Instrumentalisation de l’ethnie

par Gustav Ahadji

Instrumentalisation de l’ethnie
sur fond de lutte des classes en Afrique

Phénomène étrange, définitivement rattaché au sous-developpé, l’Ethnie prend une connotation et un sens différents selon le lieu de son utilisation. Terme à usage non universel, le mot ethnie ne s’applique pas aux espaces modernes ou « civilisés » ; on ne parlera donc pas d’ethnie basque ou bretonne. Dans un contexte de crise linguistique exacerbée comme en Belgique entre francophones et néerlandophones on évitera soigneusement de parler de conflit ethnique entre wallons et flamands. L’ethnie renvoie donc à un groupe précis en dehors du temps et de l’espace et dont on trouve la majorité des sujets en Afrique Noire.

Par extension, nous assistons dans les pays occidentaux, à une évolution du terme pour s’appliquer à toute culture issue de l’immigration récente. En France, on parlera alors de commerce ethnique entendu comme une déclinaison du marketing classique, mais qui tend ici à considérer les différentes ethnies présentes au sein d’une même population, comme une cible spécifique. Dans ce nouvel espace, l’africain est globalisé ; on ne cherchera plus à savoir s’il parle sérère, wolof, bambara ou ewe.

Termes longtemps malmenés, récupérés, détournés, instrumentalisés, mais toujours d’une cruelle actualité en Afrique, l’ethnie et la tribu semblent être une des clefs de compréhension de la débâcle politique du continent. L’Africain est-il tribaliste ? Pour comprendre les dérives et les conséquences du phénomène sur les populations africaines, nous allons tenter d’en retrouver les manifestations au cours de l’histoire récente.

1. Les origines

1.1 Les sociétés africaines précoloniales

Avant la lumière, le néant. L’histoire moderne ne fait que très peu cas des royaumes d’Afrique détruits par des années d’esclavage, d’exploitation et de guerres. Il faut reconnaître que la nature même des relations entre les empires échappe aux concepts esclavagistes de soumission ou au projet colonialiste d’aliénation des populations, et s’apparente bien davantage à des relations de vassalité de type féodal. Le premier explorateur va déclarer avoir retrouvé chez les africains, avant son arrivée, une certaine forme de démocratie directe et d’égalité économique sans classes sur la base de la solidarité familiale, mettant le respect de la vie humaine et la nature au premier plan. Il n’y a en effet aucun intérêt pour le maître à reconnaître une intelligence à son paysan.

Selon Cheikh Anta Diop [1] pourtant, les activités socio-économiques en Afrique, avant le contact avec l’occident, étaient organisées sur la base du système de caste qui caractérisait alors toute la structure sociale négro-africaine. Et Samir Amin viendra confirmer ce point affirmant même que : « Si une grande confusion domine les débats sur la société africaine traditionnelle, c’est pour de nombreuses raisons, dont les quatre principales sont : la pauvreté des documents et des vestiges, réduits presque uniquement au témoignage des voyageurs arabes ; la confusion souvent entretenue entre le concept de mode de production et celui de formation sociale ; la confusion entre les différentes périodes de l’histoire africaine, notamment entre cette période pré mercantiliste et la période mercantiliste qui suit ; enfin, les préjugés idéologiques défavorables à l’Afrique, en relation avec le racisme colonial »[2]

S’inspirant alors de l’exemple sénégalais, Cheikh Anta Diop montra que dans l’Afrique précoloniale et pré traite, la société était structurée en castes avec des catégories supérieures et des catégories inférieures. La caste supérieure regroupait le souverain et les agriculteurs. La supériorité de cette dernière provenait sans doute de ce que l’agriculture, dans le monde négro-africain, est considérée comme une activité ancestrale et sacrée, souvent sujette à de longues initiations. La seconde catégorie de caste est constituée des autres professions et corps de métiers : forgerons, cordonniers, tisserands. Cette organisation reposait essentiellement sur l’hérédité des professions et des classes (Voir Fig. 1 ci-dessous).

