mille nouvelles religions. Les premiers responsables de ce désastre sont les missionnaires chrétiens et les autorités politiques…

Les violences actuelles (Al Qaida – Boko Haram) traduisent la cohabitation difficile entre les religions traditionnelles et les nouvelles sectes pseudo-religieuses, de plus en plus nombreuses en Afrique noire. Au Togo la situation ne fait qu’empirer depuis le 5 Octobre 1990; on en a dénombré en 2005 plus de quatre cents, uniquement à Lomé, la capitale. Pour attirer le plus grand nombre de fidèles, les responsables de ces nouvelles religions promettent réussites sociale et financière, ainsi que le salut éternel ou le pouvoir mystique.

Traquées ou traduites en justice en Occident, les sectes trouvent en Afrique une terre d’accueil sans contraintes. Leur avancée rapide inquiète certaines autorités civiles. « Allez, multipliez-vous! », « Ministère de la foi agissante », « Christianisme céleste », « Église de Koffi » ou encore « Force d’intervention rapide de Dieu » (de loin mon appellation préférée), sont quelques-unes de ces Églises et sectes au Togo. Ce courant pseudo-religieux est largement sponsorisé par les églises pentecôtistes anglo-saxonnes, en particulier américaines et scandinaves. La théologie protestante distingue trois types d’organisation sociale que l’on peut appliquer au religieux, à savoir l’Église, la secte et la mystique. Cette typologie est  en partie tributaire de l’écrit « Les sectes protestantes et l’esprit du capitalisme de Max Weber » [1]. Nous avons l’impression que la frontière est en passe de disparaître entre ces différents concepts dans leur relation actuelle à la société et à l’État moderne en Afrique.

1. Définitions de la secte [2]

Pour l’UNADFI, une secte dans son acceptation contemporaine, est une structure qui, sous couvert d’une proposition attractive de croissance personnelle, d’évolution spirituelle, ou de transformation de la société, porte atteinte aux libertés et droits de l’être humain, en faisant usage de manipulations mentales qui asservissent progressivement l’individu, afin de le soumettre au modèle défini par le ou les dirigeants. La secte se définit également par des comportements qui mettent en péril l’équilibre social.

Selon la MILS (rapport 1999), une secte est une association de structure totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux droits de l’homme et à l’équilibre social.

Jean-Pierre Jougla, juriste, membre de l’UNADFI, élabore une réflexion sur la secte en tant que structure anti-démocratique. La secte peut alors être perçue comme une structure dogmatique de soumission fermée sur elle-même (soumission méthodique imposée ou volontaire à un chef présent ou virtuel), dans laquelle l’individu perd sa dimension de personne et de citoyen, et régresse vers une dépendance psychologique, intellectuelle, émotionnelle et parfois physique, à une autorité absolue non contrôlée qui cumule à la fois le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, dans la perspective ouverte ou cachée d’une fragmentation des États de droit, en un réseau hégémonique de groupuscules totalitaires de type étatique.

Pour Max BOUDERLIQUE-[3], la définition des groupes sectaires totalitaires renvoie clairement aux fonctionnements psychiques primaires basés sur la seule recherche de similitude (conformité au modèle défini arbitrairement par le gourou). De tels groupes sont à l’opposé de tout système démocratique. Ils sont la négation de la liberté d’opinion et de pensée, comme la liberté de choisir soi-même ce que l’on veut être. Le refus de tout questionnement est en soi régressif. Ces systèmes sont manichéens et divisent le monde en deux, les étrangers, ennemis déclarés ou potentiels, et les semblables qui ne le sont jamais assez et font partie du groupe: les frères et soeurs. Ces systèmes sont le mépris même des droits de l’homme et de toute possibilité de tolérance.

Selon nous, la secte se définit par une de ses caractéristiques essentielles qui est l’adaptation continue et pernicieuse des pratiques, de la philosophie, à l’environnement immédiat et à l’univers psycho-social de ses membres/victimes. Une secte est une pratique religieuse dynamique, « alignée » sur le milieu (localisation) de sa pratique ou la culture environnante.

