La crise financière internationale

Source : Patricia Nguegang

La crise financière internationale
Quelques enseignements pour l’Afrique

La crise financière internationale s’est transformée en une crise mondiale globale car elle a entraîné une crise économique, alimentaire, énergétique, et climatique remettant en cause la gouvernance mondiale et s’est propagée à travers le monde. Cette crise place le monde dans une situation critique, qui nécessite de la part de tous les gouvernants et autres acteurs institutionnels de prendre des mesures adéquates pour juguler les effets dévastateurs et pervers de celle-ci, afin de limiter les effets du marasme et des récessions économiques.

Cette crise est une excroissance des années de pratiques d’une politique économique de type néolibérale qui a pris son essor dans sa forme moderne à l’aube des années 80. Les Africains l’ont connu sous l’appellation “Consensus de Washington” qui consacrait une nouvelle vision économique de la conduite “globalisée” des affaires du monde. La politique économique néolibérale mis en place a décrété une doctrine économique dogmatique qui demandait aux Etats et gouvernants de renoncer à leur pouvoir de régulation et de souveraineté dans la gestion de leurs économies. Ces pouvoirs devront alors être transférer aux secteurs marchands et spéculatifs que sont les entreprises, multinationales et financières. Le “marché” a été considéré comme le seul régulateur automatique de la vie économique. La priorité donnée aux actionnaires a eu pour conséquence que tous les autres acteurs de la vie économique et sociale ont du se soumettre.

Cette crise financière provenant d’une dérégulation non maîtrisée fonde la doctrine néolibérale et s’évertue à rechercher des rentabilités spéculatives toujours plus importantes avec le risque que le couple risque/rentabilité fasse la part belle au risque. La probabilité pour que ce risque advienne n’a fait qu’augmenter puisque les éléments de précaution et de prudence n’ont pas été observé.

Ainsi la technostructure financière internationale à la recherche effrénée d’une hausse tendancielle des profits à créer une multitude de produits financiers aussi complexes que sophistiqués. C’est ainsi que dans cette veine, l’on a vu se créer les subprimes aux États-unis. Ce sont des prêts immobiliers accordés à des particuliers les moins solvables et à des taux d’intérêts variables, ceci en tablant sur la progression du marché de l’immobilier et en postulant que le remboursement se fera sur la revente de la maison. Les banques américaines détentrices de ces subprimes ont procéder alors à la titrisation de celles-ci, c’est-à-dire ont transformé ces types de crédits en produits financiers, produits de marché qu’elles ont vendues sur le marché financier. Ces produits subprimes par le jeu de la sophistication financière ont été introduits dans d’autres produits financiers sous formes de tranches dont certaines sont de moins en moins sains sans qu’il soit permis d’identifier la supercherie avant la “réalisation” effective. La hausse mécanique du coût des crédits immobiliers inscrite dans les contrats de prêts immobiliers, a précipité l’insolvabilité de certains ménages, les plus pauvres et vulnérables, ce qui a provoqué la baisse du marché immobilier américain (l’effet inverse de ce qui était escompté) et de ce fait à rendu insolvables des millions d’emprunteurs. Comme ces subprimes ont été introduites dans des montages et portefeuilles financiers, tel un virus, ils les ont contaminés.

On a assistait alors a une tourmente sur le marché bancaire (UBS, MerrillLynch, Morgan Stanley, Citi, Barclays, Fortis, etc), créant la panique. Le risque s’est alors rappelé brutalement et violemment à l’attention des investisseurs qui sont alors partis dans l’autre extrême : adieu la cupidité, bonjour la peur et le manque de confiance interbancaire !

Une crise de liquidité, c’est-à-dire une crise de défiance s’est installée créant le credit crunch (resserrement très fort des services de crédits par les banques), ce qui entraîna des difficultés de financement pour les entreprises et surtout pour les banques elles-mêmes. Sur le marché monétaire, les banques ne peuvent plus trouver d’argent auprès des autres banques. C’est cet état des choses qui s’est transformé en la crise économique mondiale qui sévit actuellement et qui risque de toucher plus durablement l’Afrique par ses conséquences collatérales affectant les populations les plus vulnérables.