 

Nom

Pourcentage

Position sociale / Fonction

Les Peulhs

5%

l’élevage nomade

Les Toucouleurs

10%

grands guerriers du Sénégal

Les Wolofs

27%

des cultivateurs sédentaires

Les Sérères

17%

les activités intellectuelles du pays

Les Lébous

7%

peuple de pêcheurs

Les Diolas

9%

forestiers

Les Balantes

2%

forestiers, agriculteurs

Les Manjaks

1%

artisans

Les Mankagnes

1%

la culture du riz

Les Malinkés

4%

les grands sorciers du Sénégal

Les Bassaris

1%

chasseurs émérites et habiles apiculteurs

Fig1: Tableau de répartition de quelques groupements humains au Senegal [2]

L’évidence de ce rappel réside dans l’absence de référence à l’ethnie ou toute autre différenciation linguistique ou géographique au cours de ces périodes. Le facteur clef était la famille et/ou le lignage. L’exemple le plus évident est celui des populations nomades comme les Peuhls du Sénégal ; ils restent peuhls quelque soit la région d’appartenance ou de résidence.

1.2 Naissance et sémantique du mot

Le mot ethnie, inventé au XIXe siècle, tire son origine du grec ancien ethnos (« groupe d’êtres d’origine ou de condition commune, nation, peuple »). Selon Jean-Loup Amselle [3], si au XVIe et XVIIe siècles, le terme « nation » équivalait en français à celui de « tribu », dans son usage moderne, les termes d' »ethnie » et de « tribu » font plus spécifiquement référence aux différentes communautés linguistiques et culturelles d’Afrique, d’Océanie ou encore aux peuples que les Occidentaux ont regroupés sous le terme générique d' »Indiens d’Amérique ». Si le mot « ethnie » (de même que celui de « tribu ») a acquis un usage massif en langue française depuis le XIXe siècle, au détriment d’autres termes comme « nation » c’est sans doute qu’il agissait de classer à part ces sociétés en leur déniant une qualité spécifique : la civilisation.

Durant la période coloniale, il convenait de définir les sociétés amérindiennes, africaines, océaniennes et certaines sociétés asiatiques comme autres, et différentes des occidentales, en les présentant comme des sociétés sans histoire, des regroupements humains dont les membres ne participaient pas à une humanité commune [4]. Cet usage colonial du terme ethnie constitue aujourd’hui la norme quand on parle des communautés linguistiques et culturelles africaines, océaniennes ou amérindiennes. Les détracteurs de Jean-Loup Amselle nient toutefois l’utilisation par les anthropologues modernes de la définition coloniale du terme « ethnie »[5].

Le plus étrange est que le terme est souvent récupéré par les principaux concernés lorsqu’ils parlent de leur propre communauté. Le plus récent exemple est la déclaration en mars 2010 de M. Kadhafi pour qui le Nigeria est composé de plusieurs ethnies, notamment « le peuple du Yoruba à l’est et au sud qui réclame l’indépendance, le peuple Ibo à l’ouest et au sud » [6], ainsi que les Ijaws [Lire]. En faisant un rapide calcul, ce genre de délire nous amènerait à construire quelques 1100 Etats « ethniques » en Afrique, ou 2011 si nous nous basons sur les différentes langues [Lire]. Nous constaterons pourtant, avec de nombreux auteurs, que cette classification de la population selon des clivages ethniques possède un côté arbitraire et véhicule toujours un contenu péjoratif. Si les principales définitions aujourd’hui retenues se construisent autour de la différence linguistique pour distinguer les différentes ethnies, il est en effet surprenant de noter l’occultation du terme ‘ethnie’ pour les groupes séparatistes en occident ou ceux des nations dites « développées ». A contrario, on parlera plus facilement de groupes ethniques pour les Hutus et les Tsutsi du Rwanda, bien que ces derniers partagent une langue, une histoire et une culture communes.