2. Échec des églises traditionnelles

Le phénomène s’est développé à cause du marasme socio-économique, consécutif à la crise politique que traverse le continent depuis le début des années 90. Plusieurs observateurs sur place à Lomé ont estimé que la multiplication des Églises et sectes au Togo est devenue une « affaire commerciale qui marche bien ». L’évêque de Dapaong, Mgr Anyilunda, explique la prolifération des sectes par le fait « qu’elles arrivent d’Amérique avec des moyens financiers importants. En face, l’action de l’Église catholique en faveur de la population et du développement est, elle, désintéressée ».

Le dynamisme des groupes de prière et des communautés nouvelles arrive à prévenir en partie la montée des sectes, comme en témoigne l’évêque de Kara, Mgr Sambar-Talkena : « L’expérience pastorale montre que, dans des paroisses où des groupes de prières et du Renouveau charismatique bien formés et assistés par des prêtres avisés sont à l’œuvre, ils constituent un barrage à la naissance et au développement des sectes tout comme les chrétiens solidement formés, spirituellement bien armés, moralement convaincus et convaincants. » Une telle démagogie fait sourire, lorsqu’on connaît le combat violent et inégal mené par les églises chrétiennes contre des croyances traditionnelles fortes souvent qualifiées de démoniaques, polythéistes, animistes. Que dire alors de ces nombreux prêtres et évêques, au Togo et ailleurs, qui rejoignent, le soir après la messe, les tenues secrètes de leur seconde famille?

L’église s’attaque au problème avec un certain retard, trop occupée à collaborer pour dépouiller les traditions africaines. C’est le lieu de s’interroger sur le succès fulgurant de ces messages dans les foyers africains. Nous pensons pour notre part que l’église chrétienne a préparé le terrain pour ces sectes. Consciemment ou non, les premiers missionnaires ont bâclé le travail d’évangélisation; le clergé occidental, premier responsable, envoyait sur le terrain les rébus de la société. Leurs enseignements médiocres basés sur des traductions approximatives et jamais recorrigées de la Bible, ont donné lieu à une certaine insatisfaction. Les sectes, plus pragmatiques, ont alors beaucoup de facilité à démonter le système mis en place pour imposer une nouvelle vision, plus proche des attentes immédiates des populations locales. Elles tiennent des discours simples, en accord avec les préoccupations, et répondent aux phantasmes et espoirs d’un peuple qui souffre. Elles étaient déjà en embuscade, avant les années 90, mais discrètes, prenant souvent la forme de cellules dormantes [Église du réveil – dormant] ou de fraternités de prière.

La propriété privée, (tabou dans la religion catholique où l’on prônait plutôt la pauvreté) et l’argent sont revalorisés par certaines sectes qui font la part belle au riche. Difficile en effet de dire à un clochard, un sans abris, que le royaume des cieux est ouvert aux pauvres, aux orphelins et aux enfants; quelle maigre consolation. Le message des sectes brille ici par son pragmatisme pascalien: Réveillez-vous, « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ».

Discours sur le projet humain: l’église chrétienne dit que l’homme n’est qu’une pâle copie de Dieu, puni pour avoir tenté d’atteindre la perfection. Certaines sectes avancent que l’homme est un projet à achever; la perfection est possible à travers la prière et l’introspection. L’élévation se fait au travers de la prière dans des langues nouvelles, la fornication (reprochée à Adam), l’auto flagellation qui rapprochent de plus en plus de la divinité et du pouvoir. La chair est si faible…

Le phénomène des sectes est en marche depuis la colonisation. Les années 90 n’ont fait que dévoiler un système longtemps étouffé par la dictature.

3. Les sectes en Afrique

De façon générale, les sectes, comme « groupes de personnes adhérant à une même doctrine religieuse, philosophique et spirituelle ou pseudo », sont des associations secrètes, de structure totalitaire, souvent présentées comme des clubs sociaux de personnes qui étudient pour devenir une meilleure version d’elles-mêmes et qui se mettent ensemble pour des œuvres de prière, la réflexion et la recherche de la connaissance. C’est là l’objectif déclaré, le secret réside souvent dans le non-dit.