Cependant, la crise financière internationale ne saurait avoir pour seule cause, les subprimes, car ils ne représentent que 1300 Milliards de dollars, ce qui n’est qu’une “goutte d’eau” dans le monde financier, au regard des sommes faramineuses d’argent qui circulent. C’est une crise imputable à toute la technostructure néolibérale financière, où tous les acteurs et métiers dans les domaines financiers ont leur part importante de responsabilité tels que les autorités de régulation, les banques, les banques centrales, les agences de notations, les traders, le FMI, etc.

Le système néolibérale a été ainsi imposé à pratiquement tous les pays du monde, où on a vu apparaître les concepts tels que la globalisation, libéralisation, compétitivité, dérégulation, privatisation, participant tous à l’expansion d’un monde dérégulé et sans garde-fous, et présenté comme la panacée à tous les maux et fléaux de humanité.

Cette politique d’un monde sans régulation a renforcé le rôle des institutions multilatérales internationales telles que le Fonds Monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale (BM) en Afrique, singulièrement. Celles-ci n’ont pas jugé nécessaire d’offrir cette possibilité aux pays africains. Au contraire, ces institutions ont imposé des programmes d’ajustements structurels aux pays africains, mis déjà en faillite par les règles de marché iniques qui détérioraient les termes des échanges de leurs économies surtout que la plupart des prix de leurs produits d’exportation étant fixés par les acheteurs qui payent avec leur monnaie (Dollar États Unis ou Euro).

Ces programmes d’ajustements avaient pour objectif d’aider les pays africains à retrouver officiellement les grands équilibres macro-économiques en octroyant des accès aux capitaux publiques notamment ceux des pays du club de Paris pour financer et relancer leurs économies. En réalité, l’essentiel de ces fonds n’ont pas atteint leur objectif comme l’a pu le souligné plusieurs rapport d’évaluation de la Banque mondiale. De plus, la pauvreté a servi plus à justifier des projets dont la composition en termes de dépenses permettait de voir que l’essentiel des fonds retournaient vers le pays occidentaux.

Ces programmes soumis à des conditionnalités coercitives ont eu pour effet l’abandon de l’État dans son rôle stratégique de régulateur et de soutien dans la relance de la croissance économique. Cela aurait permis de préserver la confiance des acteurs économiques. Malheureusement, il n’est pas moins vrai que la corruption de certaines élites au pouvoir en Afrique ont contribué à justifier le contrôle permanent des institutions multilatérales et bilatérales sur les économies africaines. Les responsabilités semblent partager même si les institutions internationales qui n’ont pas atteint leur objectif ne sont pas sanctionnées.

Les effets de cette politique néolibérale sont aujourd’hui préjudiciables pour les pays africains qui se sont affaiblis sur tous les plans tant au niveau économique que dans leurs poids au niveau des négociations internationales où leurs avis et les intérêts des populations comptent peu. Voici un continent qui de fait se voit imposer la plupart des accords internationaux décidés par l’Occident.

En conséquence, au sein des pays africains vulnérables, l’accroissement de la pauvreté avec pour corollaire la corruption, les fractures sociales, la mauvaise gouvernance, etc. semblent se pérenniser.

Si dans les économies dites industrialisés, les effets de la crise financière internationale se font sentir avec autant d’acuité à savoir récession, licenciement massif, restriction budgétaire, désinvestissement, etc., dans les pays africains où la dérégulation a été imposée alors que de nombreux dirigeants ne maîtrisent pas les leviers de leur économie pour avoir oublier de soutenir les capacités productives et le secteur privé, les chances de résister à cette crise économique ne sont pas moins existante, si les Africains décidaient de travailler de manière collective au niveau supranational (sous-régional et continental) et non en ordre dispersé. De plus, la plupart des économies africaines sont totalement extraverties et on peut s’attendre, sans vouloir jouer les cassandres, à des répercussions désastreuses si leurs mesures urgentes, opérationnelles ne sont pas prises par les responsables politiques et économiques africains.