L’ethnicité est, d’après Max Weber, le sentiment de partager une ascendance commune, que ce soit à cause de la langue, des coutumes, de ressemblances physiques ou de l’histoire vécue (objective ou mythologique). Cette notion est très importante sur le plan social et politique car elle est le fondement de la notion d’identité [3] ». Mais alors, pourquoi opposer Ethnie Hutu, ethnie Tutsi et tribus Twa au Rwanda ?

1.3 Evolution du concept

Poirier [Lire] rapporte que le mot Ethnologie paraît en 1787, sous la plume de Chavannes dans un livre intitulé Essai sur l’éducation intellectuelle avec le projet d’une science nouvelle. L’auteur y voyait une branche de l’histoire, celle de l’étude des étapes de l’homme en marche vers la civilisation. L’évolutionnisme n’était pas encore né mais l’idée d’une progression voire du « progrès » était bien présente. Mais, note Poirier, « très vite, ethnologie a pris une acception raciologique …Ce n’est que vers le début du XXe siècle que le mot prendra sa signification actuelle » et définitive. Mais le concept n’a plus aucune chance d’évoluer ; ce n’est pas le scientifique qui tuera sa poule au œuf d’or…

Le mal était déjà fait, et bien ancré dans les habitudes. L’ethnologie et l’ethnographie sont des études prétendument scientifiques dont l’objet reste la population sous-civilisée des continents africain, sud- américain et indien. Fidèles à leurs habitudes, les victimes consentantes vont briller par leur capacité d’assimilation du projet ethnologiste.

2. La négation du progrès

A travers ce refus d’évolution du concept « ethnie », on peut lire une certaine négation du développement ou un déni de civilisation. Si le sujet évolue trop vite, il tue la science, censée le suivre.

2.1 Appropriation du concept

Si le terme « ethnie » a pris autant de place dans la vie sociopolitique du continent noir, il faut noter son rejet (dans sa définition de base [8]) par les différents groupes linguistiques censés le composer. Dans une approche diachronique, nous avons tenté sans succès de retrouver dans différentes langues d’Afrique une traduction, signe d’une acceptation dudit vocable. On parlera plus facilement de famille, village ou clan.

En kinyarwanda il n’existe pas de terme pour désigner l’ethnie. Les cartes d’identité « ethniques », instituées par le colonisateur belge dans les années 1930, utilisent le mot ubwoko, qui désigne en fait le clan. Ubwoko est traduit en français sur la carte d’identité par « ethnie ». Mais les clans du Rwanda sont composés de tutsi, de hutu, et de twa certains à majorité Hutu et d’autres Tutsi.

En Ewe, au Sud du Togo, on parlera de ‘pomé’ (famille, lignée) ou beaucoup plus simplement, on identifiera le membre de la prétendue ethnie par le nom du groupe d’appartenance ou la résidence. En langue Ewe, on ne parle pas d’ethnie Losso mais de Losso pour identifier une certaine population du nord du pays ; on ne parle parle pas du Mina mais du Guin (origine géographique). Ici non plus la langue ne constitue pas la principale identité du groupe ; la grande famille Ewe est composée de Watchi, Ewe, Mina/Guin, Fon, Anlo… A l’inverse du Rwanda, ce groupe ne partage pas la même langue (ou dialecte, pour garder l’esprit ethno) mais une base culturelle unique avec des divinités et culte identiques. Même la mise en place de frontières artificielles entre les nouveaux états ne réussira à briser ce lien ni n’empêchera le membre du clan de commencer une cérémonie dans une communauté A pour aller l’achever dans B.

Toute tentative de définition du groupe dit « ethnique » s’apparente à mon sens une réduction dangereuse du sujet d’étude. A l’exemple d’un certain Gaston (Kelman) qui proclame sa négritude et son dégoût pour le manioc, je pense qu’un Bassar qui aura passé l’essentiel de sa vie en Bretagne n’aura plus de Bassar que l’origine. Si l’ethnie est un concept figé, c’est nier à l’être humain sa faculté d’adaptation à son milieu de vie. Le mélange Bretonne/Bassar donne-t-il naissance à un Bassar?