L’africain, cet être rempli d’émotion et dénué de raison [4], va fonder sa foi sur la violence subie et l’intuition ressentie. Après les rencontres coloniales agitées marquées par les pères blancs et l’islam, on assiste aujourd’hui à un recentrage autour du mystique. Car en dehors des promesses et des cadeaux, le Nègre aime particulièrement l’ésotérique, le cloisonnement, l’opacité (voir la fameuse raison intuitive de Senghor).

3.1 Les principales caractéristiques (le non-dit)

La plupart des sectes ont comme objectif la consolidation des pouvoirs d’un cercle restreint qui dirige et assure la pérennité de la structure. Elles vont se baser souvent sur des pratiques très efficaces pour « isoler » le membre ou l’adepte. Quelques exemples (non exhaustif) de méthodes utilisées:

  • La confession (privée ou publique)
  • La rupture avec la famille
  • L’exploitation financière (les dimes)
  • Une structure pyramidale, souvent autoritaire
  • La domination d’un gourou (Maître-Prophète-Pasteur…)
  • Le cloisonnement de l’accès (initiés vs profanes)
  • L’infiltration des institutions de pouvoir
  • Le secret de l’appartenance (dans une certaine mesure)

Toutes les religions dites révélées vont s’inspirer de cette tare psychologique du Nègre (l’émotion) pour s’installer durablement. L’un des textes fondateurs de la colonisation belge, le fameux discours du grand Gourou Leopold II, roi des belges, à ses missionnaires, est assez révélateur sur la question.

Extraits: Révérends Pères et chers Compatriotes, […] votre connaissance de l’évangile vous permettra facilement de trouver des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté. Tel par exemple « Heureux les pauvres, car le royaume des cieux est à eux et, c’est difficile aux riches d’entrer au ciel » […] Faites leur payer une taxe chaque semaine à la messe de dimanche, utilisez cet argent prétendument destiné aux pauvres à transformer vos missions en des centres commerciaux florissants […] Instituez pour eux un système de confession qui fera de vous de bons détectives pour dénoncer tout noir qui a une prise de conscience contraire aux autorités investies de pouvoir de décision…[5]

Aujourd’hui, le discours est usé, repris uniquement par les nouvelles églises, en manque d’inspiration, dites « du réveil ». Les grandes structures ont évolué et mettent de plus en plus l’accent sur le Pouvoir et le Mystique.

3.2  Domination verticale et abus de pouvoir

Toutes les grandes religions chrétiennes et musulmanes créent aujourd’hui des succursales, avec des antennes en Afrique, berceau de la naïveté. Dieu est mort, tué par Moïse; voici venu l’ère de Jésus-Christ le nouveau Zarathustra qui conduira l’homme vers l’accomplissement du projet final et la rencontre du Surhomme [Lire Nietzsche – Ainsi parlait Zarathustra].  Le fameux Surhomme, rêvé par Zarathustra, est l’Homme supérieur, libéré des normes sociales et agissant selon sa propre volonté de puissance. Pour les Témoins de Jéhovah, seuls 144 000 chrétiens peuvent être emmenés au ciel afin de codiriger avec le Christ les humains pendant le Millenium à venir… On peut également faire une analogie rapide (certes simpliste) entre ce Surhomme (Libre et Juste) et le Grand Architecte. Le GADLU est en effet présenté en loge comme le symbole le plus ouvert possible, un symbole de la liberté de pensée; il est aussi efficace que puissant.

En Afrique, le Gourou à succès tutoie le pouvoir politique et/ou économique, dialogue avec le Dieu qu’il représente (parfois même en « Langue »). Le pouvoir légitime la secte, la secte utilise le pouvoir. François Bozizé, président déchu de la république centrafricaine fera la gloire du Christianisme Céleste en affichant publiquement son appartenance. Un peu plus bas, ses voisins du Congo et du Gabon vont faire de la franc-maçonnerie une « religion d’État ». Dans de nombreux pays d’Afrique aujourd’hui, la loge maçonnique (tropicalisée) est le seul tremplin sérieux pour accéder au pouvoir ou à des responsabilités publiques (pouvoir et opposition confondues) et dans les principaux secteurs de l’économie (Justice – Finances – Education – Médecine…). Les institutions du continent sont toutes infectées par ces appartenances tenues secrètes dans le but d’exercer un contrôle.

