Sous-métiers

En France, où je vis depuis maintenant un quart de siècle, tous les hommes sont égaux. Du moins, en théorie. Certains, à l’expérience, sont moins égaux que d’autres. La place faite aux Nègres et aux Arabes dans ce charmant pays “berceau des droits de l’homme”, est révélatrice à plus d’un titre de l’ambiguïté française. Les rares ministres noirs ayant siégé au gouvernement, ces vingt dernières années, avaient la charge de départements tels que la Jeunesse et les Sports (Roger Bambuck), les Affaires sociale et l’Intégration (des immigrés) ou la Francophonie, quand bien même ils étaient ingénieurs des mines comme Koffi Yamgnane. Si l’on exclut le Guyanais Gaston Monnerville, qui présida naguère le Sénat, il n’y a jamais eu de Noirs (ni d’Arabes d’ailleurs) à des postes politiques de premier plan ou à la tête de grandes entreprises privées ou publiques. Je ne parle même pas de la télévision, de la radio ou des grands journaux…

Depuis plusieurs années, les boutiques, les supermarchés et certaines sociétés de Paris et de sa périphérie recrutent à tour de bras des Africains à des postes de sécurité. Or il se trouve, d’après plusieurs enquêtes, que ces “gros bras” et ces “videurs”, comme on les appelle communément, sont, dans leur grande majorité, bardés de diplômes obtenus dans les meilleures écoles et universités françaises. Sanglés dans des costumes sombres impeccables, ces économistes, juristes, ingénieurs, avocats et pharmaciens veillent, du matin jusqu’au soir, à la quiétude de la clientèle et à la bonne marche des affaire du patron.

Il n’y a pas, dit-on à juste titre, de sots métiers. Mais des sous-métiers? Certainement. Par la force des choses, le gardiennage est en passe de devenir un cimetière pour diplômés indésirables ailleurs, une chasse-gardée de Noirs, bref un ghetto. La République, qui vient péniblement de reconnaître la traite négrière et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité, ne peut-elle pas faire un meilleur usage de ses bronzés? Pourquoi les confiner aux tâches les plus difficiles, les plus exténuantes, les plus ingrates? En d’autres occasions pourtant, elle n’a pas hésité, pour les besoins de la cause, à tout donner (nationalité, travail, argent) à des sportifs “nés quelque part”, et qui font aujourd’hui la notoriété des équipes françaises d’athlétisme, de football et de basket.

Extrait de J.A / L’intelligent n° 2107 du 29 mai au 4 juin 2001

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