2.2 Déviation : l’ethnie moderne

Les essais récents de définition de l’ethnie et de typologie des formes ethniques contemporaines soulignent la banalisation progressive du terme et des catégorisations abusives surtout dans les quartiers dits sensibles dans les états modernes. L’ethnie, comme l’identité est de plus en plus conçue comme un rassemblement de caractères immuables comme la couleur de peau ou le territoire d’origine. On parlera par exemple de marketing ethnique pour qualifier une certaine production commerciale à destination d’un groupe cible, souvent ‘exotique’.

Mais si François Héran (ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques) admet que des chercheurs puissent utiliser des critères ethniques pour des « enquêtes ciblées », sous contrôle « accru » de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), il exclut en revanche qu’on les utilise pour réaliser de vastes enquêtes publiques, comme celles de l’Insee, préconisant dans ce cas de s’en tenir aux données de l’état civil (pays de naissance, nationalité…).Pour le recensement annuel de la population, le pays de naissance et la nationalité des parents pourront être demandés. C’est là une des manifestations de l’hypocrisie française. Au Sud, l’ethnie se définie par la communauté linguistique ; au nord par l’origine géographique… quid du Breton ?

C’est ainsi que le Peuhl précédemment cité devient par la force des choses, et au gré des manipulations ethnographiques, un banal africain, au même titre que le Sarakolé ou le Dogon. Pour rappel le terme d’ethnographie, avec une forte tendance géographique, apparaît pour la première fois, semble-t-il, en Allemagne, en 1791 (Rohan-Csermak Geza de, article Ethnologie – Ethnographie, Encyclopaedia Universalis).

2.3 Le communautarisme

Sur le continent, pendant ce temps, les sociétés déconstruites par des années d’esclavage et de colonisation tentent de conserver un semblant de cohésion. Il émerge alors des groupes nouveaux autour de concepts tout aussi neufs de réseau, de sectes… Aucune autre culture n’a aussi bien intégré cette nouvelle approche de la fraternité ; frères en christ, en loge, en temple etc., l’africain déconstruit, tente de se trouver une nouvelle organisation. Les exemples sont légion : les mourides, les franc-macons, les rosécruciens, les eckistes sont les nouvelles ethnies de l’Afrique Noire contemporaine, si nous nous en tenons au sens premier du terme.

Ces nouveaux groupes partagent une même vision du monde, une même langue ou pour le moins un code sémantique commun. Certains ont même inventé de nouvelles langues, des cultes nouveaux, quelques fois dans un savant mélange de plusieurs rencontres. A défaut de progrès global, on assiste à un dynamisme relatif à l’intérieur de ces nouvelles structures.

3. L’instrumentalisation

3.1 Les Etats coloniaux

Le colon a construit un concept qui lui a permis de comprendre pour mieux asservir. Il a réussi à opposer Hutus et Tutsis au Rwanda et au Burundi, Kikuyus et Luos au Kenya, Bétés, Dioulas et Baoulés en Côte d’Ivoire, Bamilékés et Bétis au Cameroun. Dans un pays de 3 millions d’habitants ; le colon réussira même à identifier une cinquantaine d’ethnies que l’on regroupera dans une entité nommée le Togo. La technique d’asservissement consistait ensuite à mettre en compétition les différents groupes dans des domaines variés. Il s’est ainsi développé dans la plupart des colonies une certaine culture de l’excellence dans le but de mériter la meilleure place dans le classement des ethnies par le maître. C’est ainsi que le Mina sera pendant très longtemps le chien fidèle, allant jusqu’à singer les habitudes alimentaires du « patron ». Il est assez logique de voir les premiers gouverneurs post-indépendances recrutés au sein de ces élites.