La colonisation du pouvoir n’est pas un problème si elle n’était pas une fin en soi. Si, dans un passé récent, des groupes secrets ont réussi à impacter positivement les mouvements sociaux, on constatera aujourd’hui que l’enrichissement personnel et le culte de la personne sont les seuls moteurs dans ces cercles « de réflexion ». Les frères prêtent serment, et jurent qu’ils ne diront rien à l’extérieur de ce qu’ils entendent ou disent en loge. Quand un frère, président de la République, prête serment devant tout un peuple, quel serment prévaut ? Quelles règles prévalent ? A quel grand-maître répond-il?

3.3 Construction horizontale et domination mystique

Le culte du dieu-argent et du plaisir immédiat, associé aux démons de la vitesse, l’orgie et la jouissance, constituent le projet de vie de la majorité des hommes. Lorsqu’on entre en secte, on est tenu par l’illusion d’une découverte progressive de grands secrets. C’est la carotte officielle, celle qui pousse à rester et garder le cap. En Afrique, le pasteur part donc à la recherche, la pêche aux pouvoirs mystiques. Il recourt souvent aux prêtres traditionnels, la Bible est elle-aussi redécouverte avec des versets cachés, des évangiles non publiés, soudain déterrés, puis parcimonieusement diffusés…

De nombreuses sectes vont proposer à l’adepte un chemin initiatique, à connotation mystique,  qui le conduira vers une compréhension des grandes thèses métaphysiques de son univers. C’est l’exemple de l’Islam officiel, sunnite ou chiite, qui s’oppose à un Islam parallèle, dite mystique, ou « soufi ». Cet Islam des « assoiffés de Dieu », à la recherche d’une « règle de vie », est aussi celui des confréries (« tarlqâ », pluriel « tourouq »)… Pendant ce temps, sur le plan laïc, au Togo, les loges régulières côtoient des formations exotiques à forte connotation mystique comme « Sphinx d’Afrique » [Emulation], « Arc-en-ciel » [Emulation], « L’aigle de la forêt sacré »[Emulation] ou encore « Lumière du septentrion » [Rite Ecossais]. La base de ces nouvelles Églises et sectes devient l’auto-nommination ou la promotion par l’argent, parce qu’il est difficile, voire impossible de démontrer un pouvoir mystique.

Ce faisant, une nouvelle relation hiérarchique s’établit et fait force de loi interne. On va respecter le maître ou le Gourou pour sa maîtrise de cette science magique (non expérimentale). Des initiés prétendent pouvoir fabriquer de l’or à partir du plomb, créer des homuncules, distiller un élixir de longue vie (Rose-Croix), rappeler l’esprit des morts. Par le mystère des transmutations, certains pensent même obtenir l’immortalité au travers de perpétuelles métamorphoses: RESPECT. Le renouveau charismatique, très actif en Afrique, est un exemple de déclinaison de la religion catholique, dans le but de « s’aligner » sur cette philosophie ambiante. Si l’on poursuit la réflexion sur le « sujet », on pourrait même être amené à se demander à quoi servent toutes les annexes et succursales de cette religion que sont « Opus Dei », « San Egidio », « L’ordre de St John » pour ne citer que ceux-là. Mais ce n’est pas là l’objet de notre propos.