En effet l’Afrique en général et le Cameroun en particulier, souffrent de plusieurs handicaps majeurs : économie de rente basée sur les quelques matières premières, termes de l’échange en sa défaveur (le prix de ces produits d’exportations étant fixés par les acheteurs sur les bourses de matières premières dans lesquelles ils n’ont pas d’emprise) la non maîtrise de sa politique monétaire et donc économique, la gouvernance, etc.

Un des effets pervers de cette crise est qu’elle entraîne une instabilité permanente des monnaies, des circuits des marchés financiers et réduit les disponibilités d’accès au crédit tout en limitant les sources d’appui à l’investissement dans les États africains.

En conséquence, l’Afrique court le risque d’assister à une crise économique sévère multiforme du fait de son économie extravertie et des effets de la mondialisation qui a créé des interdépendances inextricables. Les conséquences sociales risquent aussi de se faire sentir durement.

Cette crise économique aura des conséquences tangibles sur la baisse de la demande internationale, du fait de la chute des prix des matières premières exportées. La raréfaction des sources de financements sur les marchés internationaux risquent d’entraîner la baisse des investissements directs étrangers, (l’aide publique au développement, et les actions des ONG internationales), l’arrêt ou le retard de grands projets d’infrastructures orchestrées par les firmes internationales multinationales, l’augmentation du coût de la dette, la baisse des transferts d’argent vers les pays par la Diaspora du fait des vagues de licenciements massifs en Occident mais aussi en Afrique auprès des sociétés sous-traitantes. Le corollaire est que la marge de manœuvre en matière de gestion économique sera réduite, en raison de la baisse tendancielle des moyens d’interventions financiers de l’État. Cela va entraîner une baisse de ressources pour le financement des entreprises, des ménages et la réduction du crédit à l’économie.

Les risques de crise alimentaire, d’aggravation de la pauvreté et le ralentissement de la croissance économique, voire de récession économique, sont donc bien élevés pour l’Afrique.

Aujourd’hui, la vision et le dogme fondés sur la dérégulation ont montré leurs limites et leurs contradictions, non sans conséquences sur les ressources humaines en Afrique. Elle a entraîné une crise globale aussi bien économique, sociale, et environnementale (réchauffement de la terre, catastrophes écologiques). Ces concepteurs et contemplateurs sont amenés à une révision déchirante de leurs positions idéologiques, quand on observe les solutions prônées par les pays occidentaux pour résorber la crise dans leurs pays. Toutes sans exception prônent l’interventionnisme de l’État après l’avoir interdit aux pays africains. Certains pays africains ont même subi des sanctions pour cela.

Les pays africains pour parer aux effets néfastes de cette crise doivent procéder à la reprise en main par l’État, par la régulation qui s’avère incontournable. Il importe de retrouver un équilibre, entre l’État, le capital et le travail. Des pistes alternatives doivent pouvoir émerger au niveau des politiques nationales. Les dirigeants africains se doivent de donner plus de priorité à la réflexion et l’imagination locale africaine et celle de la Diaspora afin d’inventer le futur en fonction de la culture africaine tout en ne faisant pas ombrage à l’émergence d’acteurs nouveaux et dédiés à l’Afrique. En effet avec la cette crise, le dogme néolibérale est mise à mal, ses préceptes sont remis en cause, ceci de manière durable.