Phénomène extrêmement singulier, il existe même un document de recensement des différentes ethnies d’Afrique [9]. Mais si on peut comprendre les motivations du colon, puis celles, plus mercantiles de l’ethnologue, l’assimilation du concept par les élites politiques africaines reste profond mystère. Ainsi le guide auto-éclairé M. Kadhafi nous étonnera dans sa dernière proposition de diviser le Nigéria en Etats ethniques [Lire]…

3.2 L’Etat « moderne » en Afrique

Vue de loin, la politique africaine apparaît en effet étrange et exotique. Des factions s’affrontent au sud du Sahara qui semblent plus souvent porter des noms d’ethnies que des étiquettes de partis, de mouvements ou de fronts ; des ethnies dont les traditions et les rivalités seraient figées depuis des temps immémoriaux. Si on reprend le cas récent du Rwanda, le FPR de Paul Kagamé semble avoir assis sont pouvoir sur la revendication d’un certain équilibre ethnique. Mais dans la pratique, le FPR utilise toujours cette opposition Hutu/Tutsi pour soigner sa communication et renforcer son pouvoir. La définition même du génocide et son acceptation comme une élimination systématique d’une « ethnie » l’a beaucoup aidé dans sa prétendue mission de pacification. Mais aujourd’hui, on constate une inversion des rôles, plutôt qu’un équilibre. Là où le Hutu était maître, il a aujourd’hui cédé la place au Tutsi.

Au Togo, on assiste au même cirque, le RPT s’identifie principalement à l’ethnie Kabyè de son fondateur, l’UFC aux Minas, le CAR aux Ewes du Yoto… Le nombre de partis politiques dans ce pays est assez proche de celui des ethnies construites par le colon. L’ethnie « Diaspora », dans le grand projet ethno-graphique devrait bientôt avoir son parti politique pour respecter la logique.

3.3 Les ethnies des temps modernes

Les choses ne sont pourtant pas aussi simples qu’elles y paraissent en première analyse. La réalité au Rwanda est qu’une nouvelle élite est apparue en provenance de l’Ouganda, pays d’accueil du FPR, et elle a pris le pouvoir. Ce groupe n’est pas uniquement Tutsi, mais, tout comme le colon d’hier il s’appuie sur la notion pour construire et asseoir son règne. Kagamé ira jusqu’à imposer l’anglais comme nouvelle langue de travail, instituant de fait une nouvelle hiérarchie au sein du pays. Tout comme pour les français, l’origine géographique prend ici une dimension nouvelle dans la construction de l’ethnie. Un Tutsi du Burundi n’a pas la même appartenance « ethnique » que le tutsi de l’Ouganda ou du Rwanda. Le Tsutsi rwandais survivant après le génocide est même souvent perçu comme un collabo.

Un peu plus haut, vers l’Ouest, dans un petit pays à l’histoire assez proche, un groupe d’individus revenus de la guerre d’Indochine a pris le pouvoir par la force et assassiné le président de l’époque. Eyadèma a alors construit un nouveau groupe, une nouvelle élite dans ce pays : le militaire. La nouvelle structure a ses rites, ses secrets, son organisation propre et même sa langue (« l’armée ce n’est pas l’armoire »). Elle sera ensuite rejointe pas d’autres groupes « ethniques », lesquels, pour s’intégrer, devront se refondre culturellement dans le nouvel espace ; les termes comme « chef » vont quitter la sphère du militaire pour s’étendre dans le nouveau groupe élargi. Le Bassar militaire est une ethnie différente du Bassar civil de la Diaspora (géographiquement exilé); certains politiques l’ont appris à leurs dépens.