4. Quelques données chiffrées

Il est très difficile de connaître le nombre exact des sectes et à fortiori le nombre de leurs adeptes. Plusieurs obstacles se dressent pour mesurer quantitativement ce phénomène :

  • Une grande mobilité : des créations de groupes se font tous les jours et d’autres disparaissent, d’autres encore se reconstituent sous de nouvelles appellations.
  • Une difficulté à repérer le moment où un groupe non sectaire jusqu’ici peut dériver et devenir une secte. Souvent nous sommes informés de l’existence de sectes lors de plaintes ou de scandales, et il est certain qu’en France, des sectes demeurent encore inconnues.
  • Une difficulté de dénombrer les diverses succursales ou associations gravitant autour d’une secte.
  • Une difficulté à évaluer le nombre des membres, parce qu’il n’est pas aisé de distinguer l’usager de prestations proposées par une secte : cours, stages, …, d’un adepte, mais aussi, du fait que les sectes elles même « ne pas sont toujours en mesure de quantifier avec précision le nombre de leurs adhérents’’, comme le relève le rapport Gest/Guyard [6].

Les chiffres français officiellement retenus sont ceux produits par les renseignements généraux lors de plusieurs enquêtes, et publiés dans deux rapports officiels :

  • 116 groupes ou associations,
  • 500 000 personnes directement ou indirectement touchées,
  • 172 sectes mères et une nébuleuse d’au moins 800 satellites,
  • les nombreux groupes se réclamant du Nouvel Age n’ont pas été retenus car ils se situent encore aux ‘ »franges sectaires » : 160 000 membres réguliers ou occasionnels environ, ainsi que 100 000 sympathisants.

Ces chiffres demeurent toutefois des indications abstraites, car ils recouvrent des réalités très diverses quant à la structure et l’organisation de ces groupes. Certains ne rassemblent que quelques dizaines d’adeptes, d’autres sont des multinationales.

5. Actions des pouvoirs publics

D’un côté trop occupée à exploiter une population complètement désarmée, l’autorité publique semble apprécier cette nouvelle occupation de ses victimes. Elle laisse faire, hypocrite, justifiant le phénomène par l’apparition de la démocratie, le fameux « vent de l’Est ». De l’autre côté, complice, la situation de non-droit est un cadre parfait pour l’exercice du culte secret dans les temples du pouvoir politique et le contrôle du contre-pouvoir (l’opposition).

Pour lutter efficacement contre cette infiltration, plusieurs recommandations sont pourtant d’application dans les États occidentaux. Parmi les mesures avancées, on retiendra :

  • l’aménagement du statut des associations à partir d’un certain montant dissuasif, impliquant un examen des comptes, l’obligation de rapport sur la fiscalité de ces groupes,
  • l’élaboration d’une circulaire sur la séparation de l’Église et de l’État,
  • l’interdiction d’un quelconque culte aux frais de l’État.

Mais les métropoles elles-mêmes ont déjà du mal à mettre en pratique leurs propres règles; l’appartenance à une secte ne semble pas rentrer en ligne de compte quand on est aligné dans une loge étrangère. Nous pensons que la confusion entre le fait politique et le fait religieux (ou pseudo) est une source de déséquilibre profond pour nos sociétés (clientélisme, passe-droit, déviationnisme, confusion des missions…).

Dans les sociétés rurales en Afrique de l’Ouest, les chefs traditionnels et les rois (distincts du chef religieux) étaient les gardiens de la tradition et des croyances; avec la dictature, des fonctionnaires ont été portés sur les trônes pour transmettre à la population les messages du « guide éclairé », la tradition est alors instrumentalisée, asséchée, vidée. Les événements récents au Togo, avec le passage à tabac, par les militaires du RPT, du chef traditionnel de la ville d’Aneho, sont autant de signes des succès des églises, de la colonisation et du pouvoir militaire contemporain. Un prêtre, un pasteur ou un Grand-Maître a aujourd’hui plus de pouvoir qu’un chef de village…

Conclusion: appel aux selfistes

selfismeContre l’inaction complice des autorités politiques, nous pensons qu’il faut, en Afrique, redonner au chef traditionnel (première autorité religieuse) toutes ses lettres de noblesse. Voir l’exemple Bamiléké au Cameroun [Lire]. A moins que ces derniers ne soient, eux aussi, déjà « récupérés »…