Nous voyons les États européens, les États-unis, le Japon et bien d’autres, procéder à des ajustements de leurs économies respectives par le retour à l’interventionnisme de l’État. En effet on assiste à la nationalisation des banques (NorthernRock en Angleterre), les états prônent le protectionnisme à leurs concitoyens. Le plan américain de relance, demande aux américains de consommer local, pareil en Europe. La France, l’Angleterre, etc, soutiennent et sauvent leurs banques en difficultés par des prêts, (Lehman, Washington Mu, Fortis) de mêmes que leurs grandes entreprises ( Peugeot, Renault, etc) et demande aux entreprises soutenues de ne pas délocaliser leurs productions. Tout ceci se fait avec l’argent des contribuables. On assiste donc au retour de l’État stratège qui régule et intervient dans la production.

C’est l’occasion pour les pays africains, dit “pays faiblement industrialisés” et sous tutelle économique, de s’affranchir de certains de ces “accords”, programmes, “aides”, les plus léonins qui obèrent le développement de nos pays. Ceci en revendiquant le droit à la dissidence intellectuelle, car comment alors expliquer que les mesures qui nous étaient jadis interdites quand nos économies étaient en difficultés sont appliquées dès lors en Occident ? En effet on se souvient que pendant la période de “crise des années 80”, l’État n’a pu aider les nombreuses banques en difficultés et les ont laissées tomber en faillite, compromettant ainsi l’épargne des millions d’Africains, alors qu’en Occident à l’heure actuelle face aux mêmes situations, on nationalise les banques ayant des problèmes.

Quelque soit les secteurs, l’Afrique a du subir des privatisations, des licenciements, le désengagement de l’État surtout dans les secteurs plus stratégiques! Comment justifier les positions des institutions internationales telles que le FMI garant de la surveillance économique mondiale et de la stabilité du système de changes qui sanctionnent l’État africains lorsque ce dernier souhaite intervenir en période de crise pour redonner la confiance. Pourquoi laisser les États occidentaux intervenir et refuser des mesures de régulation en Afrique? Comment expliquer ce fonctionnement asymétrique qui se fait au détriment du peuple africain ?

Les Etats africains doivent retrouver leur autorité et leur souveraineté et leur aptitude à penser en fonction des intérêts des populations africaines. Ils prendront des mesures urgentes de régulation financière pour protéger notre économie, créer des déficits budgétaires pour relancer la demande publique afin d’impulser la production, combattre les dangers de la déréglementation à travers le contrôle des changes et des mouvements des capitaux. Les politiques nationales et régionales qui militent en faveur de la souveraineté et la sécurité alimentaires (soutien à l’agriculture traditionnelle, garantie des prix aux producteurs par un retour des caisses de stabilisation des produits, protectionnisme, contrôle des prix,…), subventions aux entreprises en difficultés devront par exemple être menées pour faire face à la crise. Et aussi, exiger le transfert de technologie en cas d’investissement direct étranger, exercer son contrôle sur les ressources naturelles du pays, récupérer sa souveraineté monétaire, renforcer les accords d’échanges interafricains par des complémentarités, etc.… Tout ceci suppose de la volonté et une certaine indépendance financière ou une autonomie de décision… Ce qui n’est pas toujours présent du fait des démocraties usurpées en Afrique.

Cette crise mondiale fait apparaître la nécessité de questionner et repenser l’architecture financière et économique mondiale, en intégrant tous les pays avec leurs sensibilités et surtout les pays émergents (Inde, Chine, Brésil, Russie, pays d’Asie du Sud-Est, et d’Amérique du Sud et Centrale) qui tirent actuellement la croissance mondiale vers le haut, comme au demeurant l’Afrique avec plus de 5,2 % en 2008.

Pour L’Afrique, il y a besoin d’explorer le champ de ses propres possibilités et de retrouver la “bonne” vraie sagesse africaine selon laquelle “la Sagesse, c’est comme un jardin, non cultivé ; elle ne peut être récoltée”. Si L’Afrique veut récolter les fruits de son jardin (croissance et développement endogène), elle doit elle-même cultiver son jardin.

Patricia NGUEGANG NGUEBA
Consultante en Ingénierie de Projets
Email : mandjudja@gmail.com
02 Mars 2009

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