Mais alors, que deviennent les anciens groupes ? Ils sont utilisés, instrumentalisés pour servir d’alibi ou de ciment aux nouvelles élites. Pour s’imposer, toutes les nouvelles structures politiques post coloniales se sont appuyées sur les pseudo-groupes ethniques (redéfinies – logie ou graphie – suivant le cadre qui convient le mieux au maître). Les anciennes ethnies sont mises en compétition, en opposition pour la grande gloire du groupe dominant. Le but recherché : les privilèges, le pouvoir, l’argent : c’est la nouvelle bourgeoisie. Cette nouvelle classe se construit sur l’exclusion ; elle instrumentalise les ethnies locales et utilise les dérives néo-ethnographiques de l’occident pour imposer les divisions dans le pays. Une nouvelle « ethnie » est ainsi apparue dans les pays africains : La diaspora. La grande question est de savoir si on va voir émerger une ethnie afro-européenne, afro-américaine, afro-asiatique… si la nouvelle base de construction est l’espace de résidence.

Conclusion : L’Ethnie pour masquer les classes et les privilèges sociaux

En Afrique le constat est que rien n’est fait pour masquer ou occulter le discours ethnicisant. Bien au contraire, les découpages coloniaux sont maintenus et servent de base aux structures administratives modernes. Il est ainsi assez fréquent de voir dans un hémicycle cohabiter, avec des niveaux de pouvoir identiques, deux députés représentant chacun son « groupe ethnique » sans tenir compte de la taille ou des statistiques. Il se crée lentement un nouvel espace soudé autour de la recherche exacerbée du pouvoir économique et politique.

L’Etat en Afrique surestime (et institutionnalise) les « écarts » statiques ou les différences de dynamisme des divers groupes présentés comme protagonistes. On arrive ainsi à se présenter comme victime, mais la technique permet surtout de détourner l’attention pendant que le nouveau groupe ethnique (celui qui détient le pouvoir financier) opère en douceur. La redistribution n’existe pas et les différences s’amplifient.

C’est pour cela que nous allons préférer à toutes les définitions, celle introduite par le dictionnaire des définitions Metadico pour qui l’ethnie est un « ensemble humain constitué par une communauté de langue, de culture, de structures sociales et économiques. » [10]. Mais dès lors, pourquoi ne pas simplement parler de classes sociales définies comme « des groupes de personnes ayant les mêmes statuts économiques, sociaux, etc., les mêmes droits, les mêmes espérances » ? Cela ouvrirait la voie à une certaine transparence et un début de réflexion sur l’équilibre socio-économique entre lesdites ethnies. La transparence, un pas vers la paix sociale en Afrique?

Bruxelles, le 24 avril 2010
Gustav Ahadji
Pour Afrology

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[1] Cheikh Anta Diop : l’Afrique Noire pré coloniale, Présence Africaine, Paris. 1960. et édition revue de 1987

[2] Source : http://www.senegalaisement.com/senegal/ethnies.html

[3] Samir Amin, le développement inégal, éditions de minuit, paris, 1973. L’auteur se réfère à une période qu’il qualifie de pré mercantiliste et qui s’étend des « origines jusqu’au 17è siècle ».

[4] Au Cœur De L’ethnie – Ethnies, Tribalisme Et Etat En Afrique de Jean-Loup Amselle – Editions La Découverte – Collection : La Découverte/Poche: 01/03/2005 – 225p

[5] Jean-Loup Amselle, 1999, Ethnies et espaces: pour une anthropologie topologique, in Au cœur de l’ethnie, Ethnie, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, La Découverte&Syros, p. 11-48

[6] Source : AFP – Dépêche du 29 mars 2010

[7] Mariella Villasante Cervello, Christophe de Beauvais, Colonisations et héritages actuels au Sahara et au Sahel: problèmes conceptuels, état des lieux et nouvelles perspectives de recherche, XVIIIe-XXe siècles [archive], L’Harmattan, 2007, 543 p. (ISBN 2296040241), p. 92

[8] Définitions :
Petit Robert : Ensemble d’individus que rapproche un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et culture.
Petit Larousse : Groupement humain qui possède une structure familiale.
Tahar Ben Jelloun : « C’est un groupe d’individus qui ont en commun une langue, des coutumes, des traditions, une civilisation, qu’il transmet de génération en génération. »

[9] Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_groupes_ethniques_d’Afrique

[10] Voir : http://www.mediadico.com

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