En attendant ce retour hypothétique, nous prêchons pour une nouvelle église, celle du Surhomme (ici défini comme Homme supérieur, libéré des normes sociales, agissant selon sa propre volonté de puissance, qui ne respecte rien hormis lui-même): L’église de Soi-même ou le Selfisme. Si l’homme est à l’image de Dieu, partie infime de cette enveloppe divine, donc petit dieu lui-même, d’où vient ce besoin d’un Gourou? Gnothi seauton [7]: « Connais-toi, toi même ». Qui d’autre que moi, peut intervenir le plus rapidement pour moi? Je suis MA force d’intervention rapide…

Selfisme: n.m – Le selfisme [2016-  ] se définit une religion individuelle dont le but est l’éveil, par l’exacerbation du désir égotique, seule condition à l’épanouissement de l’Homme. L’éveil à soi est une base à l’action altruiste [Lire Matthieu 22 (34-40)]. La religion se base sur les enseignements des prophètes Socrates et Jésus. Sa maxime: « Aimes-toi toi-même, personne ne le fera aussi bien ».

Matthieu 22 (34-40): Les pharisiens, ayant appris qu’il avait réduit au silence les sadducéens, se rassemblèrent, et l’un d’eux, docteur de la loi, lui fit cette question, pour l’éprouver: Maître, quel est le plus grand commandement de la loi? Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.

Mis en ligne le 25/08/2005
revu le 19 juillet 2016

Gustav Ahadji
Afrologue et Selfiste apprenti…

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UNADFI: Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu (France)
MILS: Mission Interministérielle de Lutte contre les sectes (France)
RPT: Rassemblement du Peuple Togolais (Parti de la dictature togolaise)

1. Weber insiste sur l’originalité de cette typologie dans Les sectes protestantes, 2003. Cf. aussi Berger, 1971, et Nelson, 1975.

2. Unadfi: http://www.unadfi.com/sectes/chiffres.htm

3. Philosophe et psychologue, in « Les groupes sectaires totalitaires : Les méthodes d’endoctrinement », Chronique Sociale, 1998, p. 37.

4. Senghor, Liberté 1, Négritude et humanisme, Paris, Seuil, 1964,

5. Discours du Roi des Belges Léopold II aux missionnaires du Congo en 1883 http://www.congonline.com/Forum1/Forum00/Olenga02.htm

6. Source: http://www.unadfi.com/action_etat/textes_pouvoirs/gest_guyard.htm

7. C’est, selon le Charmide de Platon, le plus ancien des trois préceptes qui furent gravés à l’entrée du temple de Delphes.

 

2 commentaires
  1. Bassirou 5 mois ago

    J’ai lu avec beaucoup d’attention votre recherche sur les sectes et j’ai étais grandement surpris de votre conclusion sur le selffisme qui est loin d’être la solution. la faisabilité d’une solution doit analyse avant sa proposition. vous aviez parfaitement raison de parler de l’eveil mais en quoi précisément c’est à dire l’appartenance à une secte ou organisation quelconque est humain, l’homme exprime toujours son besoin d’appartenance même dans votre exposé on ressent votre appartenance. cependant la lutte se trouve dans l’acceptation des indifférences et que cette diversité soit consue comme une richesse de l’humanité qui ne peut pas ne pas hétérogéne dans les appartenances. il y’a aussi la question de l’homme qui a le désir d’être un gourou pour s’imposer, c’est à ce niveau que vous devriez approfondir la recherche,sur dans l’islam du soufisme qui sont des écoles ou les fondateurs ont défini des régles qui donnent aux adeptes des sens eveils et de l’autonomie dans leur vie sprituelle et temporelle…

    • Auteur
      Webmaster 4 mois ago

      Ne vous méprenez pas; nous prenons le sujet très au sérieux. Nous vous rappelons une devise de la comédie française, imaginée par le poète Santeul (Paris 1630): Castigat ridendo mores. Tourner en dérision certaines pratiques humaines permet de mettre l’accent sur leur côté obscur.
      Mais n’oublions pas non plus: « En plaisantant on peut tout dire, même la vérité. » Freud

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